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Scor veut viser plus haut dans un marché moins porteur / Le défi du prochain plan stratégique

Après trois années consacrées à remettre Scor sur pied, Thierry Léger veut passer à l'offensive. Mais le prochain plan stratégique devra composer avec une concurrence accrue et des prix en baisse.
30/10/2026 - 14:45
Thierry Léger, le directeur général de Scor. © Romain Ruiz
Thierry Léger, le directeur général de Scor. © Romain Ruiz

« Il est vrai que ce marché dur nous a aidés. » Thierry Léger ne s’attribue pas tout le mérite du redressement de Scor. Interrogé par WanSquare à l’occasion de la publication des résultats du troisième trimestre, le directeur général du réassureur reconnaît que la forte hausse des prix facturés aux assureurs pour les couvrir contre certains risques, notamment les catastrophes naturelles, a contribué à améliorer les marges de Scor ces dernières années, facilitant le rétablissement de sa rentabilité et le renforcement de son bilan. Mais cet environnement favorable touche à sa fin, alors que le groupe s’apprête à présenter, le 3 décembre, son prochain plan stratégique.

Scor aborde ce virage en position de force. Son résultat net atteint 206 millions d’euros au troisième trimestre, soit 17 % de mieux qu’attendu par les analystes, et 603 millions sur neuf mois. Le rendement annualisé des capitaux propres ressort ainsi à 18,9 %, bien au-dessus de l’objectif de plus de 12 % fixé par la feuille de route Forward 2026, qui arrive à son terme. Le ratio de solvabilité s’établit à 221 %, au-delà de la fourchette optimale de 185 % à 220 % du plan. Le chemin parcouru est considérable depuis 2024, lorsque la révision des hypothèses en réassurance vie avait réduit le bénéfice annuel à seulement 4 millions d’euros. Le titre gagnait 4,54 % à 34,52 euros vendredi en début d’après-midi.


Une partie du bénéfice en réserve


Le ratio combiné en dommages, qui rapporte les sinistres et les frais aux primes, s’est pourtant dégradé à 84,1 %, contre 80,9 % un an plus tôt. « Le ratio combiné est excellent », relativise toutefois Thierry Léger. Les catastrophes naturelles en expliquent l’essentiel : elles pèsent 9,1 points, contre 2,7 points au troisième trimestre 2025, avec le séisme en Colombie, les incendies en France et des séismes au Japon, soit une douzaine d’événements au total. Sur neuf mois, leur coût reste limité à 5,4 points, bien en deçà du budget annuel de 10 points. La sinistralité courante a été assez favorable pour permettre au groupe de renforcer ses marges de prudence. Thierry Léger explique avoir ainsi renforcé ses provisions, quitte à réduire le bénéfice immédiatement affiché, afin de disposer d’une marge de sécurité pour l’avenir. Selon les calculs des analystes de la banque suisse UBS, ce renforcement des réserves représenterait environ 50 millions d’euros sur le trimestre, soit 3,5 points de ratio combiné. Ceux de la banque d’investissement américaine Keefe, Bruyette & Woods (KBW) l’estiment entre 2,5 et 3,5 points.


La fin des années fastes


Cette capacité à renforcer ses réserves témoigne de la rentabilité retrouvée de Scor. Reste à préserver cette rentabilité dans un environnement moins favorable. Les marges élevées ont attiré de nouveaux capitaux dans la réassurance, et avec eux une concurrence qui pèse sur les prix. Lors des renouvellements de juin et juillet, les tarifs des contrats renouvelés par Scor ont reculé de 4,4 % en moyenne. Au troisième trimestre, la marge sur services contractuels des nouvelles affaires en dommages, qui préfigure les profits futurs, a chuté de 16,1 %, à 142 millions d’euros. Le groupe attribue surtout ce recul trimestriel à un effet de calendrier lié à la rétrocession, par laquelle les réassureurs transfèrent à leur tour une partie de leurs risques. Sur neuf mois, l’indicateur progresse encore de 1,4 %, mais cette résistance repose sur la croissance des volumes et une rétrocession moins coûteuse, qui compensent la détérioration des marges en réassurance. Ces leviers devraient perdre de leur efficacité « à mesure que le marché continue de s’assouplir », prévient UBS.

« On ne peut pas complètement échapper à la baisse des prix du marché, mais la structure de notre portefeuille nous permet de mieux résister que nos concurrents. », assure Thierry Léger. Les revenus d’assurance en dommages progressent de 2,3 % à changes constants sur le trimestre, quand certains de ses concurrents voient au contraire leur chiffre d’affaires reculer, parfois fortement, selon lui. Le dirigeant estime que Scor dispose d’une notoriété et d’une présence commerciale plus importantes que ne le laisse supposer sa part de marché. Une position qui lui donnerait davantage de possibilités de sélectionner les contrats sur lesquels poursuivre sa croissance, sans devoir accepter toutes les baisses de prix.


La vie, amortisseur du cycle


Il compte aussi sur la réassurance vie, qui représente selon lui la moitié de l’activité. « Il ne faut pas oublier que l’activité de réassurance vie n’est pas cyclique. », insiste-t-il. Le résultat des activités d’assurance dans cette branche progresse de 21,3 % au trimestre, à 119 millions d’euros, avec un écart d’expérience positif de 12 millions. Après la correction des réserves de 2024, Thierry Léger s’était donné huit trimestres de performances régulières avant de considérer le redressement comme acquis. Le septième vient de s’achever. « Je suis très confiant. J’attends encore un trimestre. »

Le huitième clôturera Forward 2026 et ouvrira le prochain plan. Les fondations posées doivent permettre de consacrer moins d’énergie aux réparations internes et de se focaliser davantage « sur la commercialisation, sur la marque, sur les clients ». Le dirigeant résume cet état d’esprit d’une formule anglaise : « It's now time to aim higher. » Il est désormais temps de viser plus haut.

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