Macro-économie / Taux / Moody's
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Moody's
La France épargnée par Moody’s pour l’heure / Une surprise qui ne règle en rien la problématique budgétaire
Un sursis pour le moins inattendu. Le choix de Moody’s de ne pas aligner sa notation souveraine sur celles des autres géants américains n’a pas manqué de surprendre vendredi. Les observateurs étaient nombreux à considérer qu’une dégradation allait avoir lieu. Andrea Tueni, responsable des activités de marchés chez Saxo Banque, considère que le choix effectué « repose sur un pari : celui de l’adoption d’un budget 2027 permettant de réduire le déficit, dans un contexte où les coûts de financement et les tensions sociales devraient progressivement s’apaiser. »
La situation des finances publiques ne s’est en effet pas subitement améliorée en l’espace d’un week-end et la perspective attachée à la notation tricolore demeure négative. Un point sur lequel insiste l’expert de chez Saxo Banque, lequel martèle que cette « décision reste conditionnelle : elle ne constitue pas un vote de confiance, mais un pari sur la capacité de la France à redresser ses comptes publics. » L’Hexagone reste donc sous surveillance étroite et au défi de mettre en échec à nouveau les marchés prédictifs, Andrea Tueni notant que sur Polymarket, la probabilité d’une dégradation d’ici fin octobre avait atteint 93,5 % vendredi matin.
Retrousser les manches
En attendant, le verdict du budget et la période de revue de S&P, attendue pour fin novembre, constituent les prochaines échéances pour l’Hexagone. Théophile Legrand, stratégiste taux chez Natixis Corporate & Investment Banking, évoque quant à lui une « décision [qui] pourrait donc donner à la France un léger répit, mais sa durée reste incertaine », tout particulièrement au vu d’un spread OAT-Bund à 10 ans qui avait atteint 175 points de base en fin de semaine. Le signe évident pour lui d’une forte prime de risque politique et budgétaire, que la « bonne surprise à court terme pour le gouvernement et les marchés » constituée par le choix de Moody’s aura bien du mal à faire disparaître intégralement.
Les éléments de doute pour Moody’s n’ont pas disparu pour l’heure et pour certains cela semble même être le contraire. C’est tout particulièrement le cas en ce qui concerne la fragmentation politique tout comme sur la capacité du gouvernement à entreprendre des réformes structurelles. Il faudra attendre l’année prochaine pour voir si le résultat des échéances électorales change la donne. Andrea Tueni rappelle la dynamique délétère dans laquelle se trouve la France, entre un besoin de financement de l’ordre de 339,7 milliards d’euros pour 2027 et une charge de la dette qui passerait de 62,6 milliards d’euros en 2026 à 72,9 milliards d’euros l’an prochain.
Détente
Le choix fait par l’agence de notation n’en demeure pas neutre pour autant. Gilles Moëc, chef économiste du groupe Axa, explique que cette décision et la « nette diminution des troubles civils liés aux manifestations du 24 octobre, pourraient offrir un répit au marché obligataire français cette semaine. » Il partage également ce lundi son scénario de base sur le projet de loi de finances pour 2027, il explique que celui-ci « reste que le RN laissera probablement passer le budget, afin d’éviter de déclencher davantage de tensions sur les marchés à l’approche d’une élection qu’il s’attend à remporter. »
Pour voir le spread – OAT Bund à 10 ans – se resserrer durablement, il en faudrait plus et essentiellement voir apparaître une « stratégie pluriannuelle crédible visant à assainir les finances publiques françaises qui permettrait au spread de se resserrer de manière significative. » En attendant, Gilles Moëc reste attentif aux choix de Francfort et il reste essentiel à ses yeux que « la possibilité d’une intervention de la BCE soit préservée. » Les prises de parole de la présidente de la Banque centrale européenne seront scrutées et l’économiste s’attend à ce qu’elle évoque les conséquences de la hausse des rendements obligataires pour la fonction de réaction de l’institution.
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