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Klarna paie cher son avertissement sur la croissance / La fintech améliore pourtant fortement ses marges
Il en fallait davantage pour convaincre Wall Street. Malgré un retour dans le vert et une amélioration spectaculaire de ses marges, Klarna, la fintech suédoise devenue l’un des principaux acteurs mondiaux du paiement fractionné, a vu son titre s’effondrer de 22,8 % mardi à New York, à 15,06 dollars, ramenant sa capitalisation à environ 5,7 milliards de dollars. Moins d’un an après son introduction au NYSE à 40 dollars par action, qui valorisait alors la fintech autour de 15 milliards de dollars, la sanction illustre le déplacement des attentes des investisseurs : Klarna ne doit plus seulement démontrer qu’elle peut rendre son modèle rentable, mais qu’elle peut le faire sans sacrifier sa croissance.
C’est tout le paradoxe de ses résultats du deuxième trimestre. Le groupe a traité 36,6 milliards de dollars de volume d’affaires, en hausse de 18 % sur un an, tandis que ses revenus ont progressé de 27 %, à 1,04 milliard. Surtout, la marge de transaction en dollars, indicateur privilégié par Klarna pour mesurer l’économie de son activité après coûts de traitement, de financement et de crédit, a bondi de 42 %, à 446 millions. Le résultat opérationnel ajusté atteint 91 millions de dollars, contre 29 millions un an plus tôt, et le bénéfice net 9 millions, après une perte de 53 millions.
« Nous investissons dans notre activité tout en générant un fort levier opérationnel, ce vers quoi nous travaillons depuis longtemps », a résumé Sebastian Siemiatkowski, cofondateur et directeur général, lors de la présentation aux analystes. Les coûts d’exploitation n’ont progressé que de 16 %, beaucoup moins vite que les revenus et surtout que la marge de transaction.
Au-delà du paiement fractionné
L’écart entre volumes, revenus et marge tient notamment au déplacement du mix vers des produits plus rémunérateurs et plus engageants. Le Pay Later a progressé de 13 %, mais le Fair Financing, destiné aux achats plus importants et remboursés sur une durée plus longue, a bondi de 82 %, à 4,7 milliards de dollars de volume et représente désormais 13 % du GMV. La Klarna Card compte parallèlement 6,5 millions d’utilisateurs actifs dans 16 pays, contre 1,3 million un an plus tôt, tandis que les abonnements payants ont atteint 2 millions, avec des revenus en hausse de plus de 600 %.
« Les revenus récurrents de ce type sont à forte marge et, point important, ils ne génèrent presque aucun GMV. Cela découple avec le temps notre croissance du GMV », a souligné Sebastian Siemiatkowski. Cette diversification permet à Klarna de tirer davantage de revenus d’un même client sans dépendre uniquement de l’augmentation des transactions. Le revenu moyen par utilisateur actif a ainsi progressé de 24 %. Klarna élargit dans le même temps sa distribution avec plus de 1,2 million de commerçants, en hausse de 54 %. J.P. Morgan Payments a activé Klarna début août aux États-Unis et la fintech est également devenue le partenaire du programme Apple Upgrade.
L’accélération américaine
Les États-Unis sont aujourd’hui le meilleur laboratoire de cette stratégie. Le GMV y a progressé de 27 %, à 7,9 milliards de dollars, et les revenus de 37 %, à 376 millions. La marge de transaction américaine a surtout plus que doublé, à 88 millions, et représente désormais 23 % des revenus, contre 14 % un an auparavant. Elle reste encore nettement inférieure aux 54 % enregistrés hors États-Unis et aux quelque 60 % atteints sur les marchés les plus anciens du groupe, laissant à Klarna une importante réserve d’amélioration si le marché américain suit la même trajectoire. Le groupe, qui compte déjà plus de 30 millions de clients dans le pays, a également déposé une demande de licence bancaire américaine afin d’y élargir encore son offre de paiements, d’épargne et de services financiers.
L’accélération de produits de financement plus longs rend parallèlement la maîtrise du risque de crédit d’autant plus scrutée. Les provisions pour pertes ont atteint 192 millions de dollars au deuxième trimestre, mais leur poids a reculé à 0,52 % du GMV. Les retards de paiement de plus de 30 jours sur le Fair Financing américain ont diminué d’environ 20 points de base sur un trimestre. « Nous préférons protéger nos rendements ajustés du risque plutôt que courir après des volumes marginaux », a expliqué le directeur financier Niclas Neglén.
Le coup de frein allemand
Mais la publication comporte aussi un avertissement sur la croissance, précisément là où Wall Street reste attentive : les volumes. Klarna ne vise plus que 149 à 151 milliards de dollars de GMV cette année, contre plus de 155 milliards auparavant, principalement en raison d’une hypothèse plus prudente sur l’Allemagne, son premier marché en volume. Dans le même temps, le groupe relève son objectif de marge de transaction à 1,62 à 1,65 milliard de dollars, signe qu’il compte continuer à gagner davantage sur chaque dollar traité. Le rythme devrait néanmoins ralentir : à mi-fourchette des prévisions, Klarna anticipe une croissance de cette marge d’environ 23 % au second semestre, après 42 % au premier.
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