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Macro-économie / Taux / Moody's / dégradation / note souveraine

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Moody's / dégradation / note souveraine

France : Moody’s dégrade pour des raisons très politiques / La fragmentation pourrait entraver l’effort de consolidation budgétaire

Alors qu’il y a seulement sept semaines, l’agence américaine avait décidé de maintenir la note de l’Hexagone, elle vient de réviser son diagnostic de manière inattendue en la dégradant d’un cran à Aa3. L’état de la situation politique en France est le principal déterminant de ce choix.
François Bayrou, Premier ministre de la France - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
François Bayrou, Premier ministre de la France - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Moody’s a surpris son monde ce week-end. Sur les coups de 00h19 dans la nuit de vendredi à samedi, l’agence de notation américaine a fait savoir qu’elle ajustait à la baisse d’un cran la notation qu’elle attribuait à la France. Cette dernière, qui représente une évaluation de la solvabilité de la puissance publique hexagonale, passe ainsi de Aa2 à Aa3. Désormais Moody’s est en phase avec ses deux principales concurrentes S & P Global Ratings et Fitch Ratings (elles attribuent toutes deux la note de AA- soit un niveau équivalent à Aa3).

Fin octobre, Moody’s s’était penché sur le cas de la France mais avait décidé de dégrader seulement la perspective associée à la note. Entre-temps, le gouvernement du Premier ministre Michel Barnier est tombé à la suite du vote d’une motion de censure.

"La décision d’abaisser la note de la France à Aa3 reflète notre opinion selon laquelle les finances publiques du pays seront considérablement affaiblies au cours des prochaines années", explique l’agence de notation. "La fragmentation politique est plus susceptible d’empêcher un assainissement budgétaire significatif, ce qui s’écarte du scénario de base qui sous-tend notre action de notation d’octobre 2024", ajoute-t-elle.

Depuis juin 2022 et l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale, les agences de notation ont souvent averti que l’un des aléas baissiers entourant la note de la France venait de l’instabilité politique qui pouvait en résulter. La dissolution de juin dernier a renforcé ce risque et il devient aujourd’hui le principal déterminant d’une dégradation, un état de fait qui était tout sauf une évidence il y a encore quelques années. La stabilité politique était d’ailleurs l’un des atouts de la France, d’après les analyses des agences.

"Nous nous attendons à ce que le gouvernement nouvellement nommé fasse adopter une loi spéciale garantissant la continuité de l’administration publique en 2025. Toutefois, en ce qui concerne l’avenir, la probabilité que le prochain gouvernement réduise durablement l’ampleur des déficits budgétaires au-delà de l’année prochaine est désormais très faible", pointe Moody’s.

L’agence prévoit que le déficit public s’établira à 6,3 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2025, avant de diminuer progressivement pour atteindre environ 5,2 % du PIB en 2027. En conséquence, le taux d’endettement passerait de 113,3 % en 2024 à environ 120 % en 2027.

Pour mémoire, dans le plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT) envoyé à Bruxelles, document qui fait foi à moins que le Premier ministre François Bayrou ne choisisse de l’amender, il est prévu que le déficit atteigne 5 % en 2025 et 4 % en 2027. La dette de l’ensemble des administrations publiques, elle, devrait représenter 116,5 % du PIB en 2027.

Moody’s est également vigilante à l’évolution de la situation future sur les marchés obligataires. "Alors que les primes de risque se sont réduites ces dernières semaines après une forte augmentation au cours de l’été, il existe un risque d’augmentation durable des coûts de financement" juge-t-elle.

"Cela pourrait créer une boucle de rétroaction négative entre des déficits plus élevés, une charge de la dette plus importante et des coûts de financement plus élevés, dans le contexte de besoins d’emprunt annuels importants", prévient-elle. L’État devrait avoir à emprunter pour 300 milliards d’euros à moyen et long termes en 2025 (rachats exclus), cela constitue un record en valeur absolue (mais pas en proportion de la taille de l’économie française). "Nous prévoyons que les paiements d’intérêts par rapport aux recettes passeront de 4,4 % en 2024 à 4,9 % en 2025, et à plus de 5 % en 2026 et 2027. Alors que l’accessibilité de la dette a longtemps été un atout relatif de la France en matière de crédit, cet atout s’érode par rapport à ses pairs ayant une notation similaire", note Moody’s.

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