WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux / Macro-économie / Politique monétaire

Macro-économie / Taux
Macro-économie / Politique monétaire

Draghi dans un corner ?

L'inflation en zone euro a quasiment atteint les 2% au mois de mai, soit proche de l'objectif visé par la BCE. Mais ce chiffre masque de forts écarts de prix entre les différents pays de la zone euro, l'Allemagne caracolant en tête. Mario Draghi devra trancher sur le calendrier de sortie du QE, sous la pression allemande, juste au moment où la zone euro est fragilisée par l'Italie.
Mario Draghi
Mario Draghi

L'objectif de prix de la BCE de 2% serait-il enfin à portée de main? Eurostat a effectivement dévoilé ce matin une inflation en zone euro pour le mois de mai située à 1,9% sur un an, contre 1,2% en avril, certes en grande partie tirée par la progression des prix de l'énergie (le baril du Brent a dépassé les 80 dollars le 20 mai avant de redescendre aux alentours de 77 dollars). Mais pas seulement. L'inflation sous-jacente, c'est-à-dire ajustée des prix de l'énergie a également progressé plus que prévu, passant de 0,7% à 1,1%, soit un plus haut de 8 mois. Une bonne nouvelle pour la zone euro, qui a également dévoilé ce matin un taux de chômage de 8,5%, un plus bas depuis la crise de 2008. "La progression  des salaires devrait continuer de tirer l'inflation core vers le haut ces prochains mois", estime Stephen Brown, économiste chez Capital Economics. 

Le chiffre pour la zone euro publié ce matin masque cependant de forts écarts d'évolution des prix entre les pays, qui devraient compliquer la tâche de la BCE pour sortir de sa politique accommodante. Ainsi, si le Portugal a affiché une hausse des prix de 0,4% seulement au mois d'avril, l'indice HICP en France a atteint 2% en mai et même progressé de 2,2% en Allemagne sur la même période. "L'Allemagne a clairement atteint l'objectif de la BCE. La hausse des salaires et la hausse du marché immobilier sont autant de signaux d'alerte qui se mettent en place et qui devraient renforcer la fermeté de Jens Weidmann pour accélérer le resserrement monétaire", explique ainsi Patrice Gautry, économiste chez UBP. Selon lui, la dynamique d'expansion du marché immobilier et donc de l'endettement des ménages inquiète particulièrement la BuBa. "Il risque d'y avoir un débat important au sein de la BCE lors de la prochaine réunion avec une Allemagne qui craint une surchauffe de son marché immobilier et le reste des pays de la zone euro. Les positions individuelles des gouverneurs devraient être de plus en plus marquées ces prochains mois", ajoute l'économiste.

Le timing de resserrement de la politique monétaire est d'autant plus délicat que les troubles politiques en Italie ont fait ressurgir le risque d'une crise financière en zone euro. "L'inflation remonte au moment même où la BCE pourrait se poser la question de la nature de la croissance en zone euro", explique encore Patrice Gautry. Il reste que Mario Draghi ne pourra indéfiniment repousser la date d'annonce de la fin des achats de titres. Si ceux-ci devaient initialement se terminer en septembre prochain, le gouverneur s'est laissé une porte de sortie et n'a pour l'instant pas confirmé que cela serait le cas.

Mais "il va bien falloir sortir de la politique monétaire de crise un jour", explique de son côté Eric Bertrand, directeur des Gestions Taux et Diversifiées chez OFI AM. Qui ajoute que Mario Draghi a hésité jusqu'à présent à confirmer la date parce qu'à chaque fois qu'il était un peu plus hawkish, il entraînait une hausse de l'euro/dollar. Et même si la situation italienne rend l'arrêt des achats de titres encore plus délicat, Mario Draghi pourrait décider de clarifier le calendrier du QE lors de la réunion de juillet, au lieu de juin comme les marchés l'anticipaient initialement.

Hors de question en revanche pour Mario Draghi de venir au chevet de l'Italie, dont le potentiel gouvernement populiste a annoncé des mesures contraires au respect des règles européennes. Si en revanche le risque italien se propageait au reste de l'Europe et menaçait la stabilité du système financier, alors la BCE serait contrainte d'intervenir. "C'est seulement en cas de risque extrême que la BCE serait obligée de monter au créneau", conclut Patrice Gautry.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article