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Inflation : les banques centrales n'ont pas le droit à l'erreur

Alors que l'inflation en zone euro et aux Etats-Unis peine à redémarrer, les banques centrales ont pourtant décidé d'entamer ou de poursuivre leur resserrement monétaire. Une hausse trop rapide des taux risque pourtant de briser le cycle de reprise et les politiques monétaires devront donc être le plus flexible possible.
Draghi
Draghi

L'inflation a-t-elle disparu ? Ce matin encore, Eurostat a publié un indice CPI (consumer price index) pour le mois de septembre situé à 1,5%, pour l'ensemble de la zone euro, la France ayant pour sa part affiché une inflation de 1% seulement sur la période. Soit un niveau encore bien trop éloigné de l'objectif fixé par la BCE de 2%. Et la tendance ne devrait pas s'améliorer : selon les prévisions des économistes de Francfort, l'inflation devrait atteindre un point bas de 0,9% sur un an au premier trimestre 2018, en raison d'une diminution de la composante énergétique et d'une contribution négative de la composante alimentaire.

Aux Etats-Unis si la hausse des prix est légèrement supérieure à celle de la zone euro, le CPI n'a cessé de diminuer depuis le début de l'année, passant de 2,5% de hausse en janvier 2017, à 1,94% en août dernier. "Malgré la forte baisse du taux de chômage américain, l’accélération de la croissance des salaires et de l’inflation est restée limitée", note ainsi William De Vijlder, économiste chez BNP Paribas. Certes, la faiblesse du baril de pétrole pèse naturellement sur le niveau des prix ; mais même l'inflation sous-jacente (qui exclut les composantes volatiles telles que l'énergie) reste basse, à 1,3% pour la zone euro en septembre. Un comportement de l'inflation a priori énigmatique, selon l'économiste de BNP Paribas, qui l'explique notamment par "un réservoir de main d'oeuvre plus important que prévu", "des faibles gains de productivité qui limitent l'augmentation des salaires" ou encore "la mondialisation avec plus de concurrence et une grande réactivité de l’offre". 

Quoi qu'il en soit, cette faiblesse actuelle des prix rend la tâche des banques centrales quelque peu compliquée, elles dont l'objectif est de garantir un certain niveau de prix ("proche mais inférieur à 2%"). Car la croissance économique est désormais bien enclenchée des deux côtés de l'Atlantique et ne justifie donc plus un tel niveau d'intervention des banques centrales, dont les politiques accommodantes avait été mises en oeuvre au plus fort de la crise, pour soutenir le crédit bancaire (avec des taux au plus bas) et les Etats (en rachetant de la dette souveraine via les programmes d'achats d'actifs). Ainsi selon le consensus des économises, le PIB américain devrait progresser de 2,2% cette année, et 2,3% l'an prochain, tandis que la zone euro devrait croître de 1,9% et 1,7% sur la même période.

Les banques centrales américaine et européenne ont donc décidé de mettre fin à leur politique accommodante, et ce malgré l'absence de reprise de l'inflation. La Fed devrait ainsi procéder en décembre prochain à la troisième hausse de taux depuis le début de l'année, tandis que la BCE a laissé entendre lors de sa dernière réunion qu'elle pourrait entamer le tapering en janvier prochain. "Pour la première fois depuis 2008, le bilan des banques centrales devrait diminuer l'an prochain", explique ainsi Jeremy Lawson, économiste en chef chez Aberdeen Standard Investments. "Les banques centrales estiment que la croissance est suffisante pour permettre aux économies d'absorber une réduction des liquidités de leur part", poursuit-il.

Il reste qu'une hausse trop rapide des taux risquerait de tuer la reprise enclenchée depuis un an et demi : "une erreur de politique monétaire représente selon nous le risque le plus important pour notre scenario positif de croissance", explique ainsi l'économiste, qui estime que Mario Draghi a pour l'instant pris de très bonnes décisions, à la différence de son prédécesseur ! Dans le même temps, plus les banques centrales attendent de resserrer les taux, exigeant d'avoir davantage de données, plus elles "risquent d'être surprises par une accélération de l'inflation", estime pour sa part William De Vijlder. Le timing adéquat des resserrements monétaires sera donc une opération délicate pour les banques centrales. "Des taux toujours très bas impliquent une absence de marge de manœuvre pour lutter contre une récession qu’elle aurait provoquée elle-même", ajoute l'économiste de BNP Paribas. Les banquiers centraux devront donc calibrer leur politique de façon graduelle et surtout flexible, afin de se retirer suffisamment tôt, tout en restant sensible à l'évolution des prix. 

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