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Fusions, Acquisitions / M&A

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Intel mise sur la voiture sans chauffeur, les M&amp;A à l'étranger s'emballent<br>

Le fabricant américain de semi-conducteurs rachète la startup israélienne Mobileye pour 15,3 milliards de dollars. Ce pari audacieux démontre la volonté des corporates américains – mais aussi français – de poursuivre des M&A hors de leurs frontières, alors que le gouvernement chinois freine des quatre fers.
Mobileye
Mobileye

Intel, qui avait raté le grand virage technologique du smartphone, a décidé de miser gros sur la voiture sans chauffeur. Le fabricant américain de semi-conducteurs a annoncé ce lundi qu’il rachetait la startup israélienne Mobileye cotée sur le Nyse pour 63,54 dollars par action, soit une prime de 34% sur le cours de clôture vendredi. La société commercialise des puces avec des systèmes de caméras embarquées pour les voitures intelligentes utilisées à l’heure actuelle, et développe des technologies pour les voitures sans chauffeur. Les sociétés se connaissent déjà : Intel, Mobileye et BMW ont conclu un partenariat l’été dernier avec pour ambition de commercialiser des voitures autonomes dès 2021.

La course aux voitures autonomes s’accélère entre les géants de la tech comme Google, Uber et Tesla, et les constructeurs classiques, qui passent eux aussi à la vitesse supérieure avec des partenariats. En début d’année, Nvidia, un fabricant de cartes graphiques, a annoncé s’allier avec Audi pour lancer une voiture sans chauffeur d’ici à 2020. Cette nouvelle avait contribué à relancer les spéculations sur le titre Mobileye, qui avait décroché de la rupture de ses relations avec Tesla Motors l’été dernier. La firme d’Elon Musk avait coupé court à cette collaboration après le crash d’une de ses voitures en mode autopilote, ayant fait un mort, même si cet accident n’avait pas été attribué à la technologie de la startup israélienne. Alors que la concurrence s’envenime dans cette course parmi les sociétés tech – Alphabet a attaqué Uber en lui reprochant d’avoir volé des informations secrètes de sa filiale de voiture autonome, Waymo, pour créer sa propre entité interne, Otto. De l’autre côté, Intel a racheté 15% du groupe de cartes routières digitales Here International, aux côtés de BMW, Daimler et Audi, et se rapproche avec ce deal des fournisseurs et constructeurs traditionnels.

De manière plus générale, le rachat de Mobileye démontre l’activisme des groupes américains, qui loin d’être échaudés par les premières semaines chaotiques de la nouvelle présidence, profitent de conditions de marché idéales, avant un relèvement plus actif des taux par la Fed. Mais la posture «l’Amérique d’abord » risque d’influencer les volumes de deals à l’étranger : si dans ce cas de figure, Intel ne déménage qu’une petite partie de ses effectifs dans la voiture autonome vers Israël, toute opération qui entraînerait des délocalisations massives pourrait recevoir l’opprobre de l’administration Trump.

Par ailleurs, si l’environnement de baisse des impôts et dérégulation aux Etats-Unis est bon pour les affaires, la menace d’une taxe à la frontière et le patriotisme à l’œuvre pourraient refroidir les ardeurs des groupes étrangers, en particulier chinois. Les corporates chinois ont bouclé 225 milliards de dollars de M&A hors de leurs frontières l’an passé, plus du double par rapport à 2015 selon Dealogic. Un record qui a suscité la réaction des autorités du pays le week-end dernier, lors de la réunion annuelle du Congrès. Le ministre du Commerce, Zhong Shan, a qualifié certaines transactions d’ « aveugles et irrationnels », estimant que quelques-unes avaient « déjà payé le prix » d’investissements hasardeux, notamment dans le sport et les loisirs. La montée de l’interventionnisme des pouvoirs publics commence à faire des victimes : si le rachat de Syngenta par ChemChina pour 43 milliards de dollars, plus gros deal chinois à l’étranger en 2016, a été validé, le conglomérat Anbang a dû brutalement renoncer à racheter les hôtels Starwood pour 14 milliards de dollars. Si le Président chinois s’est fait le chantre du libre-échange lors du dernier forum de Davos, nul doute que les autorités surveilleront de près les sorties de capitaux, à l’heure où l’économie du pays ralentit.

Enfin, les grands corporates français font eux aussi preuve d’un activisme à toute épreuve, et ne se laissent pas décourager par le contexte électoral ou le Brexit. PSA avec Opel et Suez avec la branche eau de GE aux Etats-Unis, ou encore le mariage Essilor/Luxottica : voilà 35 milliards d’euros de deals transfrontaliers en moins de deux mois, un record depuis 1996. Les leaders de l’Hexagone ont préféré dégainer avant l’élection et le déclenchement de l’article 50, et la montée de la volatilité qui risque de suivre ces événements périlleux. Preuve que pour ces grands groupes, la stratégie à long terme prime sur les sursauts de marché et que l’incertitude est désormais un facteur permanent.


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