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Le dollar n’est pas notre monnaie, mais reste notre problème
« Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. » Cette phrase signée John Connally -secrétaire américain au Trésor- et adressée aux Européens qui s’inquiétaient des taux de change en 1971, est toujours autant d’actualité. Si l’hégémonie du billet vert a été contestée à plusieurs reprises au cours des décennies passées, celle-ci n’a jamais été infirmée. Mais la lourde sanction infligée la semaine dernière au fleuron français mais aussi européen BNP Paribas a eu le mérite de relancer le débat sur le rôle et le poids de l’euro dans les transactions internationales. « Nous autres européens réalisons des transactions entre pays européens en dollars, par exemple lorsque nous vendons des avions. Est-ce nécessaire ? Je ne pense pas. Je pense qu'un rééquilibrage des monnaies est possible et il est même nécessaire, et pas seulement en ce qui concerne l'euro mais également les autres monnaies », a ainsi expliqué Michel Sapin, ministre des Finances, au Financial Times en marge des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
L’homme entend plaider ce lundi en faveur d’une alternative au billet vert à l’occasion de sa rencontre sur le sujet avec les ministres européens des Finances ce lundi à Bruxelles. C’est en tout cas ce qu’il a déclaré au FT, mais sans pour autant détailler son plan de bataille. Pourtant c’est sur ce point que les choses vont se compliquer. En effet, le rôle prépondérant du dollar est une réalité de longue date. Déjà en 1964 Valéry Giscard d’Estaing regrettait le « privilège exorbitant » des Etats-Unis, seul Etat à pouvoir s’endetter avec sa propre devise.
Aujourd’hui ce sont l’amende (8,97 milliards de dollars) et la suspension d’un an de ses opérations de compensation en dollar pour ses activités de négoce de pétrole et de gaz dont a écopé BNP Paribas qui relancent le débat. Pour mémoire, ces sanctions n’ont pas été le fait d’opérations illégales au regard des lois françaises et européennes mais relèvent du droit américain car elles ont été réalisées en dollars. Ce qui a poussé les commentateurs à critiquer l’extraterritorialité des normes US, qui se servent de leur monnaie pour étendre leur influence économique et judiciaire.
Mais la question du rôle du dollar dépasse de bien loin l’affaire BNP Paribas. Christophe de Margerie, PDG de Total a confié au FT que, par exemple, une raffinerie qui réalise actuellement ses transactions sur la base d’un taux euro/dollar pourrait utiliser l’euro « pour réaliser ses échanges ». Même si le dirigeant précise que le prix de référence devrait rester en dollar. D'ailleurs, n’y a pas que le pétrole qui s’échange avec la monnaie US. C’est également le cas des matières premières plus généralement ou de nombreux produits manufacturés, tels que les avions vendus par Airbus. En outre, en avril de l’an passé, le billet US était impliqué dans 87% de toutes les transactions de change, d’après la Banque des règlements internationaux (BRI) et il représentait en octobre 81,08% des financements commerciaux, selon Swift. Fin 2013 le Fonds monétaire international (FMI) estimait que la monnaie US comptait pour 61,2% des réserves des banques centrales mondiales.
« L'accroissement des risques juridiques venant de l'application des règles américaines à l'ensemble des transactions en dollars de par le monde peut pousser à une diversification des devises utilisées », a estimé pour sa part Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, dans un entretien publié il y a quelques jours par Investir. Le dirigeant en a profité pour rappeler que différentes initiatives ont été prises pour faciliter les échanges de renminbi hors de Chine et qu’un système de compensation en devise chinoise va être mis en place à Paris. Points importants car l’abandon du dollar profiterait en premier au yuan, qui vient de devancer l’euro comme deuxième monnaie pour les transactions internationales.
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