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La fin du QE risque-t-elle de plomber la croissance ?
Les gouverneurs des principales institutions monétaires mondiales, réunis aujourd'hui et demain à Sintra pour le traditionnel forum des banques centrales, auront certainement de quoi discuter et débattre cette année. La Fed et la BCE sont en train de sortir de la politique accommodante menée depuis près de dix ans, la première ayant déjà bien entamé le tapering, avec quatre hausses des taux prévue pour 2018, tandis que la seconde vient tout juste d'annoncer son calendrier de retrait. Or l'une des principales craintes liées à la sortie de QE, et qui explique pourquoi les banquiers centraux ont mis autant de temps à décider de se retirer, est le contrecoup économique qu'elle pourrait entraîner.
Ce qu'a d'ailleurs rappelé l'ancien secrétaire au Trésor américain, Lawrence Summers, hier soir lors d'une interview sur Bloomberg en marge du sommet portugais. "La priorité des banques centrales depuis des générations, et avant que la crise de 2008 ne survienne, est d'éviter un emballement de l'inflation. Ce n'est plus le principal enjeu aujourd'hui. Ce qui compte désormais est de garantir une croissance saine et un marché du travail dynamique", a affirmé l'ancien secrétaire au Trésor. Qui s'est donc inquiété d'un retrait précipité des banques centrales et des conséquences potentielles sur la croissance économique des pays concernés. D'autant qu'en cas de récession, les banques centrales ne pourront plus se servir des taux d'intérêt pour soutenir l'économie. "Les retournements de cycle existent. Dans ces situations, l'idéal pour les banques centrales est de pouvoir baisser leurs taux de 500 points de base. Cette fois-ci, elles ne disposeront pas de ces marges de manoeuvre là".
La crainte que la fin de la perfusion des banques centrales ne plombe l'économie est pour le moins justifiée : le QE et l'ensemble des mesures d'assouplissement monétaire menées par les banques centrales ont clairement contribué à soutenir la croissance, comme l'a rappelé Mario Draghi jeudi dernier. Le président de la BCE a ainsi affirmé que les mesures instaurées depuis mi-2014 avaient boosté le PIB de la zone euro de 1,9% entre 2016 et 2020, ainsi que l'inflation, dans les mêmes proportions. Le président a cependant rappelé ce matin que, malgré le ralentissement constaté au début de l'année, la croissance resterait solide ces prochains trimestres (2,1% en 2018, 1,9% en 2019 et 1,7% en 2020). Surtout, il a rappelé à Sintra que la phase d'expansion que connaît la zone euro actuellement n'en était qu'à ses débuts, au regard de précédents épisodes de hausse du PIB : "depuis 1975, la zone euro a connu cinq phases d'expansion, qui ont duré en moyenne 31 trimestre du point bas de la récession au plus fort de la reprise, avec une croissance cumulée de 21% en moyenne. Or celle que nous connaissons actuellement ne représente que 20 trimestres d'affilée pour l'instant et une croissance cumulée de 10%". D'ou la confiance relative du président quant au timing du retrait de la BCE. "Les fondamentaux de la reprise demeurent solides. La demande intérieure est forte, et le principal moteur de la croissance, à savoir le cercle vertueux entre emploi et consommation, fonctionne", a ainsi affirmé Mario Draghi à Sintra.
Il reste que la BCE se retire des marchés au moment où d'importants risques pour la croissance ont surgi, comme l'a d'ailleurs reconnu le président ce matin. Le retour du protectionnisme, avec la hausse des tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis, la hausse des prix du pétrole causée par des tensions entre les pays du Golfe et la volatilité des marchés financiers, sont autant de facteurs qui pourraient pénaliser l'expansion économique de la zone euro. La BCE pouvait-elle pour autant continuer de maintenir l'économie sous perfusion plus longtemps ? Sans doute pas. La situation économique de la zone euro ne le justifie plus, ni même l'inflation, qui devrait selon Draghi progressivement atteindre l'objectif de 2% visé par la BCE. Le président est par ailleurs parvenu à assurer une période de sortie de QE transitoire, qui permettra de se retirer progressivement, et d'éviter ainsi un choc brutal pour la croissance. En continuant d'investir les retombées de dette des titres acquis via l'Asset Purchase Program qui arriveront à échéance au-delà de décembre 2018 (date à laquelle l'APP prendra fin), et en garantissant que les taux resteront bas au moins jusqu'à l'été 2019, le président de la BCE devrait permettre aux économies de la zone euro de se préparer progressivement à son retrait et aux marchés de digérer la nouvelle.
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