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Yahoo s’en tire à bon compte, Altice sur le qui-vive

Malgré les piratages successifs dont a souffert Yahoo, son prix de vente à Verizon n’a baissé que de 350 millions de dollars et les deux sociétés vont se partager les frais légaux. La finalisation de l'opération est de bon augure pour Altice et sa prochaine IPO américaine.
Patrick Drahi
Patrick Drahi

En bons américains, Verizon et Yahoo ont chacun accepté de mettre de l’eau dans leur vin pour faire aboutir le deal qu’ils avaient conclu l’été dernier. Le premier a accepté de finaliser le rachat du second, malgré deux scandales de piratage datant de 2013 et 2014, révélés ces derniers mois et qui ont touché 1,5 milliard de comptes utilisateurs. Mais le prix de vente a été revu à la baisse de 350 millions, à 4,45 milliards de dollars, ce qui est néanmoins bien moins que les anticipations les plus pessimistes, qui avaient estimé que la décote pourrait atteindre 1 milliard de dollars. En outre, les deux sociétés se partageront les frais des issues des actions judiciaires en cours liées à ces piratages émanant des agences gouvernementales ou de tiers, tandis que Yahoo gardera la responsabilité de celles venant de ses actionnaires et de la SEC.

S’il s’agit de l’opération de la dernière chance pour Yahoo, Verizon, qui a déjà racheté AOL pour 4,4 milliards pour mettre la main sur le milliard de comptes Yahoo, afin de développer son activité de contenus en ligne et y vendre de la publicité et d’autres services. La raison et les bénéfices attendus à long terme l’ont donc emporté dans ce cas de figure, même si le mastodonte des télécoms se lance dans une course contre la montre face aux géants de la tech que sont Google et Facebook, mais aussi les petits nouveaux comme Snapchat, qui ont déjà largement inondé le marché. Surtout, cette transaction démontre le besoin pour les opérateurs télécoms classiques de trouver des solutions face à l’érosion de la croissance dans leurs activités traditionnelles.

Si Verizon mise sur la diversification, d’autres pourraient choisir la consolidation, d’autant que la nouvelle administration Trump semble bien plus favorable à de grandes fusions dans le secteur. Comme en France, les quatre grands acteurs télécoms (AT&T, Verizon, Sprint et T-Mobile US) se mènent une guerre des prix sans merci, mais les discussions sont interdites jusqu’à la fin des enchères en cours pour des fréquences, en avril prochain. S’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, tout cet environnement est favorable à Altice, qui a déjà repris deux acteurs américains ces dernières années (Suddenlink et Cablevision), soit 4,7 millions de clients, et a de grandes ambitions dans le pays. Il a déjà annoncé vouloir lancer l’IPO d’Altice USA cette année, afin de lever des fonds pour de nouvelles opérations, refinancer son importante dette mais aussi son ambitieux plan de développement sur la fibre optique.

L’opération consistera donc en la cotation du quatrième câblo-opérateur du pays, derrière Comcast, Cox et Charter, mais aussi d’un holding d’acquisition. Pourtant, il faudra convaincre les investisseurs que la « machine » Drahi de réduction des coûts ne va pas saper la croissance, et que ces dépenses d’investissement ne vont pas faire déraper les capex. L’homme fort d’Altice risque de souffrir de son bilan en France chez SFR selon Bloomberg, même s’il avait acquis cet actif déjà en difficultés alors que les deux sociétés US sont en bonne santé. Mais une telle IPO, qui sera aussi une opportunité pour BC Partners et CPP Investment Board, pourrait aussi bénéficier du momentum en cours sur le secteur télécoms aux Etats-Unis, où les titres ont bondi ces derniers jours. Sur un multiple de 8 à 9 fois l’Ebitda, Altice USA serait valorisé entre 27,7 et 31 milliards de dollars.

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