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Fusion : LSE et Deutsche Börse vont devoir convaincre Bruxelles
Le London Stock Exchange et Deutsche Börse ont publié hier leurs bancs. Les deux Bourses ont présenté à la Commission européenne leur projet de fusion à 25,7 milliards d’euros. L’autorité de la Concurrence a fixé une première deadline pour l’examen de ce dossier au 28 septembre. Mais il semble acquis que ce grand mariage fera l’objet d’une enquête approfondie et probablement de notifications de griefs demandant aux fiancées de faire des concessions. Ce qui peut prendre cinq mois. Si le Brexit a fait planer des nuages noirs au-dessus de ce deal, il est devenu aujourd’hui un argument pour l'appuyer. Cette opération permettrait, selon les défenseurs du projet, de jeter un pont entre le Royaume-Uni et le Vieux Continent.
« Nous pensons que la fusion va créer de la valeur conséquente pour nos clients et nos actionnaires et faciliter la croissance économique avec la création d’un groupe mondial d’infrastructures de marché, ancré en Europe », ont indiqué les Bourses de Francfort et de Londres. Cette transaction, qui a été approuvée par les actionnaires des deux prétendantes, leur permettrait d’économiser 450 millions d’euros par an. Elle mettrait également sur pied le premier opérateur mondial en termes de chiffre d’affaires.
Mais cette prédominance n’est pas pour plaire à tout le monde, à commencer par les concurrents du futur nouvel ensemble. Ces derniers, mais aussi certains pays, ont déjà fait part à Bruxelles de leur opposition au projet et vont maintenant pouvoir être formellement entendus par les enquêteurs. Dans le détail, les Pays-Bas et la Belgique ont écrit à Margrethe Vestager, la Madame concurrence de l’UE, tandis que Michel Sapin, ministre des Finances français, a expliqué que : « Nous ferons en sorte que la Commission européenne se saisisse pour éviter des situations de position dominante ». Le point commun entre ces trois Etats est la présence sur leur territoire d’Euronext, l’opérateur boursier paneuropéen qui est de retour vers le chemin de la croissance. Pour mémoire, ce dernier a essuyé un échec lors de sa demande de rapprochement avec Deutsche Börse en 2012 et a fait l’objet d’une IPO en 2014 à la suite de sa fusion avec le NYSE.
Est-ce que Bruxelles pourrait aussi tiquer sur cette demande ? Deux points pourraient notamment gêner la fusion actuellement présentée. Le mariage pourrait créer des risques systémiques sur le segment de la compensation des produits dérivés. Les chambres de compensation Eurex Clearing (Deutsche Börse) et LCH.Clearnet (LSE) interviennent en cas de défaut d’un intervenant, et dans le futur, les clients pourraient concentrer leur portefeuille dans l’une ou l’autre, de manière à limiter les appels de marge. « Ces chambres ne vont pas fusionner, elles resteront distinctes au niveau réglementaire et juridique », a néanmoins tenu à rassurer Carsten Kengeter, le patron de la Deutsche Börse. Ce qui éviterait effectivement que tous les filets de sécurité soient dans le même panier.
En outre, selon le Financial Times, la Commission pourrait se pencher sur les données de marché. La fusion rapprocherait en effet deux des plus compilateurs d’indices, que sont Deutsche Börse’s Stoxx et FTSE Russell. « Les autorités vont regarder dans quelle mesure l’entreprise sera capable de contrôler les prix pour les indices », précise le média. A noter que d’autres autorités -britannique, française et allemande- vont également avoir leur mot à dire sur le mariage, ce qui en fait un processus très lourd, qui pourrait ne pas aboutir avant le premier semestre prochain.
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