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L'habile sortie de QE de Mario Draghi

Le président de la BCE a bien donné la date de fin des achats de titres, tout en les repoussant de trois mois, jusque décembre 2018. Il a par ailleurs précisé le calendrier de resserrement des taux directeurs, tout en se ménageant une porte de sortie en cas de détérioration des conditions économiques ou de l'inflation.
Draghi
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Mario Draghi a réussi cet après-midi un habile exercice de communication, et permis de donner un calendrier assez clair de la sortie de QE, sans pour autant affoler les marchés. Quelques heures après que Jerome Powell a relevé les taux de la Fed de 0,25 point et indiqué que 4 hausses auraient lieu cette année, au lieu des 3 attendues, le président de la BCE a donc lui aussi surpris les marchés. Car si la plupart des analystes s'attendait à des précisions concernant la fin des achats de titres, peu d'entre eux anticipaient des indications sur le calendrier de relèvement des taux directeurs. Or non seulement Mario Draghi a précisé que les achats de titres passeraient de 30 milliards à 15 milliards par mois entre septembre et décembre 2018, date à laquelle l'asset program purchase (APP) prendra fin. Mais il a aussi déclaré que les taux seraient maintenus aux niveaux actuels "au moins jusqu'à l'été 2019".

Les marchés ont donc plusieurs nouvelles à digérer : tout d'abord que l'APP durera trois mois de plus que prévu (par rapport à ce que la BCE avait initialement annoncé), mais dans des proportions assez faibles (15 milliards par mois), ce qui ne devrait donc pas tellement les perturber. Et d'autre part, qu'il n'y aura pas de hausse des taux avant le second semestre 2019. Ce qui devrait les rassurer sur la progressivité avec laquelle Francfort compte se retirer. "Mario Draghi a  évité le traumatisme du 'tapering' causé par la FED en 2013, tout en préparant le marché à une nouvelle ère de normalisation", résume ainsi Nicolas Forest, Directeur de la gestion obligataire chez Candriam. En milieu d'après-midi les principaux indices boursiers européens étaient d'ailleurs dans le vert, tandis que l'euro baissait d'un peu plus de 1% contre le dollar. 

Un exercice d'équilibriste qui contente à la fois les plus faucons des gouverneurs, qui plaident depuis plusieurs mois pour un relèvement des taux plus rapide, et ceux qui craignaient qu'une sortie de QE dans la hâte ne plombe la conjoncture économique. Le gouverneur a d'ailleurs tenu des propos très nuancés concernant la santé de la zone euro, estimant que si les risques étaient "équilibrés" et la croissance encore suffisamment solide pour prendre une telle décision aujourd'hui (sortie de l'APP et début de calendrier sur les taux), la montée des incertitudes géopolitiques était "indéniable". Dans ce contexte, les économistes de la BCE ont légèrement revu leurs prévisions de croissance à la baisse pour cette année, à 2,1% (contre 2,4% auparavant), en raison d'un premier trimestre moins bon que prévu. "Les nouvelles économiques sont moins bonnes qu'il y a quelques mois", a concédé Mario Draghi. "Mais 0,4% de hausse du PIB reste tout de même une performance solide pour la zone euro", a-t-il immédiatement ajouté.

Si les gouverneurs ont décidé de passer à l'acte ce mois-ci, c'est aussi parce qu'ils ont estimé que l'inflation se rapprochait de l'objectif de 2% visé par la BCE, et que l'amélioration des prix constatée depuis plusieurs mois devrait se poursuivre. Rappelons que l'indice HICP a atteint 1,9% au mois de mai, après 1,2% en avril, en grande partie tiré par les prix de l'énergie. Selon les nouvelles prévisions de la BCE, les prix devraient croître de 1,7% ces trois prochaines années. "L'inflation est auto-entretenue, nous avons confiance qu'elle va continuer de tendre vers les 2% et que la hausse des prix est durable", a résumé le président pour justifier la fin des achats de titres et un potentiel relèvement des taux à l'automne 2019. 

Relèvement des taux dont il s'est bien sûr abstenu de parler pour le moment, afin de se garder une porte de sortie en cas de détérioration de l'économie ou de des perspectives d'inflation. "Nous souhaitons nous garder des options jusqu'à l'été 2019 au moins", a ainsi affirmé le président, qui a d'ailleurs listé toutes les précautions prises par les gouverneurs dans le communiqué publié aujourd'hui. Ainsi, les taux seront maintenus aux niveaux actuels d'ici à l'été 2019 "et en tous les cas aussi longtemps que les conditions l'exigeront", et les gouverneurs se tiendront pas ailleurs "prêts à réajuster leur politique monétaire si un événement" perturbateur se présentait. Enfin, Mario Draghi a rappelé que si l'APP prendra bien fin en décembre prochain, il ne disparaissait pas pour autant de la boîte à outils de la BCE, qui pourrait très bien s'en resservir dans les prochains mois ou années. Dernier élément qui a sans doute rassuré les marchés : la BCE continuera de réinvestir les titres en portefeuille de l'APP qui arriveront à maturité. 

Si le président de la BCE n'a pas pris d'autre décision aujourd'hui que de préciser les intentions de Francfort dans les prochains mois, et à condition que l'économie et l'inflation poursuivent sur la même lancée, ses déclarations ne marquent pas moins pour autant une étape très importante vers la sortie de QE, après 10 ans de politique accommodante. "L’épisode banques centrales s’achève sans heurts", résume Emmanuel Auboyneau, Gérant associé chez Amplegest et les marchés, soulagés, devraient "pouvoir reprendre leur marche en avant". Dans la foulée du changement de message de la Fed hier soir, c'est un grand jour pour la normalisation des politiques - la fin de l'assouplissement quantitatif mondial est proche, conclut Robert Sierra, directeur de l'équipe Economique de Fitch Ratings.

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