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EDF : la méthode Fontana s’impose déjà / Les secrets de la réconciliation avec les industriels

Nommé à la tête d’EDF en mai dernier, Bernard Fontana imprime déjà sa marque. Réorganisation de la gouvernance, amélioration des performances opérationnelles grâce à une réduction des délais d’exécution, et surtout nette accélération de la politique commerciale du groupe avec les industriels. Une méthode : la négociation et la compréhension quitte à faire certaines concessions, dans un contexte où les entreprises doivent néanmoins se préparer à la sortie, dans six mois, du dispositif de l’Arenh.
Bernard Fontana (Photo by Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)
Bernard Fontana (Photo by Telmo Pinto / NurPhoto via AFP)

À la tête d’EDF depuis le 5 mai, Bernard Fontana n’aura pas eu besoin d’une longue période de rodage. Lors de son premier point presse à l’occasion des résultats semestriels de l’énergéticien, l’ancien P.-D.G de Framatome a exposé les grandes lignes de son action. Une vision claire, méthodique, articulée autour d’une priorité absolue : la sûreté nucléaire.

S’il avait déjà procédé à un sérieux remaniement de la direction du groupe au début du mois en s’assurant bien d’avoir un œil sur toutes les opérations – " il s’agit de clarifier les responsabilités et d’accélérer les prises de décisions ", a-t-il souligné -, ce jeudi soir, il a annoncé une nouvelle organisation regroupant la sûreté nucléaire, la sécurité hydraulique, la sécurité industrielle et la santé, qui seront désormais directement rattachées à lui. Cette mission a été confiée à Jean Casabianca, inspecteur général pour la sûreté et la radioprotection du groupe.

 

La chasse au temps perdu

 

Mais Bernard Fontana ne compte pas s’arrêter à l’organigramme. L’un de ses chevaux de bataille est la lutte contre les pertes de temps, qu’il identifie comme un enjeu central pour améliorer la compétitivité d’EDF, notamment dans le domaine nucléaire. "Les progrès de lead time (temps de cycle des opérations) sont à la source de gains importants, en temps mais aussi en coût s", a-t-il expliqué. Il ne s’agit pas, selon lui, " d’imposer des cadences infernales ", mais plutôt de lever les freins liés à des interfaces complexes ou à des phases d’attente inutiles.

C’est dans cet esprit qu’il a salué les premiers résultats du programme Start 2025, destiné à améliorer l’efficacité des opérations de maintenance dans le cadre du grand carénage. " Le parc a connu 13 arrêts plus courts que prévu sur les 22 programmés au premier semestre. Ces améliorations ont permis de générer 6,6 térawattheures de plus par rapport au premier semestre 2024. Et nous allons poursuivre ce programme afin de continuer à augmenter la disponibilité du parc nucléaire ", a-t-il indiqué.

Le même raisonnement s’applique au programme EPR2, pour lequel un " pacte de performance " a été signé le 7 juillet avec le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire). Objectif : améliorer simultanément la performance, la qualité, les délais et la sûreté. " Ainsi, déjà, nous constatons une surveillance optimisée de 113 usines, avec des gains de 30 % de lead time ", s’est félicité Bernard Fontana, précisant que " ce n’est juste qu’un début, nous avons des marges de manœuvre importantes. Le lead time a vocation à s’amplifier dans le groupe EDF".

 

Une politique commerciale orientée vers la réindustrialisation

 

De fait, d’un point de vue commercial aussi, Bernard Fontana ne veut plus perdre de temps. Le lead time est ainsi désormais appliqué dans la relation clients. "Les équipes se sont attachées à réduire encore le délai de réponse aux clients. Au Royaume-Uni, chez EDF Energy, nous avons observé un doublement du nombre de clients de détails servis par nos conseillers tout en améliorant la satisfaction des clients grâce à de nouvelles méthodes de travail. Et les conseillers sont maintenant soutenus par une nouvelle plateforme de gestion de la relation client ", a-t-il souligné, inscrivant l’action d’EDF dans une mission stratégique. " EDF travaille au service de la souveraineté industrielle. L’électricité a un rôle à jouer pour la réindustrialisation du pays. Nous sommes mobilisés pour assurer une fourniture d’électricité fiable, décarbonée et compétitive à tous nos clients, en particulier aux industriels ", a-t-il affirmé.

Depuis fin 2023 et le lancement par son prédécesseur, Luc Rémont, de la nouvelle politique commerciale du groupe, les offres de fourniture de moyen terme, (4-5 ans), ont convaincu plus de 12 000 entreprises dans des secteurs de l’agroalimentaire, de la fabrication de produits métalliques et de plastique, etc, représentant 22 térawattheures (TWh) à horizon 2028, 16 TWh annuels à horizon 2029 et 2 TWh pour 2030, fait savoir l’entreprise. " L’industrie représente 60 % de ce volume. Et dès le début de leur mise en vente, les industriels ont signé les offres de moyen terme ", a-t-il indiqué.

En 2025, EDF a étendu cette offre aux PME, avec une forte dynamique de souscriptions sur les sites de moins de 250 kVA. Résultat : un triplement des signatures sur le premier semestre par rapport à l’année précédente. " À titre d’illustration, près d’un millier de boulangers et de pâtissiers ont souscrit une offre de moyen terme auprès d’EDF ", a-t-il ajouté.

 

Les contrats avec les industriels décollent enfin

 

Mais c’est surtout sur les contrats de long terme adossés à la production au parc nucléaire - les fameux CAPN, sujet sensible sous le mandat de Luc Rémont - que Bernard Fontana était attendu. Et en seulement quelques mois de présidence, force est de constater que les résultats sont là. Les signatures s’enchaînent, avec des industriels de premier plan : Aluminium Dunkerque - le plus grand site industriel de consommateurs d’électricité en France -, Kem One (contrat de 10 ans), Arkema, entre autres. " Nous avons signé à date deux contrats d’allocation de production nucléaire et douze lettres d’intention représentant près de 16 TWh annuels. Les échanges se poursuivent avec des entreprises de toute taille pour leur permettre de sécuriser leurs besoins en électricité dans la durée ", a-t-il assuré.

Interrogé par WanSquare sur les raisons de ce basculement, Bernard Fontana a reconnu des avancées significatives dans les négociations : " Un certain nombre d’efforts ont été faits de notre part. Il faut identifier l’attente, les industriels ayant chacun des besoins très spécifiques. Cela peut être un effort sur une clause, sur le prix, parfois sur la stabilité. Nous disposons d’un ensemble de mesures disponibles et d’une volonté commune d’aboutir ", nous a-t-il répondu

Et Marc Benayoun, directeur exécutif groupe en charge du pôle clients, services et territoires, de compléter : " Les contrats à moyen terme intéressent aussi les électro-intensifs. Et il y a une réalité : nous sommes en 2025, à la moitié de l’année, et le dispositif de l’Arenh se termine. Les industriels doivent désormais faire leur choix pour 2026. Autant d’éléments qui ont joué favorablement ".

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