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Macro-économie / Taux / Macro-économie / Politique monétaire

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Et si la BCE rachetait des actions ?

Alors que les rendements d'Etats européens sont tous à des plus bas historiques et que l'inflation a peu progressé sur un an, certains analystes commencent à se demander si Francfort ne devrait pas plutôt investir dans des actions de la zone euro, dont le prix est justement sous évalué et qui permettrait de soutenir le revenu disponible des ménages.
Mario Draghi
Mario Draghi

Le 8 septembre prochain, les gouverneurs de la BCE se réuniront pour la première conférence de la rentrée et pourraient annoncer, selon les prévisions des analystes, une extension du programme de rachat de titres, au delà de mars 2017. Une façon de garantir aux marchés le soutien de la Banque Centrale pendant une période prolongée de temps, alors que les taux directeurs sont par ailleurs toujours au plus bas.

Mais certains analystes commencent à mettre en doute l'efficacité du QE, mis en place en mars 2015 et consistant en 80 milliards d'achats d'obligations d'Etat et corporate non financières par mois. L'un des buts recherché est en effet le redémarrage de l'inflation, qui, selon les économistes de Francfort, devrait atteindre 0,2% cette année et 1,3% en 2017. Soit un niveau encore loin de l'objectif des 2% de la BCE et en stagnation par rapport à l'an dernier. Pourtant, si les prix se sont légèrement repris depuis le mois de mai, notamment après que Francfort ait décidé d'accroître de 20 milliards le montants de titres achetés tous les mois (de 60 à 80 milliards), l'inflation passant de -0,1% en mai à 0,2% sur le mois de juillet, elle est pour l'instant de 0,016% en moyenne depuis janvier. Il faudrait donc une forte accélération sur la deuxième moitié de l'année pour que les anticipations de la BCE se concrétisent.

Par ailleurs, certains économistes commencent à montrer du doigt les effets pervers de la politique de taux zéro pratiquée par Francfort. Rappelons que le taux de dépôt est situé à -0,40%, celui de refinancement à 0% et celui de prêts à 0,25%, entraînant une baisse continue des taux des titres des obligations d'Etat de la zone euro, par ailleurs soutenue par les achats mensuels de Francfort : le dix ans allemand, français et espagnol se traitaient ainsi aujourd'hui à respectivement -0,09%, 0,08% et 0,964%. Or, cette politique monétaire basée sur la baisse généralisée des taux d'intérêt a un effet négatif à la fois sur les ménages et les banques. Les premiers, confrontés à des taux très bas, épargnent davantage pour maintenir le niveau de leurs revenus futurs, comme cela est déjà observable en France et en Allemagne, tandis que les secondes ont connu une baisse de leurs rentabilité et profitabilité, la faiblesse des taux d'intérêt à long terme pesant sur leurs réserves excédentaires. Ce qui réduit par conséquent leur capacité à accumuler des fonds propres et à fournir du crédit.

Une alternative possible pour la BCE serait d'acquérir des actions, ce qui aurait un effet plus positif sur l'économie et pourrait être légitimité dans le cadre de son objectif de stabilisation des prix, souligne Patrick Artus dans une note. Pour l'instant, la BCE a acheté 1120 milliards d'euros de titres depuis le début du programme. Si elle modifiait ses rachats en faveur du marché actions, elle entraînerait une hausse des cours boursiers de 10% (soit une hausse de 6 points de PIB de la capitalisation boursière) et réduirait le taux d'épargne des ménages de la zone euro de 0,3 point, selon les calculs de Natixis. Elle permettrait par ailleurs de soutenir l'investissement productif des entreprises autour de 0,12 point de PIB (c'est-à-dire une hausse de 1,3%). "La BCE pourrait donc en achetant des actions, déclencher un effet de richesse favorable, au lieu de risquer de faire apparaître un effet de revenu avec la baisse des taux d'intérêt", souligne Patrick Artus.

La BCE pourrait par ailleurs justifier un tel programme en démontrant que la valorisation des actions de la zone euro est faible et que ses achats permettraient de la redresser, au lieu de continuer à faire baisser les rendements des obligations européennes, au risque de former une bulle. Si les achats d'actions seraient cohérents avec l'objectif de stabilisation des prix de la BCE, ils entrent malheureusement en contradiction avec la doctrine de Francfort de ne pas acquérir d'actifs financiers risqués. A ce titre, Francfort estime qu'elle sera toujours remboursée des obligations qu'elle achète tous les mois, ce qui pourrait ne pas être le cas d'actions d'entreprises.

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