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M&A / Actualité des sociétés

Pour le CEO de Lazard, le protectionnisme pourrait impacter les M&A en 2017

La banque d’affaires a publié des revenus meilleurs qu’attendus, grâce au dynamisme de l’activité M&A et restructuring, mais voit ses profits baisser en raison des coûts de rémunération. Si le contexte est porteur pour le moment, le CEO Ken Jacobs s’attend à une « pause » des opérations.
Kenneth Jacobs, Lazard
Kenneth Jacobs, Lazard

A 169 ans, Lazard vient à nouveau de confirmer sa place privilégiée de boutique des grandes sociétés pour leurs opérations de fusions-acquisitions, et restructurations, juste derrière le Top 3 des banques d’investissement (Goldman Sachs, Morgan Stanley et JP Morgan), avec 1,3 milliard de dollars de revenus issus du conseil l’an passé. Et cela, grâce à une fin d’année en fanfare : jeudi, le groupe a annoncé que ses revenus de conseil avaient grimpé de 22% au dernier trimestre à 331,2 millions de dollars, et notamment ceux liés aux transactions, en hausse de 17%. La maison s’est ainsi distinguée sur nombre des méga deals annoncés fin 2015 : la fusion entre Dow Chemical et DuPont pour 60 milliards de dollars (qui devrait être closée d’ici juin prochain), ou encore ABInBev/SABMiller pour une valorisation totale de 104 milliards de dollars, qui a été finalisée en octobre. Parmi les transactions de l’année, on peut encore citer le rachat par Reynolds American des 57% de Reynolds qu’il ne détenait pas encore, pour 49 milliards de dollars, la fusion de Tyco avec Johnson Controls (36 milliards de dollars), la vente de Level 3 Communications à CenturyLink (34 milliards) mais aussi l’accompagnement de Danone dans la reprise de l’américain Whitewave (12,5 millards de dollars).

Mais c’est surtout l’activité « restructuring » qui a bondi l’an passé, l’effondrement du pétrole ayant obligé de grandes sociétés du secteur à passer en revue leurs actifs. Les revenus opérationnels de cette division ont ainsi quasiment doublé en 2016, à 202 millions de dollars. Le contexte est en revanche plus difficile dans la gestion d’actifs, où les politiques accommodantes des banques centrales mondiales ont rogné sur les commissions. Si les revenus de Lazard ont augmenté de 6% à 275 millions de dollars en fin d’année et augmenté ses actifs sous gestion de 12 milliards de dollars, le résultat opérationnel recule lui de près de 5%. Le ratio de rémunération a grimpé de 1,1 point à 56,5%, mais ce sont surtout les provisions fiscales, qui ont augmenté de 7 points, qui ont impact la rentabilité. Si bien que le résultat net a au global reculé de 61% sur l'exercice.

Cela n’a pas empêché la firme emmenée par Kenneth Jacobs de choyer ses actionnaires. Avec un dividende spécial de 1,2 dollar par action, le groupe affiche un dividend yield de 7,5% et aura au total rendu 10% de sa capitalisation boursière moyenne à ses investisseurs. Il s’engage par ailleurs à racheter le nombre d’actions nécessaires pour compenser la dilution de profit liée au ratio de compensation, et à verser le cash qui excèderait son objectif, fixé à 350 millions de dollars. Mais Lazard n’est pas seulement une valeur de rendement : depuis son IPO en 2005, le groupe a dégagé une croissance annuelle moyenne de 9,4%, contre 2,2% pour les pays développés, tout en affichant une volatilité moindre (0,17) à ses grands pairs bancaires (0,21) ou encore les gérants d’actifs cotés (0,22).

Pour continuer à contenter ses actionnaires, la boutique, qui génère 51% de ses revenus opérationnels issus du conseil en Amérique du Nord, doit maintenant relever le challenge d’une administration Trump, certes favorable aux coupes fiscales et à la dérégulation, mais aussi protectionniste et imprévisible. Ce qui pourrait inciter nombre de corporates à temporiser, en attendant d’en savoir plus sur les mesures à venir et leurs conséquences pour le commerce mondial. « Le sentiment est clé pour les M&A », a ainsi reconnu Ken Jacobs lors du call avec les investisseurs. « Je pense que le protectionnisme va créer une pause sur l’activité M&A dans certaines parties du monde, mais pour l’instant nous n’avons pas vu de changement dans l’activité », a-t-il déclaré.


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