Qui aura l’étoffe pour succéder à l’oracle d’Omaha?
La traditionnelle assemblée générale annuelle de Berkshire Hathaway, qui s’est tenue comme à son habitude à Omaha samedi, a été l’occasion d’un échange musclé de cinq heures entre son iconique patron, Warren Buffett, 83 ans, et des analystes, actionnaires et gérants. Ces derniers ont contesté la décision de l’oracle d’Omaha de s’abstenir sur la rémunération chez Coca-Cola alors qu’il la jugeait excessive, ou ont encore pointé des performances pour la première fois en retrait par rapport au S&P 500. Mais la question qui brûlait les lèvres de tous les intervenants était bien sûr celle de sa succession, et du tandem qu’il forme avec le vice-chairman Charlie Munger, 90 ans.
L’oracle d’Omaha a déjà eu l’occasion de s’exprimer sur le sujet, et de donner sa philosophie: « la clé est de préserver une culture et d’avoir un successeur, un CEO qui ait encore plus d’intelligence, d’énergie et de passion que j’en ai ». Pour les valeurs, il a déjà choisi d’adouber son fils, Howard Buffett (59 ans), comme futur chairman. A la tête d’une fondation et administrateur de quelques sociétés, ce dernier n’a pas beaucoup d’expérience mais n’aura pas de fonction opérationnelle, il devra simplement faire vivre les valeurs de son père, s’assurer que les managers n’outrepassent pas leurs pouvoirs, tout en laissant la voie libre au CEO. Seule différence de taille, Howard Buffett est nettement moins orienté sur les chiffres et les bilans que son père, et se place davantage dans l’action.
Sur la partie exécutive, Warren Buffett a déjà indiqué qu’il avait déjà choisi le nom du prochain CEO, un opérationnel en interne, et avait deux autres personnes en option. Le nom le plus murmuré est celui d’Ajit Jain, le patron de la branche réassurance. Ce fidèle, entré chez Berkshire Hathaway en 1986, a depuis transformé sa division en actif très profitable, qui gère désormais plus de 200 milliards de dollars. Déjà âgé de 62 ans, Ajit Jain est vu comme un connaisseur des risques et un excellent alloueur de capital. Warren Buffett n’a jamais tari d’éloges à son propos, notamment via des plaisanteries imagées: « si Charly, Ajit et moi sommes dans un bateau qui coule et que vous ne pouvez en sauver qu’un, sauvez Ajit ». Mais il a aussi déjà subi des revers : fin 2011, il avait lancé une OPA de 3,25 milliards de dollars en cash sur une société déjà prisée, Transatlantic Holdings, qui a finalement échoué. Un précédent qui a écorné son image d’investisseur capable d’identifier des cibles et de négocier des deals.
Reste le critère de l’âge et, de ce point de vue, deux managers sont capables de se détacher auprès de Warren Buffett. Matthew Rose, 52 ans, est le patron de la compagnie ferroviaire Burlington Northern Santa Fe (BNSF), l’actif le plus important dans le portefeuille de Berkshire Hathaway. Une telle position à la tête d’un géant du transport américain est sans nul doute un important atout pour gérer la quatrième capitalisation boursière aux Etats-Unis avec 316,8 milliards de dollars, une entreprise qui emploie un quart de millions de personnes à travers des dizaines d’activités. D’autant que Matthew Rose est passé de CEO à vice-chairman exécutif de BNSF fin 2013, une nomination qui a alimenté les spéculations selon lesquelles d’autres fonctions l’attendaient.
Enfin, un troisième dauphin présumé est vu en la personne de Gregory Abel (51 ans), le patron de la partie énergie avec MidAmericain Energy. Ce dernier est longtemps resté dans l’ombre de son patron, David Sokol, qui était pressenti pour prendre la succession de Warren Buffett avant d’être pris dans un scandale de délit d’initiés à propos du deal Lubrizol. Mais Greg Abel est désormais sous les feux des projecteurs et a fait montre de son talent: il a bouclé le rachat du groupe d’électricité du Nevada, NV Energy, pour 5,6 milliards de dollars l'an passé, et a été nommé au board de Heinz.
Une chose est sûre : le successeur de l’oracle d’Omaha aura fort à faire pour le remplacer dans le cœur de ses actionnaires. Berskhire Hathaway est à un tournant de son histoire et l’omnipotence de ses divisions amène certains à plaider pour un dépeçage des activités. Hors de question, martèle Warren Buffett, qui a une fois de plus déjoué une résolution appelant au versement d’un dividende cette année. Mais avec un trésor de guerre de 48 milliards de dollars, la pression sera forte sur le prochain patron pour mettre cet argent au travail à bon escient.
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