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La prudence de Draghi fait baisser l'euro
La prudence de Mario Draghi lors de la conférence de presse, post-réunion de politique monétaire cet après-midi, a fini par faire plier la monnaie unique, qui a résisté un temps contre le billet vert, avant de baisser de 0,4% en fin d'après-midi. A 17 heures, l'euro chutait de 0,4% contre le dollar, autour de 1,21 les investisseurs ayant visiblement retenu de son discours que "la politique monétaire en tant que telle n'avait pas été abordée lors de la réunion", en raison du ralentissement économique plus fort que prévu constaté depuis la dernière réunion de mars. Certes, Mario Draghi n'a pas modifié ses propos concernant les taux directeurs ("ceux-ci resteront à leurs niveaux actuels pendant une période prolongée, et bien au-delà de l'horizon fixé pour les achats nets d'actifs"), ni ceux concernant les mesures non conventionnelles (confirmant que les achats de 30 milliards par mois seraient réalisés jusque fin septembre 2018 ou au-delà si nécessaire). Ce qui aurait pu être interprété par les marchés comme le signe que le calendrier du tapering ne serait pas modifié lors des prochains mois.
Mais le président a surtout expliqué que si la stratégie à suivre dans les prochains mois n'avait pas été abordée lors des discussions aujourd'hui, c'était en raison des signes de ralentissement constatés dans l'ensemble des pays de la zone. Les indices PMI, tous secteurs confondus, ont ainsi ralenti depuis mars, et la dernière enquête de confiance des entreprises en Allemagne était également en repli, éveillant les craintes d'un ralentissement économique au sein du principal poumon de la zone.
Du coup, les gouverneurs ont jugé bon d'observer et comprendre les facteurs derrière cet apparent essoufflement. "Nous devons chercher à savoir si ce ralentissement est dû à des événements temporaires ou s'il marque le début d'un retournement de cycle", a ainsi affirmé le président, citant parmi les éléments temporaires, un hiver plus rigoureux que prévu et les mouvements de grève (sans citer la France directement !). Les tensions commerciales au niveau international pourraient selon lui affecter la croissance de la zone euro, même s'il s'est pour l'instant plus agi de batailles de mots que de réelles actions. "Ces événements ont en tout cas affecté la confiance des entreprises et des consommateurs", a rappelé le président.
Cette conférence de presse était également la dernière pour le vice-président de la BCE Vitor Constancio, qui après 8 ans de mandat et plus de 18 ans au sein du conseil des gouverneurs, a dressé un petit bilan de sa longue carrière au sein de la banque centrale. Le vice-président a ainsi rappelé que la politique monétaire avait et devait encore évoluer, notamment depuis la crise de 2008, en raison d'un système financier beaucoup plus complexe, et d'un mode de financement des entreprises et ménages beaucoup moins dépendant des banques. "En 2007, 61% des instruments de dette qui servaient à financer les sociétés non financières étaient des prêts bancaires. L'an dernier, ceux-ci n'ont représenté que 45% des instruments de dette", a ainsi affirmé Vittorio Constancio. Qui a par ailleurs estimé que les banques centrales pourraient devoir adapter leur politique monétaire dans les prochaines années, en élargissant leurs instruments vu la complexité nouvelle du monde financier.
Celui qui fut gouverneur de la Banque d'Italie a par ailleurs rappelé que s'il quittait son poste sans que le QE ne soit totalement terminé, la politique non conventionnelle de la BCE touchait tout de même à sa fin, lui donnant le sentiment d'avoir accompli son travail. "La plupart du chemin a été réalisé et la zone euro est parvenue à un degré de croissance auto-entretenu", a conclu l'Italien. Tout en rappelant que la zone n'était pas à l'abri d'un nouveau choc extérieur et d'une potentielle nouvelle récession. C'est donc l'Espagnol Luis de Guindos qui prendra son siège à partir du 1er juin et sera assis aux côtés de Mario Draghi lors de la prochaine conférence de presse mi-juin.
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