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LBO en France: le matraquage fiscal m'a tuer
Le marché des LBO a baissé de plus de moitié cette année en France, alors que le recul n'était que de 21% en Europe. Entre difficultés fiscales et de marché, les fonds européens se tournent vers les Etats-Unis.
Si François Hollande n'a qu'un seul ennemi, la finance, ses acteurs que constituent les fonds de private equity, le lui rendent bien. Les statistiques que vient de dévoiler le Centre for Management Buyout Research de l'Imperial College à Londres sont sans appel: le marché français des LBO s'est replié de 51% en 2012, à 6,9 milliards d'euros. La faute à la crise de l'euro et à l'environnement macro? Pas seulement lorsque l'on sait que les volumes ne se sont repliés que de 21% dans le Vieux Continent, à 49,5 milliards d'euros. En Grande-Bretagne, où David Cameron a déclaré qu'il déploierait le "tapis rouge" aux entreprises françaises souhaitant fuir le matraquage fiscal, le marché était même en hausse de près de 33%, à 19,4 milliards d'euros.
Le gouvernement fraîchement élu en mai a, il faut le reconnaître, entrepris toutes les démarches afin de condamner une activité de financement des entreprises indispensable au tissu économique. La réforme de la taxation sur les plus-values de cession a provoqué un raz-de-marée numérique puis médiatique d'entrepreneurs excédés d'être devenus les "pigeons", voire les dindons de la farce. Si le gouvernement a fait mine de reculer sur certains détails, le texte qui a été adopté en fin d'année n'en reste pas moins confiscatoire, dans la mesure où la vente d'une société par son géniteur sera taxée entre 42,5% et 60% selon le niveau et la durée de détention, contre 34,5% précédemment.
Du côté des fonds aussi, cette réforme est dramatique car elle réduit la plus-value qu'ils génèrent, et donc leur rendement. Les mauvaises langues diront que derrière tout cela, les financiers défendent leur rémunération, d'autant que l'imposition sur les carried interests a elle aussi été durcie cette année. Mais pas seulement car la baisse des rendements signifie aussi moins d'argent rendu aux investisseurs dits Limited Partners, qui pourraient bientôt se lasser de cette classe d'actifs qui a en outre la contrainte d'être illiquide. La baisse des retours est également accentuée par les difficultés de financement: la proportion de dette dans les deals est tombée de 44 à 38% en 2012, alors même qu'aux Etats-Unis elle représente désormais près de deux tiers des opérations, tant le marché obligataire et des CLO est actif.
Pour tous ces motifs et en raison de perspectives de croissance atone en Europe, les grands fonds de private equity du Vieux Continent regarde par-delà l'Atlantique. CVC Capital Partners, Permira, BC Partners ou encore Apax ont tous bouclé des deals aux Etats-Unis cette année, profitant de conditions de financement optimales. Là où le marché européen est binaire -d'excellents actifs vendus très chers, ou alors ils ne trouvent pas preneurs- le pays de l'Oncle Sam regorge d'opportunités. Parfois même des filiales de groupes français, à l'instar de Permira qui a mis la main sur Genesys, la filiale de call-centers d'Alcatel-Lucent. Chez Apax Partners, les deals américains ont représenté la moitié des volumes depuis deux ans, tandis que l'Europe, traditionnellement majoritaire, est tombée à 20%. La dernière acquisition remonte à décembre 2011, celle d'Orange Suisse.
Reste que l'avenir n'est pas tout rose aux Etats-Unis. En l'absence d'accord sur le fiscal cliff dans les tous prochains jours, le pays va subir de sévères coupes budgétaires et hausses d'impôts, ce qui va perturber les marchés aussi bien que l'économie réelle. Les gouvernements français et européens ont donc une carte à jouer, s'ils se décident à ne plus matraquer une activité génératrice de croissance et d'emplois.
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