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Sanofi profite à plein de Dupixent pour préparer l'après / Belén Garijo veut accélérer les acquisitions
« Qu’est-ce qui pourrait empêcher Dupixent d’atteindre 30 à 35 milliards d’euros de ventes à son apogée ? » La question, posée vendredi par un analyste de BNP Paribas Exane, montre à quel point il devient difficile de fixer un plafond à la croissance du médicament vedette de Sanofi. Au troisième trimestre, ses ventes ont bondi de 34,8 % à changes constants, à 5,7 milliards d’euros, tirant le chiffre d’affaires du groupe à 14,44 milliards (+14,3 %). Le laboratoire a relevé ses objectifs 2026, avec une croissance désormais attendue de plus de 10 % pour ses ventes et d’environ 15 % pour son bénéfice par action des activités. L’action a gagné 4,71 % vendredi, à 79,74 euros.
Un trimestre en partie dopé par les remises américaines
La direction s’en tient pourtant à son ambition de 25 milliards d’euros de ventes pour Dupixent en 2030. Une partie de la performance du trimestre tient en effet à un effet favorable, mais ponctuel, aux États-Unis : une meilleure estimation des remises commerciales et des provisions associées, grâce notamment à l’exploitation des données et à l’intelligence artificielle, a gonflé les ventes nettes comptabilisées. François Roger, le directeur financier, évalue cet effet à environ deux points de croissance, qui ne se répéteront pas dans les mêmes proportions. « Entre 85 % et 90 % de notre croissance est une croissance récurrente, tirée par la demande et durable », assure-t-il.
Les bénéfices dépassent les attentes plus nettement encore que les ventes. Le résultat opérationnel des activités a progressé de 19,7 %, à 5,43 milliards d’euros, soit 27 % de plus qu’attendu. La marge passe de 35,7 % à 37,6 %, grâce notamment à la maîtrise des dépenses : celles de R&D restent stables, autour de 1,8 milliard d’euros, tandis que les frais commerciaux et généraux reculent légèrement, à 2,3 milliards. Sanofi entend poursuivre cette amélioration de sa rentabilité, avec une marge opérationnelle en progression chaque année jusqu’en 2030.
Le compte à rebours de 2031
Mais le succès de Dupixent accentue aussi la dépendance du laboratoire à son médicament vedette. Celui-ci représente désormais près de 40 % du chiffre d’affaires du groupe, alors que sa perte d’exclusivité doit commencer en 2031. Interrogée sur cette échéance, Belén Garijo, qui a succédé à Paul Hudson à la direction générale de Sanofi en mai dernier, dessine son scénario : les autres activités devront limiter la baisse du chiffre d’affaires total, tandis que Sanofi cherchera d’abord à préserver ses bénéfices et surtout ses flux de trésorerie, avant de renouer avec une croissance plus rapide des profits. Le partage des bénéfices de Dupixent avec Regeneron atténue toutefois son poids dans les résultats du groupe par rapport à celui qu’il occupe dans les ventes.
Encore faut-il disposer de suffisamment de nouveaux médicaments pour prendre le relais. Le groupe a renoncé à déposer une demande d’autorisation pour amlitelimab, développé contre l’eczéma sévère et longtemps présenté comme l’un des successeurs de Dupixent, et arrêté le développement d’itepekimab dans la BPCO, une maladie respiratoire chronique. Les résultats de phase III de frexalimab dans la sclérose en plaques sont désormais attendus en 2028 plutôt qu’en 2027, Sanofi ayant décidé de prolonger les observations pour renforcer la puissance statistique des essais. « Je suis vraiment enthousiaste à propos de ce que nous avons. Je pense simplement qu’il nous en faut davantage », reconnaît Paulo Fontoura, arrivé il y a deux mois à la tête de la R&D.
La stabilité des dépenses de recherche, qui a nourri la surprise sur les marges, s’explique notamment par l’abandon de certains programmes dans les vaccins. Paulo Fontoura n’envisage pas de hausse sensible du budget l’an prochain, mais une réorientation des moyens vers la recherche amont. « Nos dépenses de R&D ces dernières années ont été extrêmement fragmentées et axées sur de nombreux domaines pathologiques. Et bien sûr, quand on fait cela, le risque augmente de façon exponentielle », reconnaît Belén Garijo. Le groupe entend donc concentrer ses investissements sur l’immunologie, les maladies rares et les vaccins. Les programmes moins prioritaires pourraient être confiés à des partenaires ou abandonnés.
Muscler la croissance externe
Pour accélérer le renouvellement de son portefeuille, Sanofi mise aussi sur les acquisitions de médicaments en développement avancé ou déjà commercialisés, moins risqués et susceptibles de bénéficier de sa puissance commerciale. L’alliance élargie début octobre avec Regeneron, moyennant 1 milliard de dollars d’avance, vise, de son côté, à enrichir la recherche à un stade plus précoce.
« C’est moins une question de valeur. C’est d’abord et avant tout une question d’intention stratégique et de pertinence scientifique », explique François Roger à propos du choix des acquisitions. Le directeur financier refuse de chiffrer l’enveloppe et entend préserver la notation financière du groupe ainsi que sa politique de hausse du dividende, poursuivie depuis 31 ans. « Des fusions-acquisitions audacieuses et décisives pourraient être la seule pilule efficace à ce stade », estime en tout cas le cabinet de recherche AlphaValue, tout en rappelant le risque de surpayer, au regard des dépréciations d’actifs passées de Sanofi. Belén Garijo précisera à la mi-décembre les domaines thérapeutiques privilégiés et le rôle des acquisitions dans sa feuille de route.
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