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Fusions, Acquisitions / M&A

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M&A: un millésime 2016 contrasté, l'incertitude plus forte que jamais

Le marché mondial des fusions-acquisitions est en baisse de 20% cette année, en raison des événements inattendus qui ont mis un coup de frein aux opérations. Les corporates multiplient les manœuvres stratégiques mais doivent désormais composer avec un environnement changeant.
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Difficile de passer après le cru 2015 des M&A, où les planètes parfaitement alignées et une série de méga deals avaient propulsé le marché mondial à des records historiques (4 660 milliards de dollars). A quelques jours de la fin d'année, le millésime 2016 est en retrait de 20,6% à 3 770 milliards de dollars, selon les données de Dealogic, ce qui en fait néanmoins la quatrième année en volume derrière 2015 et l'âge d'or pré-Lehman Brothers (2007 et 2006). Pourtant, les acteurs de marché ont l'impression d'avoir vécu plusieurs cycles en une seule année. "L'année 2016 a commencé avec trois ingrédients favorables: les taux bas, le pétrole à un faible niveau et l'abondance des liquidités. Puis des événements géopolitiques inattendus ont retardé voire stoppé certaines opérations de M&A: le Moyen-Orient, le Brexit, les élections américaines et plus récemment le référendum en Italie", analyse Hubert Bouxin, codirecteur de la banque de financement et d'investissement de HSBC France.

Car malgré des fondamentaux au vert, ce sont bien des éléments exogènes qui ont refroidi l'ardeur des investisseurs: des inquiétudes sur la Chine en début d'année, sur les pays producteurs de brut lorsque le cours de ce dernier s'est effondré, et puis sur l'avenir de la zone euro quand la Grande-Bretagne a approuvé le Brexit, à la surprise générale. "L’environnement incertain continue d’inciter nos clients à la prudence, ils prennent le temps de la réflexion mais restent optimistes et savent saisir les opportunités quand elles se présentent", commente Alexandre Courbon, responsable M&A France chez Société Générale CIB.

Car les impératifs de la mondialisation et de la disruption technologique obligent tous les acteurs à se réinventer, notamment en France. "Le marché français a été marqué par des consolidations et des rationalisations par secteur, comme avec le rachat de NOL par CMA CGM dans le fret maritime, ou Casino qui a vendu sa filiale thaïlandaise ou encore Safran qui s'est séparé de sa filiale de sécurité auprès d'Oberthur", décrypte Hubert Bouxin. Les opérations cross-border sont devenues un outil indispensable pour construire un leader de marché, même si elles n'ont pas atteint le record de l'an passé, encore une fois exceptionnel (-10% à 1 290 milliards de dollars selon Dealogic).

D'autant que le financement est plus aisé que jamais, avec des taux bas record depuis de longs mois maintenant. Du côté des investisseurs, les exigences de rendement les ont incité à se tourner vers des classes d'actifs alternatives, ce qui a impacté le marché des M&A. "Les taux bas ont incité les investisseurs à rechercher des actifs plus rentables, d'où les niveaux de prix élevés des actifs d’infrastructure avec la vente des aéroports régionaux français par exemple", commente Hubert Bouxin.

Au niveau mondial, les Etats-Unis ont été comme à leur habitude pourvoyeurs de grosses opérations, notamment en fin d'année: octobre a été le mois de tous les records, avec 600 milliards de dollars d'opérations et cinq deals à plus de 20 milliards de dollars. Parmi lesquels la fusion entre AT&T et Time Warner pour 107,9 milliards de dollars, NXP/Qualcomm dans les semi-conducteurs ou encore GE/Baker Hughes dans le pétrole et gaz. A cet égard, la victoire surprise de Donald Trump, qui a mené une campagne populiste de grandes dépenses et protectionniste, pourrait à la fois provoquer des consolidations sectorielles mais aussi l'essor des opérations domestiques, au détriment d'un partenaire chinois condamné publiquement par le futur président.

Mais les société américaines ont un atout puissant et indéniable: la hausse du dollar, qui risque de déséquilibrer les pays émergents si elle est trop brutale et prononcée, mais leur offre aussi davantage de pouvoir d'achat à l'étranger. Cela suffira-t-il à renverser la tendance protectionniste du nouveau gouvernement? « S’agissant des Etats-Unis, il sera intéressant de voir si les grands groupes américains cherchent à tirer parti du dollar fort et intensifient leurs investissements en zone euro, ou s’ils cèdent aux sirènes du protectionnisme et se replient sur leur marché domestique », indique Alexandre Courbon. Les corporates étrangers ont eux tout intérêt à miser sur le plus important marché mondial et un réservoir de croissance (3,2% de croissance annuelle au troisième trimestre). "Les perspectives de croissance aux Etats-Unis pourraient inciter les entreprises à se lancer avant que les taux ne remontent trop", plaide Hubert Bouxin.

Car dans une période où les résultats des élections sont plus imprévisibles que jamais, le dynamisme du marché français pourrait s'en ressentir en 2017. "Les années électorales sont en général moins propices au M&A du fait de l’incertitude sur le résultat des élections en question. En l’occurrence, les programmes de campagne en France s’annoncent assez contrastés et 2017 pourrait ne pas déroger à la règle », annonce Alexandre Courbon. Une chose est sure, les regards seront braqués sur la France, qui pourrait vivre elle aussi l'ascension de son Donald Trump.


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