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Bridgepoint récolte les fruits de son pari énergétique / Les prévisions et le dividende relevés
Bridgepoint n’a pas pour habitude de faire un point d’activité à l’automne, « puisque nous ne publions formellement que deux fois par an », a rappelé mercredi Raoul Hughes, le directeur général du gestionnaire britannique d’actifs privés. Mais les performances d’un fonds, et d’un actif en particulier, l’ont conduit à déroger à la règle. Ses revenus liés à la performance (PRE), c’est-à-dire la rémunération qu’il tire des performances de ses fonds, notamment sous forme de carried interest, devraient représenter entre 37 % et 39 % de ses revenus totaux en 2026. En juillet, Bridgepoint visait encore le haut d’une fourchette de 20 % à 25 %.
Le déclencheur se trouve chez Energy Capital Partners (ECP), sa filiale américaine d’infrastructures énergétiques. Son cinquième fonds, ECP V, affichait un multiple supérieur à trois fois la mise fin juin, et devrait dépasser quatre fois au 30 septembre grâce à une forte revalorisation de ProEnergy, entreprise américaine spécialisée dans les turbines à gaz et les centrales électriques. Les cessions de Symmetry, fournisseur américain de gaz naturel, à 6,4 fois la mise, et de Cornerstone, un ensemble de trois centrales électriques au gaz, à 4,4 fois, avaient déjà contribué aux performances de ce fonds âgé de seulement quatre ans, dont la majorité des participations reste à céder. Détenteur de 13 % du carried interest d’ECP V, Bridgepoint en attend un supplément de PRE « de l’ordre de 185 millions de dollars » par rapport au consensus pour 2026.
Un gain qui reste pour l’heure comptable. ProEnergy n’a pas été vendu, ECP étudie encore les options de sortie, et sa valorisation intègre une décote substantielle liée au risque d’exécution et à l’incertitude du calendrier. Une nouvelle hausse reste donc possible, sous réserve que les perspectives de cession se précisent : « si la sortie devient plus probable, je m’attendrai à ce que la valorisation du fonds augmente encore d’ici la fin de l’année », indique Raoul Hughes.
Le pari de la régularité
Reste à démontrer que cette embellie dépasse un actif hors norme. « Nous ne considérons pas cette amélioration des performances comme un phénomène ponctuel », assure le dirigeant. La part des PRE est relevée à 25 % à 30 % des revenus à partir de 2027, et la marge d’EBITDA est attendue autour de 60 %, contre 55 % à 60 % auparavant. Les commissions de gestion n’y sont pour rien : leur objectif de croissance, de 13 % à 16 % sur trois ans glissants, est inchangé. Le relèvement repose sur la composante la plus volatile du modèle. Davantage de fonds franchissent le seuil du carried interest, au moment où la part qui en revient à la société cotée augmente, en particulier sur son fonds phare de capital-investissement. « Si le carried interest de chaque fonds est par nature irrégulier, à mesure que le groupe se diversifie, les pics et les creux au niveau des fonds se compensent pour produire un flux plus régulier de revenus liés à la performance », explique Ruth Prior, la directrice financière.
Le temps de la récolte
« Nous sommes aujourd’hui à un point d’inflexion », ajoute-t-elle. Bridgepoint table sur 1,3 milliard de livres d’encaissements de PRE d’ici 2030, contre 1 milliard annoncé en juillet, auxquels s’ajoute 1,1 milliard tiré de ses co-investissements. Soit 2,4 milliards en cinq ans, contre environ 500 millions sur les cinq années précédentes. Une montée en puissance des rentrées de trésorerie qui permet au groupe de revoir sa politique de distribution aux actionnaires. Le dividende au titre de 2026 passe d’environ 10 à 15 pence par action. À partir de 2027, versé chaque trimestre, il représentera 40 % à 45 % du bénéfice par action, complété par des dividendes exceptionnels ou des rachats d’actions pour porter les distributions à 40 % à 60 % d’un nouvel indicateur de trésorerie, le « Cash from Profits », qui additionnera notamment la trésorerie issue des bénéfices récurrents, des commissions de performance encaissées et des co-investissements, après déduction des intérêts nets, des loyers et des impôts. Le levier restera inférieur à deux fois l’EBITDA sous-jacent, pour garder, selon Raoul Hughes, « une flexibilité importante pour financer d’autres acquisitions sans recours excessif à l’endettement ».
Le groupe a d’ailleurs atteint avec un trimestre d’avance son objectif de levée de 28 milliards d’euros sur 2024-2026, grâce notamment à la clôture d’ECP VI à 8,1 milliards de dollars, 84 % de plus que son prédécesseur. L’acquisition de Kayne Anderson Real Estate, qui portera les encours à environ 125 milliards de dollars, doit être finalisée le 4 janvier. Elle n’est pas intégrée aux nouvelles prévisions.
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