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Bill Gross : QE, protectionnisme et robots, racines de la future crise

Le gérant de Janus Capital, qui a fusionné avec Henderson, tire la sonnette d’alarme sur le mirage de l’argent facile créé par les banques centrales. « Faire de l’argent avec de l’argent » est une illusion lors le vieillissement, couplé au protectionnisme, à la robotisation et au risque climatique, empêchent la croissance de l’économie réelle.
Bill Gross
Bill Gross

 Si Janus Capital et Henderson Group ont finalisé leur fusion entre égaux fin mai, qui a créé un géant de la gestion avec 331 milliards de dollars sous gestion, cela n’empêche pas Bill Gross de poursuivre sa traditionnelle lettre d’investissement mensuelle aux investisseurs. Celle du mois de juin, au titre volontairement provocateur « comment faire de l’argent », résume le raisonnement mené par le gérant star depuis de longs mois désormais : le scénario de la « nouvelle normalité » ou de la « stagnation séculaire ». « Les épargnants et investisseurs gagnent de l’argent avec leur argent (du cash) tant que les économies croissent et que l’inflation reste à un niveau conservateur », analyse Bill Gross.

Or, c’est bien toute la différence avec la situation actuelle, où l’économie américaine progresse à un rythme annuel de 2% et non 3% tel qu’avancé par le gouvernement, juge le gérant. Cela est lié à quatre facteurs principaux : le niveau élevé de la dette, le vieillissement de la population, la démondialisation, ainsi que la disruption technologique du travail, sont autant de vents contraires au capitalisme dans l’économie réelle. Les investisseurs ressentent ces tendances fondamentales, qui impactent la demande future des consommateurs et les pousse à réduire leurs investissements. Pour preuve, la productivité s’est stabilisée dans les dernières années dans les pays développés (elle a progressé de 1% par an seulement depuis 2000).

Faute de ces sources de profits et de croissance, les investisseurs ont donc préféré allouer leurs capitaux dans la finance, où les 8.000 milliards de dollars de QE des banques centrales ont entraîné une hausse des prix des actifs. « Ils ont découvert que faire de l’argent est une entreprise rentable et ont troqué le soutien des banques centrales à la place de la hausse de la productivité, comme moteur de leur stratégie. Mais les prix des actifs sont au final dépendants de la croissance réelle, qui est elle nettement plus molle. Les fonds de pension, assureurs et banques, et même certains Etats, qui investissent sur le long terme, sont pris au piège de ces rendements bas lorsqu’ils doivent rendre des comptes à leurs clients ou leurs contribuables.

« Le capitalisme basé sur la finance défectueuse, soutenu par une politique monétaire de plus en plus destructrice, commence à éliminer, et non à supporter l’économie réelle », constate Bill Gross. Cette évolution du capitalisme est viable tant qu’elle nourrit l’économie réelle pour alimenter le cycle, mais si le lien est rompu, comme aujourd’hui, les « artères du capitalisme sont bouchées ». Les investisseurs doivent donc se rendre compte de cette menace qui plane : « ne vous laissez pas hypnotiser par le ciel bleu créé par les QE des banques centrales et les taux bas quasi perpétuels. Tous les marchés sont de plus en plus à risque », prévient le gérant. Qui recommande de limiter les risques, faute de pouvoir compter sur la croissance florissante promise par Donald Trump


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