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Qu'est ce qui fait grimper le pétrole ?
Qu'est ce qui fait grimper le baril depuis un mois et demi alors que les inventaires de gaz de schiste américains sont en hausse, ce qui a généralement tendance à peser sur les cours ? Le baril de Brent a effectivement progressé de près de 13% depuis mi-février et la hausse s'est accélérée depuis une semaine et demi, atteignant 70,3 dollars ce matin, alors que l'Agence de l'Energie américaine EIA devrait pourtant dévoiler demain une hausse des inventaires américains pour la quatrième semaine consécutive, selon les anticipations des analystes.
Du côté de l'offre tout d'abord, l'impact sur les cours de l'accord des pays de l'OPEP pour réduire leur production de pétrole est encore plus important que prévu, le Venezuela, connaissant une forte chute de sa production. "Les caisses de l'Etat sont vides de même que celles des compagnies pétrolières du pays, qui n'ont plus les moyen de poursuivre leurs investissements dans les champs pétroliers", explique ainsi Harry Tchilinguirian, économiste chez BNP Paribas, qui estime que la réduction de la production des pays de l'OPEP a ainsi "involontairement" diminué, dans des proportions plus importantes que ce que ne prévoyait l'accord.
Rappelons que les pays producteurs se sont entendus en novembre 2016 pour réduire leur production, entre 32,5 et 33 millions de barils par jour, et ont déjà prolongé cet accord à deux reprises, en mai 2017 et novembre 2017. Ce qui a permis aux marchés de connaître la stratégie de l'OPEP jusque décembre 2018, date à laquelle l'accord prendra normalement fin. La diminution de l'offre a donc contribué à faire monter les prix, d'autant que le Mexique, qui ne fait pas partie de l'OPEP, connaît lui aussi une chute de sa production. Selon le bulletin économique de la BCE publié cette semaine, la stratégie adoptée par les pays de l'OPEP a d'autant mieux fonctionné que les pays ont réellement respecté leur engagement, affermissant leur crédibilité auprès des investisseurs et des marchés.
Autre facteur, financier cette fois, qui a contribué à accélérer la hausse du baril ces dix derniers jours, les prévisions de hausses des taux par les membres de la Fed ("dot plots") ; alors que les marchés tablaient sur une potentielle révision à la hausse du nombre de hausse des taux directeurs pour cette année (de 3 à 4), les membres de la banque centrale se sont finalement prononcés, à une courte majorité, pour 3 hausses de taux pour cette année. Si rien ne les empêchera de changer leurs pronostics lors de la prochaine réunion de la Fed, ils ont en tout cas contribué à rassurer les investisseurs sur le sujet, faisant baisser le billet vert en fin de semaine dernière et du même coup grimper le baril.
Mais, selon Harry Tchilinguirian, c'est sans doute et surtout les changements au sein de l'administration Trump annoncés la semaine dernière qui ont fait grimper le baril. Le Président américain a en effet nommé le 22 mars dernier James Bolton comme conseiller à la sécurité intérieure, après la démission de Lt. Gen. H.R. McMaster, en raison de ses contacts illicites avec des responsables russes pendant la campagne électorale. Or le nouveau conseiller a des vues très tranchées sur les relations diplomatiques de son pays avec l'Iran : dans une tribune publiée le 28 août dernier dans The National Review, cet ancien ambassadeur aux Nations unies, qui fut un fervent défenseur de la guerre en Irak et partisan d'une guerre préventive en Corée du Nord, écrivait au sujet de l'Iran: "Trump devrait libérer les Etats-Unis de cet accord exécrable (ndlr. accord conclu en 14 juillet 2015 avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU - États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni -, plus l’Allemagne, qui et a permis la levée d’une partie des sanctions internationales imposées à Téhéran) le plus vite possible".
L'arrivée de ce néoconservateur à l'un des postes les plus stratégiques de l'administration Trump dès le 9 avril prochain, date de sa prise de fonction officielle, a donc inquiété les investisseurs en or noir, qui craignent le retrait unilatéral des Etats-Unis de l'accord iranien. Ce qui aurait un impact direct sur la production du pays et sur les cours du baril. "Le potentiel retrait des Etats-Unis de l'accord a joué sur la psychologie des cours du pétrole", estime Harry Tchilinguirian. Le marché devrait donc être encore très volatile jusque mi-mai, date à laquelle Donald Trump décidera de se retirer ou non de l'accord. S'il décidait d'en sortir, le Brent pourrait grimper jusque 75 à 80 dollars le baril.
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