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Deutsche Börse et le LSE vont-ils faire mentir l’histoire ?
La consolidation des Bourses européennes, jusque-là maudite, va-t-elle avoir une nouvelle chance ? Le London Stock Exchange et Deutsche Börse ont confirmé une information de Reuters selon laquelle ils envisageraient de fusionner. Une annonce qui a orienté les titres des deux intéressés à la hausse, même si cette alliance va encore devoir passer de nombreux obstacles. Dont celui des fourches caudines de l’autorité de la concurrence européenne, qui en 2012 avait obligé Deutsche Boërse et NYSE Euronext à abandonner leur projet de mariage. Les difficultés sont d’ailleurs bien connues par les deux parties puisque des projets d'alliance ont déjà été sur la table en 2000 et en 2004-2005. Néanmoins, la création d’un géant européen serait sources de belles opportunités, notamment pour Euronext.
La nouvelle entité pèserait près de 20 milliards de livres et pourrait ainsi rivaliser avec des mastodontes, tels que le CME et l’Intercontinental Exchange ou les grandes plateformes asiatiques. Dans le détail, le LSE a déjà indiqué que ce rapprochement se baserait intégralement sur un échange de titres avec création d'un holding. Cette fusion se ferait sur la base d'un ratio d'échange donnant aux actionnaires de Deutsche Börse 54,4% de la nouvelle structure et à ceux du LSE 45,6%. Les fiancées ont également précisé que chaque actionnaire de la Bourse britannique recevrait 0,4421 action nouvelle par titre détenu et chaque actionnaire du groupe allemand une action nouvelle par titre détenu. A noter que les deux firmes continueraient d’exercer sous leur dénomination actuelle.
Ce mouvement apporterait un nouveau souffle aux plateformes. Ces dernières années, Deutsche Börse et le LSE s’étaient en effet plutôt concentrées sur des acquisitions de taille moyenne. La Bourse britannique a par exemple réalisé 16 opérations au cours des six dernières années. Il faut dire que les rapprochements de grande envergure n’ont pas toujours été bénis par les Dieux. Ainsi, le département de la Justice américain a-t-il rejeté l’offre du Nasdaq et d'Intercontinental Exchange sur NYSE Euronext. Il y a également eu l’abandon du rachat envisagé du Canadien TMX Group par le LSE, faute d’avoir réussi à convaincre les actionnaires du premier. Le gouvernement australien n’a pas été en reste et a également mis son veto à la reprise de la Bourse de Sydney, ASX, par Singapore Exchange. Mais l’exemple, qui a le plus marqué les esprits, reste l’opposition de Bruxelles a un mariage entre NYSE Euronext et Deutsche Börse car il risquait de nuire à la concurrence, notamment sur le juteux marché des dérivés.
Si le LSE et Deutsche Börse continuent d’aller de l’avant, elles devront donc convaincre l’autorité de la concurrence européenne. Les deux plateformes « pensent qu’une fusion potentielle offrirait des perspectives de croissance plus soutenue, d’importants avantages pour les clients dont des marges croisées entre la compensation des dérivés listés et OTC (assujetties aux autorisations réglementaires), mais aussi des synergies de revenus importantes et un accroissement de la valeur pour les actionnaires », selon le communiqué de la Bourse allemande. Les plateformes sont en effet toutes deux propriétaires de leurs propres chambres de compensation : Clearstream et Eurex Clearing pour l’Allemande et LCH.Clearnet pour la Britannique. Or, si l’antitrust européen tique sur ce risque de monopole, c’est Euronext, qui pourrait sortir gagnante de la cession nécessaire sur la compensation, voire sur d’autres activités. Autre bonne nouvelle pour les deux fiancées : la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager a la réputation d’être plus sévère, mais aussi bien plus pragmatique, que son prédécesseur. Ce qui pourrait être de bon augure. Enfin, une alliance britannico-allemande ne semble pas anodine et serait une bonne nouvelle à l’heure où le mot Brexit est sur toutes les lèvres.Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

