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IPO : l’Europe décroche-t-elle vraiment face au reste du monde ? / Le modèle intégré d'Euronext à prendre en compte

Si le marché européen des introductions en Bourse a traversé un premier semestre morose, avec une chute de 60 % des montants levés, quand aux États-Unis et en Asie le marché a retrouvé de belles couleurs, Euronext a néanmoins réussi à tirer son épingle du jeu, revendiquant une nette amélioration de l’activité au cours de l’été. Et les perspectives sont rassurantes. 
IPO (Photo by HATIM KAGHAT / Belga / AFP)
IPO (Photo by HATIM KAGHAT / Belga / AFP)

A première vue, le marché européen des introductions en Bourse (IPO) a continué de marquer le pas au premier semestre, contrastant ainsi nettement avec la dynamique observée ailleurs dans le monde. En effet, selon les données compilées par l’Association for Financial Markets in Europe (AFME), sur les places européennes (Union européenne, Royaume-Uni, Suisse), les IPO ont rapporté 4,6 milliards d’euros sur 41 opérations, soit une chute spectaculaire de 60 % par rapport aux 11,5 milliards levés à la même période l’an dernier. Un recul qui place l’Europe bien en dessous de ses standards habituels observés au cours de la dernière décennie.

Et les introductions soutenues par les fonds de capital-investissement n’ont pas fait exception, avec 2,3 milliards d’euros levés, soit un plongeon de 66 % par rapport à la première moitié de 2024, période au cours de laquelle ces IPO avaient généré 6,7 milliards d’euros. Cette baisse d’activité européenne se reflète aussi dans le nombre d’entreprises cotées : 6 593 au premier semestre 2025, contre 6 875 un an plus tôt, soit un recul de 4 %.

A l’inverse, les marchés américains ont affiché vif un regain d’activité, avec 27,7 milliards d’euros levés (+ 47 %), leur plus haut niveau depuis 2022. Cette forte hausse s’expliquerait en grande partie, selon l’AFME, par le retour en force des SPAC (Special Purpose Acquisition Companies), qui représentaient plus de 40 % des fonds collectés, soit environ 12 milliards d’euros.

L’Asie, elle aussi, a repris des couleurs. La Chine a levé 6,1 milliards d’euros (9,7 milliards en incluant Hong Kong) au cours du premier trimestre, en croissance de 61 % sur un an, tandis que le Japon et l’Australie progressent également, avec respectivement 3,4 et 1,78 milliard d’euros levés, des chiffres en nette hausse par rapport à la même période de 2024.

Des données que Mathieu Caron, responsable des marchés primaires chez Euronext, tient toutefois à nuancer. "Le rapport prend en compte chacune des places de cotation européennes, et n’agrège pas, par exemple, les données sur l’ensemble des marchés d’Euronext (Paris, Amsterdam, Milan, Bruxelles, Lisbonne, Oslo et Dublin), ce qui donne une perception amoindrie de la performance du groupe et de la vitalité des dynamiques de cotation en Bourse en Europe, ainsi que des montants levés. Des sociétés italiennes telles que Ferrari Group vont par exemple se coter à Amsterdam, des Espagnoles à Paris, tandis que des sociétés internationales choisissent de faire leur IPO sur l’un des sept marchés d’Euronext. Le point d’entrée de la place de cotation n’est donc qu’une partie de la donnée. Au total, Euronext compte près de 1 800 sociétés cotées, pour une capitalisation boursière agrégée de plus de 6 300 milliards d’euros, deux fois plus importante que celle du London Stock Exchange et trois fois plus que celle de Deutsche Börse ", rectifie-t-il auprès de WanSquare, sans réfuter pour autant que l’activité mondiale des IPO s’est montrée faible depuis 2022. "Le regain d’activité aux Etats-Unis s’explique par un redémarrage en avance de phase de cycle, notamment sur les sujets Tech, d’Intelligence artificielle et cryptos. Sur Euronext, cette dynamique est en train de progresser depuis le mois de juin. Au cours des mois de juillet et d’août de cette année, nous avons en effet enregistré autant de nouvelles cotations qu’au cours du premier semestre cumulé, et environ deux fois plus en termes de montants levés. Certes, nous ne sommes pas encore revenus aux moyennes historiques hautes, mais à date sur un an, nous comptons 46 cotations sur nos marchés, représentant un peu plus de 7 milliards d’euros de capitalisation boursière, pour plus d’un milliard d’euros levés ", souligne-t-il, précisant aussi que 96 % des sociétés européennes se cotent en Europe. "Il n’y a donc pas non plus d’exode vers les Etats-Unis ".

Cette dynamique constatée chez l’opérateur boursier paneuropéen s’explique en partie par des opérations techniques, comme des transferts de marché, d’Euronext Access vers Euronext Growth, d’Euronext Growth vers le marché réglementé, des fusions de sociétés qui ont donné lieu à la cotation d’une nouvelle structure, et des doubles cotations. "Et nous constatons aussi un intérêt de sociétés qui continuent de se préparer pour une IPO. Notre programme IPOready a connu cette année sa promotion la plus importante depuis sa création il y a 10 ans, avec 160 sociétés participantes, venues de 11 pays", nous rappelle Mathieu Caron qui voit trois secteurs d’avenir pour lesquels les investisseurs manifesteraient un intérêt certain. D’abord, la défense et l’aérospatial. "Sur les douze derniers mois, c’est plus de 100 % de progression en termes de capitalisation boursière. Les investissements et les déclarations des différents Etats en la matière contribuent à alimenter positivement la dynamique de ces sociétés cotées ".

Autre angle, les sociétés détenues en portefeuille de capital-investissement : "compte tenu des durées de détention de ces sociétés et de leur valorisation, beaucoup de fonds de private equity vont devoir prochainement effectuer une rotation d’actifs et trouver des sorties. Dans ce contexte, la question de la sortie par l’IPO se pose évidemment", poursuit-il, ajoutant les possibles opérations de scission partielle, de spin-off, de carve-out. "Le dossier Magnum a fait récemment l’actualité aux Pays-Bas. Sortie d’Unilever, la société devrait s’introduire en Bourse avec une cotation principale à la Bourse d’Amsterdam, et des cotations secondaires à Londres et New York. Une IPO qui sera sans doute proche des 20 milliards de capitalisation boursière ", complète-t-il.

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