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Les marchés ont-ils surinterprété le discours de Peter Praet ?
Le discours de l'économiste en chef Peter Praet hier a fait l'effet d'une petite bombe sur les marchés obligataires de la zone euro et sur l'euro/dollar. Cet Allemand, réputé "colombe" au sein du conseil des gouverneurs de la BCE et donc partisan d'un retrait progressif du programme d'assouplissement monétaire de Francfort, a affirmé hier que l'économie était solide en zone euro et l'inflation se rapprochait de l'objectif des 2%. Le gouverneur a ajouté lors de son intervention devant le Congrès des actuaires à Berlin, que le conseil des gouverneurs devrait évaluer la semaine prochaine lors de la réunion de politique monétaire, "si les progrès réalisés jusqu'à présent ont été suffisants pour justifier une réduction progressive des achats nets". Il n'en fallait pas moins aux marchés pour interpréter cette annonce comme la confirmation de la fin des achats de titres par la BCE en septembre prochain.
Du coup, l'euro a grimpé de près de 0,5% contre le dollar, à 1,18, tandis que l'ensemble des taux souverains de la zone se sont tendus : et aujourd'hui encore, le rendement du Bund était en hausse de 5,19%, à 0,477%, celui de l'OAT 10 ans en progression de 14,88%, à 0,822% et le taux italien a franchi à nouveau à la hausse les 3%, à 3,05%. Le taux espagnol a connu le même mouvement pour atteindre aujourd'hui autour de 1,498% soit une hausse de plus de 8% depuis hier. Rappelons que ces niveaux restent extrêmement bas et que les titres allemands sont d'ailleurs encore en territoire négatif jusqu'à échéance 5 ans, de même que les titres français (jusqu'à échéance 4 ans) et même espagnols (pour les obligations inférieure à 2 ans).
Si les taux espagnols et surtout italiens avaient déjà commencé à grimper avant le discours du gouverneur, sur fond de turbulence politique dans chacun des deux pays, la hausse généralisée des rendements hier témoigne d'un réajustement des anticipations des marchés. Les statistiques décevantes publiées par la zone euro pour le premier trimestre - Eurostat a confirmé ce matin que le PIB avait progressé de 0,4% seulement après 0,7% au T4 2017 -, couplées aux difficultés politiques en Italie et en Espagne, avaient conduit certains analystes et investisseurs à décaler l'annonce par Mario Draghi du calendrier du tapering, à la réunion des gouverneurs du 26 juillet. Or l'économiste en chef de la BCE a bien confirmé hier que la décision concernant la fin du tapering serait donnée jeudi prochain. Pour l'instant, Mario Draghi a donné la date de septembre 2018 comme fin des achats de titres, mais n'a cessé depuis de répéter que ceux-ci pourraient être prolongés si les conditions économiques l'exigeaient.
Les marchés pourraient donc être surpris la semaine prochaine car la BCE pourrait tout aussi bien annoncer que le tapering prendra fin en décembre, estimant que le ralentissement de la zone euro nécessite de retarder de quelques mois le retrait de Francfort. Ce n'est pas ce que pensent le consensus et les investisseurs, vu la réaction des marchés depuis hier. Mais une statistique dévoilée ce matin outre-Rhin incite tout de même à la prudence : l'Allemagne a ainsi publié des commandes industrielles en baisse de 2,5% pour le mois d'avril alors que le consensus tablait sur un net rebond, après trois mois successifs de baisse. "La dernière fois que les commandes industrielles allemandes ont baissé quatre mois de suite remonte à fin 2012", souligne ainsi Carsten Brzeski, économiste chez ING. "Il devient de plus en plus difficile d'expliquer ces mauvais chiffres par un simple effet météo. (...) Le ralentissement allemand constaté depuis le début de l'année pourrait donc être plus sérieux que prévu", avertit l'analyste. Ces données ne devraient en tout cas pas passer inaperçues du côté de Francfort, à une semaine du conseil des gouverneurs. Mais le suspense lié au calendrier de sortie de QE devrait prendre fin le 14 juin prochain, que les achats se terminent en septembre comme prévu, ou qu'ils soient prolongés de quelques mois...
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