Macro-économie / Taux / Macro-économie / Politique monétaire
Macro-économie / Taux
Macro-économie / Politique monétaire
Les banques centrales affutent leurs armes sur les cryptomonnaies
Bitcoin ou pas Bitcoin ? Il ne se passe pas une semaine sans qu'un législateur ou un représentant d'institution financière ne se prononce sur le sujet, tantôt mettant en garde contre la volatilité de la cryptomonnaie, tantôt vantant les mérites de la technologie associée à la devise, dite Blockchain. Ce matin encore, le gouverneur de la Banque d'Angleterre Mark Carney, qui s'exprimait à l'occasion de la Scottish Economics Conference, a affirmé que ces nouvelles "devises", ne pourraient justement jamais jouer le rôle de monnaie, à l'heure où ses défenseurs soulignent au contraire qu'elles pourraient à terme permettre de se passer d'intermédiaires financiers et de banques.
Le gouverneur de la BoE a donc insisté sur les risques que représentent ces cryptomonnaies pour la protection des investisseurs et consommateurs mais également pour la lutte contre le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme et l'évasion fiscale, que le Bitcoin est accusé de favoriser. Sans grande surprise, Mark Carney a repris les principaux arguments des pourfendeurs des cryptomonnaies, soulignant notamment que "la volatilité des 10 principales devises virtuelles avait été 25 fois supérieure à celle du marché actions américain en 2017". Des propos assez similaires à ceux prononcés par le président de la BRI Agustin Carstens début février, qui s'était montré très virulent à l'égard de toute forme de devise virtuelle.
Pourtant, tous les banquiers centraux ne semblent pas unanimes sur le Bitcoin, et les régulateurs auront sans doute du mal à accorder leurs violons sur le sujet, qui mérite pourtant d'être encadré pour éviter des dérives. Le Venezuela est allé encore plus loin dans son soutien aux cryptomonnaies en lançant la semaine dernière sa propre monnaie virtuelle, le petro, affirmant que 735 millions de dollars de la nouvelle devise avait déjà été vendus. De même, l'Estonie, réputée pour son avance numérique, a-t-elle lancé fin décembre son propre token, l'Estcoin, afin de favoriser les ICO. Le président de la BCE Mario Draghi, interrogé sur le sujet lors d'une conférence de presse, s'était montré assez ferme, rappelant qu'aucune devise virtuelle ne pourrait remplacer l'euro. Ce à quoi l'Estcoin n'a d'ailleurs pas vocation, le gouvernement du petite pays balte ayant affirmé lors du lancement que le token visait à mieux encadrer et fluidifier les levées de fonds ICO, mais ne constituait pas du tout une alternative à l'euro.
La banque centrale de Suède est de son côté en train de développer un projet de monnaie virtuelle émise par elle, le eKrona qui permettrait de fournir au grand public une devise digitale issue de la banque centrale. Ce projet, qui devrait aboutir fin 2019, pourrait être un premier élément de réponse sur le positionnement des banques centrales par rapport aux cryptomonnaies. Car même si le Bitcoin est visiblement moins à la mode depuis le début de l'année -il a perdu près de 50% de sa valeur par rapport à son pic de fin décembre et se traitait aujourd'hui autour de 11.000 dollars selon Coindesk - les institutions financières d'Etat vont rapidement devoir se positionner sur le sujet. Elles devront en effet proposer une réponse adaptée à l'arrivée des devises virtuelles, afin d'éviter qu'elles ne loupent cette révolution.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

