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Coup de frein brutal chez OPmobility / Un avertissement sanctionné de 20 % en Bourse

La rentabilité d'OPmobility devrait nettement décrocher au second semestre, sous l'effet de la baisse des volumes et des pressions sur les coûts. L'équipementier annonce également une restructuration en Europe, tout en assurant maintenir son cap stratégique.
De gauche à droite, Olivier Dabi, directeur financier, Félicie Burelle, directrice générale, et Stéphanie Laval, vice-présidente en charge de la stratégie et des relations investisseurs, lors de la présentation des résultats semestriels d’OPmobility en juillet dernier.
De gauche à droite, Olivier Dabi, directeur financier, Félicie Burelle, directrice générale, et Stéphanie Laval, vice-présidente en charge de la stratégie et des relations investisseurs, lors de la présentation des résultats semestriels d’OPmobility en juillet dernier.

Il aura fallu moins de trois mois pour que les certitudes d’OPmobility sur ses perspectives 2026 volent en éclats. Dès l’ouverture jeudi matin, l’action de l’équipementier automobile plongeait en Bourse et chutait toujours de près de 20 % dans l’après-midi, à 9,95 euros. Le groupe venait d’annoncer, mercredi soir, une révision de ses objectifs pourtant confirmés fin juillet. Le groupe vise désormais une marge opérationnelle comprise entre 430 et 450 millions d'euros sur l'année, contre plus de 490 millions jusqu'ici, ce qui ne laisse attendre que 179 à 199 millions au second semestre, contre 251 millions au premier. Le cash-flow libre est attendu au-delà de 220 millions d'euros, contre plus de 297 millions, et le résultat net part du groupe, promis en hausse par rapport aux 185 millions de 2025, est seulement annoncé « significatif ». Seul l'objectif de réduction de la dette nette est maintenu.


L'accumulation des chocs


Fin juillet, le groupe jugeait encore « relativement limité » l'effet de la situation au Moyen-Orient sur ses volumes. Depuis, les difficultés se sont additionnées : inflation sur les résines et les circuits imprimés, prévisions de production revues en baisse en Chine, arrêts d'usines annoncés par des constructeurs en Europe et en Amérique du Nord. « Ils sont ponctuels, mais ils sont soudains. Nous devons donc les absorber », a expliqué Félicie Burelle, la directrice générale, précisant que certains lui avaient été notifiés le matin même outre-Atlantique.

À ces perturbations de production s'ajoute la difficulté de répercuter les hausses de coûts sur les constructeurs. Le cadre contractuel avec ceux-ci « couvre une bonne partie de ce que nous avons, mais pas tout », a reconnu la dirigeante, et le calendrier des compensations « est potentiellement en question », alors que les clients « doivent eux-mêmes gérer leurs propres difficultés ». Le choc touche d'abord les activités Exterior et Modules, en Europe, plutôt que C-Power, la branche regroupant notamment les réservoirs à carburant et les systèmes de dépollution.

Plusieurs pairs ont pourtant récemment maintenu leurs objectifs, ce qui fait de ce recul « une révision brutale et sévère », souligne le bureau d'analyse TP ICAP Midcap, pour qui l'effondrement des ventes des constructeurs occidentaux en Chine et la rapidité de l'inflation sur certains composants électroniques pourraient expliquer la surprise. Pression sur les coûts, difficulté à répercuter l'inflation, surcapacités, faiblesse des volumes : les facteurs invoqués sont au contraire « largement sectoriels », estime la banque Oddo BHF, qui y lit un signal négatif pour tous les équipementiers européens.


L'Europe, chantier structurel


Au-delà des perturbations récentes, les difficultés du marché automobile européen s'inscrivent aussi dans une transformation de plus long terme. Production européenne en repli, arrivée des constructeurs chinois, adaptation des groupes occidentaux : « Ces évolutions sont, je crois, structurelles et appellent une adaptation ciblée de notre modèle opérationnel », a expliqué Félicie Burelle. Le groupe prévoit de supprimer 770 postes. En Allemagne, 460 emplois, essentiellement de production, disparaîtraient avec le transfert de l'activité de l'usine de Sterbfritz, en Hesse, vers d'autres sites du pays. En France, les 310 suppressions de postes envisagées concernent principalement l'ingénierie. Le groupe prévoit de regrouper sur son site de Lachelle, dans l'Oise, les activités de R&D implantées à Venette, dans le même département, et à Labège, en Haute-Garonne, confrontées au recul des programmes de développement des motorisations thermiques et au retard du marché de l'hydrogène. Il prévoit également d'adapter les capacités de production de son usine de Flers-en-Escrebieux (Nord). Ces mesures toucheraient environ 8 % des effectifs d'Europe de l'Ouest, selon Oddo BHF.

Leur coût, de 120 à 130 millions d'euros, sera passé en 2026, l'essentiel des décaissements intervenant en 2027 selon la dirigeante. Interrogée sur leur retour sur investissement, elle les a inscrites dans un programme plus large de réduction des coûts de développement, sans chiffrer les économies, qui restent à préciser, note Invest Securities. Lancer ce plan tout en visant un désendettement relève toutefois d'« une démarche d'anticipation plutôt qu'une réaction à une situation financière dégradée », juge Oddo BHF.

« Nous adaptons le rythme d'exécution de notre feuille de route plutôt que de la modifier », insiste Félicie Burelle. L'Amérique du Nord pèse environ 30 % des ventes et l'Asie un peu moins de 20 %, et le rachat de l'activité éclairage de Hyundai Mobis reste d'actualité. Quant à une remontée des résultats l'année prochaine, la dirigeante se garde à ce stade de toute anticipation : « Il est un peu trop tôt pour parler de 2027. Nous devons maintenant mettre en œuvre ce que nous avons annoncé. »

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