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M&A : les fonds étrangers lèvent le pied en France / Ils concentrent les trois quarts du recul des acquisitions sur un an

Alors que les fonds français maintiennent leurs acquisitions à l’étranger, leurs homologues internationaux réduisent sensiblement les leurs dans l’Hexagone, selon le dernier baromètre de Largillière Finance.
02/11/2026 - 17:00
(Photo by Beata Zawrzel / NurPhoto / NurPhoto via AFP)
(Photo by Beata Zawrzel / NurPhoto / NurPhoto via AFP)

Les fonds d’investissement français continuent de faire leur marché à l’étranger. Leurs homologues étrangers, eux, se montrent de moins en moins pressés de faire leurs emplettes en France. Au premier semestre 2026, les premiers ont conclu 84 acquisitions hors des frontières, exactement autant qu’un an plus tôt. Les seconds n’en ont réalisé que 54 dans l’Hexagone, contre 63 un an auparavant, soit un recul de 14 %, selon le dernier baromètre de Largillière Finance, fondé sur les opérations clôturées recensées par MergerMarket. Ces chiffres portent sur les opérations valorisées 500 millions d’euros au plus, qui représentent 94 % de l’échantillon, une segmentation établie à l’aide d’un modèle d’intelligence artificielle. Sous l’étiquette d’investisseurs financiers figurent les fonds, mais aussi les family offices et les business angels.

Le comportement des fonds reproduit, en plus accentué, un déséquilibre que la banque d’affaires décrivait déjà fin juin dans sa précédente étude, consacrée aux années 2022 à 2025. Tous acquéreurs confondus, industriels comme investisseurs financiers, les rachats de sociétés françaises par des acteurs étrangers sont tombés à 172 au premier semestre, contre 184 un an plus tôt et 264 au premier semestre 2022. C’est leur plus bas niveau depuis le début de la série. Dans le sens inverse, les acquisitions françaises à l’étranger se maintiennent à 388, contre 396 un an plus tôt. La France réalise ainsi 2,3 fois plus d’opérations hors de ses frontières qu’elle n’en accueille, un record. « Le maintien de la France dans les flux M&A internationaux repose désormais quasiment exclusivement sur le dynamisme de ses propres acquéreurs », constate l’étude.


Les fonds étrangers décrochent à leur tour


Mais derrière ce déséquilibre général se dessine une évolution plus récente. Sur les douze acquisitions entrantes de moins en un an, neuf concernent les investisseurs financiers. Les industriels étrangers n’ont conclu que trois opérations de moins, 118 contre 121. Jusqu’ici, les fonds étrangers avaient pourtant mieux résisté, avec un nombre d’acquisitions stabilisé autour de 62 à 63 en 2024 et 2025. Leur chute à 54 en 2026 marque donc une rupture dans cette relative stabilité. « La désaffection pour la France frappe massivement tous les profils d’acquéreurs étrangers », écrit Largillière Finance. C’est vrai sur quatre ans. Mais sur la dernière année, les investisseurs financiers expliquent à eux seuls les trois quarts du recul des acquisitions étrangères en France.

Le contraste avec les fonds français est frappant. Leurs acquisitions à l’étranger sont passées de 73 au premier semestre 2022 à 84, un niveau désormais stable depuis deux ans, alors que les industriels tricolores réduisent légèrement la voilure, à 304 opérations contre 312 un an auparavant. « Les fonds de Private Equity, eux, continuent de déployer leurs capitaux via des stratégies de build-up paneuropéennes pour consolider leurs participations », souligne l’étude. Autrement dit, ils poursuivent leurs acquisitions à l’étranger pour renforcer les entreprises qu’ils détiennent déjà.


Une défiance sélective


Pourquoi cette différence d’attitude entre investisseurs financiers français et étrangers ? La banque d’affaires met en avant le manque de visibilité offert par l’environnement français. « L’inquiétude autour de la dette publique, la crainte d’un alourdissement fiscal et le durcissement du contrôle des investissements étrangers (IDE) renforcent l’attentisme des acquéreurs internationaux », avance-t-elle. Mais l’étude ne permet pas d'expliquer pourquoi le recul s'est récemment accéléré chez les investisseurs financiers étrangers, alors qu'il est resté limité chez les industriels. Elle comptabilise par ailleurs le nombre d’opérations conclues, et non les montants investis.

Ce refroidissement n’est d’ailleurs pas uniforme. La technologie et le numérique concentrent 39 % des acquisitions étrangères de petites et moyennes entreprises françaises au premier semestre, contre 35 % un an auparavant, devant l’industrie, à 15 %. Les États-Unis restent le premier pays d’origine des acheteurs, avec 21 % de ces opérations. « Les acquéreurs privilégient les actifs stratégiques, scalables et fortement différenciés », relève Largillière Finance. L’étude cite notamment le rachat d’Akao Life par Sage, destiné à renforcer les technologies de facturation électronique de l’éditeur.

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