Private Equity
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Démocratisation du private equity : qui sont les souscripteurs des fonds de Bpifrance ? / Des éclairages sur les déterminants individuels des décisions d'investir
La tendance d’ouverture du capital-investissement aux particuliers n’en est désormais plus à ses balbutiements. Autrefois largement réservée aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes, les offres permettant aux épargnants français de s’exposer à cette classe d’actifs se multiplient d’année en année, portées par une réglementation plus adéquate, et semblent aussi gagner en popularité.
Reste que son sous-développement relatif sur le continent européen, par rapport aux États-Unis, a notamment été relevé dans le rapport de Mario Draghi, expliquant que ce type d’activité concourait largement au dynamisme de l’économie américaine, rappelle un récent rapport de l’Institut des politiques publiques (IPP), s’étant penché sur l’évaluation des fonds de Bpifrance ouverts aux particuliers. C’est, entre autres, pour pallier « l’insuffisance des financements de ce type en France que Bpifrance a été créée, mais beaucoup regrettent encore le manque d’implication directe des épargnants français dans ce type d’investissement », détaille-t-il. Afin de répondre à ces réticences, la banque publique d’investissement a donc fait partie des acteurs à avoir ouvert la marche de cette vague de démocratisation, en structurant des fonds de placement en capital-investissement dès 2020, regroupés sous la gamme « Bpifrance Entreprises », auxquels les ménages français peuvent souscrire.
L’étude d’évaluation de l’organisme de recherche public porte ainsi sur les clients des fonds « Bpifrance Entreprises ». Le but : comprendre qui, parmi les ménages, investit actuellement dans le capital-investissement et éclairer de quelle manière ces fonds témoignent de sa démocratisation. « Cette démocratisation peut s’apprécier en évaluant la participation à des classes d’actifs similaires, notamment en matière de risque, aux fonds Bpifrance des profils d’individus qui investissent dans ces fonds », explique le rapport.
La démocratisation au sens propre du terme
Plusieurs grands résultats en ressortent. D’abord, quant à la dynamique des investissements individuels : pour chacun des fonds mis en accès en direct sur la plateforme de la banque publique d’investissement depuis 2020, entre 1 500 et 2 000 souscripteurs distincts ont investi. « Seuls 16 % des souscripteurs ont interagi avec au moins deux fonds Bpifrance, et ce sont donc plus de 5 000 épargnants distincts qui ont investi dans un fonds Bpifrance sur la plateforme, à quoi il faut rajouter environ 4 000 épargnants qui ont interagi de manière soutenue avec la plateforme sans finalement investir », indique le rapport.
Les montants moyens investis dans ces fonds sont compris dans une fourchette de 7 500 à 15 000 euros et ont baissé de fonds en fonds à mesure que les tickets d’entrée minimum imposés par la banque diminuaient, à dessein. Sur son dernier produit de la gamme, lancé il y a désormais deux ans, « Bpifrance Entreprises 3 », il s’élevait à 500 euros (et avait donc été divisé par dix depuis 2020). « La baisse des tickets moyens investis correspond aussi à des profils d’investisseurs moins aisés en revenu et en patrimoine. La proportion de souscripteurs dont le revenu annuel net est inférieur à 100 000 euros progresse ainsi d’environ 65 % à près de 80 %. Il y a donc bien une démocratisation dans le temps des fonds », conclut le rapport de l’IPP.
Par rapport aux Français
Dans quelle mesure les « investisseurs particuliers Bpifrance » sont-ils, d’un autre côté, représentés dans la population des épargnants français ? D’abord, la population des souscripteurs est plus aisée financièrement, mais aussi plus jeune, que la moyenne nationale. Elle est constituée à près de 90 % de cadres supérieurs. Son niveau de revenus est en revanche très proche de celui des Français détenteurs d’actions, bien qu’étant de nouveau plus riche en patrimoine, plus jeune et davantage constituée de cadres supérieurs que les investisseurs en actions. Les souscripteurs de la plateforme sont par ailleurs, y compris à revenus égaux, tout aussi enclins à détenir de l’assurance-vie que le reste de la population française.
« En revanche, à revenu ou âge égaux, le taux de détention de non-coté est beaucoup plus élevé parmi ceux qui interagissent avec la plateforme Bpifrance, ce qui pourrait indiquer que la population qui s’intéresse aux fonds Bpifrance est une catégorie de la population particulièrement bien informée ou attirée par ce type de placement », indique le rapport de l’IPP, soulignant que la population d’épargnants dont les souscripteurs Bpifrance se rapprochent le plus, est celle des Français qui investissent dans des placements risqués, innovants, et en détention directe, comme des actifs numériques et les prêts en "crowdlending". Une population qui comptait de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de foyers fiscaux en 2023.
Et pourquoi donc investir
Reste enfin à comprendre ce qui motive ces décisions d’investissement. Plusieurs méthodes statistiques ont été utilisées par l’IPP afin de prédire à la décision de souscrire au fonds Bpifrance, conditionnellement à l’enregistrement sur la plateforme (et donc à être informé de son existence).
Logiquement, c’est d’abord le fait de disposer d’un patrimoine financier plus important qui prédit, le plus, la décision de souscrire une fois entré sur la plateforme. Ensuite, l’investissement est moins probable lorsque l’investisseur, bien que suffisamment informé pour interagir avec la plateforme, indique être à la recherche de liquidités ou avoir un horizon d’investissement inférieur à cinq ans - des freins qui s’articulent mal aux caractéristiques intrinsèques du private equity. « Toutefois, sur une population représentative à laquelle des questions précises sur le non coté sont posées, c’est plutôt la connaissance des caractéristiques du private equity et de comment on y accède qui détermine la volonté d’investir dans le non coté, plutôt que les variables sociodémographiques de type revenu ou âge », précise le rapport.
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