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Fed : le marché ne croit pas aux trois hausses de taux en 2017
Le silence peut être éloquent, mais dans le cas de la Fed, et en particulier dirigée par une Janet Yellen particulièrement discrète, il n’incite guère qu’à la prudence. Ainsi, le communiqué de politique monétaire publié mercredi par la Banque centrale américaine a donné l’impression d’en dire le moins possible : elle a tout juste ajouté que « le sentiment économique et des consommateurs s’est amélioré récemment » mais aussi enlevé la référence aux facteurs transitoires de l’énergie et des importations, qui faisaient pression sur l’inflation, et le « renforcement du marché du travail » plus loin dans sa prose.
Pour une institution très prudente, qui prépare les marchés à ses hausses de taux le plus tôt possible, ce ton ne paraît pas vraiment compatible avec une nouvelle hausse des taux en mars, a décidé le marché. Depuis hier, la probabilité d’un resserrement monétaire a ainsi reculé de 25% à moins de 18%, selon les données de CME. Ce qui rend le scénario de trois hausses de taux plus serré, même s’il est toujours réaliste à ce stade. Un tiers des investisseurs croit à un mouvement en mai, mais la grande majorité (69%) parie plutôt sur juin, selon l’orientation des futures sur les fonds Fed. La même proportion (69%) s’attend à un nouveau geste en décembre, mais pas vraiment entre les deux. Si bien que, malgré la trajectoire tracée par la Fed, seul 35% du marché croit au scénario de trois hausses de taux cette année.
Cela tient en réalité au degré d’incertitude et d’imprévisibilité de la nouvelle administration. En décembre, Janet Yellen n’avait pas voulu se prononcer sur les mesures à venir du gouvernement Trump, et les premières annonces ne semblent pas avoir éclairci les choses. Plutôt que de se lancer dans son ambitieux projet de coupes fiscales, le Congrès a fixé comme objectif premier la suppression de l'Obamacare et son remplacement, un texte qui avait lui-même pris près de deux ans à être élaboré et adopté par le précédent locataire de la Maison Blanche. Donald Trump a de son côté déjà rejeté plusieurs traités de libre-échange et menace les relations avec plusieurs partenaires commerciaux de premier plan pour les Etats-Unis.
Tout cela devrait rendre les marchés plus volatils et nerveux, au moins lors des premiers mois d’entrée en fonction du Président, et c’est la raison pour laquelle Janet Yellen pourrait être réticente à agir, tant qu’elle n’aura pas la certitude que la raison est revenue sur les principales places. Elle ne pourra néanmoins pas temporiser trop longtemps si la politique pro-business et protectionniste conduit à un renchérissement rapide du dollar et de l’inflation, qui oblige la Fed à suivre le mouvement. A cet égard, Donald Trump et plusieurs membres de son équipe ont déjà, par leurs propos, indiqué qu’ils jugeaient le dollar trop fort. Mais ils ne pourront à eux seuls renverser une tendance structurelle du billet vert, sauf à entrer dans une course à la dévaluation et une guerre des changes profondément destructrice.
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