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Le grand écart du private equity européen / Les deals résistent, la collecte décroche

Les fonds européens de private equity continuent d’investir, mais peinent toujours à céder leurs participations. Ils réalisent désormais près de trois acquisitions pour une sortie, un déséquilibre qui entretient la crise de liquidité et pourrait faire de 2026 la pire année de collecte depuis dix ans.
Le Royaume-Uni demeure la principale porte d’entrée des capitaux américains dans le private equity européen. Vue de la City de Londres.(Photo by Adrian Dennis / AFP)
Le Royaume-Uni demeure la principale porte d’entrée des capitaux américains dans le private equity européen. Vue de la City de Londres.(Photo by Adrian Dennis / AFP)

À première vue, le private equity européen aborde la seconde moitié de 2026 en position de force. La valeur des opérations a progressé de 6,9 % entre le premier et le deuxième trimestre et, si le rythme du premier semestre se maintenait, l'année s'achèverait sur un record en nombre de transactions, à seulement 7,5 % du sommet historique en valeur, selon le bilan trimestriel publié le 8 juillet par PitchBook. Mais ce dynamisme ne raconte qu’une partie de l’histoire. Le fournisseur de données décrit un marché à deux vitesses, où l'appétit d'achat des fonds contraste avec leur incapacité persistante à rendre suffisamment de capital à leurs investisseurs.

Côté acquisitions, la machine continue de tourner. Les acquisitions complémentaires ont représenté 57,7 % du nombre d’opérations au premier semestre, un plus haut depuis dix ans, tandis que les mégadeals ont concentré 35 % de la valeur investie, contre 32,1 % en 2025. Cette activité est notamment portée par une vague de retraits de cote : onze opérations ont représenté près de 20 milliards d’euros au deuxième trimestre, dont le rachat d’Intertek par EQT pour 12,6 milliards. Le poids des transactions transfrontalières s’est parallèlement renforcé, pour atteindre 70,1 % de la valeur du marché au premier semestre, contre 67,4 % en 2025. Au deuxième trimestre, le Royaume-Uni a, de son côté, concentré 30 % de la valeur totale des opérations européennes.

La poursuite de cet élan n’est toutefois pas acquise. La Banque centrale européenne a relevé ses taux de 25 points de base le 11 juin, une première depuis 2023. « Pour une classe d’actifs dont les rendements sont étroitement liés au coût du levier, une inversion du cycle d’assouplissement fait peser un double fardeau : des coûts d’emprunt plus élevés au niveau des opérations et une pression haussière sur les taux d’actualisation à travers les portefeuilles », prévient PitchBook.

 

Une embellie en trompe-l’œil

 

Le vrai paradoxe se situe du côté des cessions. Leur valeur a bondi de 29,7 % sur le trimestre, au plus haut depuis trois ans, alors que leur nombre est resté quasiment stable. L'explication tient à une concentration extrême : 22 mégasorties représentent 65,8 % de la valeur totale, contre 43,6 % en moyenne sur dix ans. Pour PitchBook, il ne s'agit pas d'une réouverture généralisée du marché mais d’« un mouvement de déblocage concentré sur le haut du marché, qui bénéficie à un groupe restreint de fonds détenant des actifs de premier plan, tandis que le reste du marché demeure largement bloqué ». L'Allemagne illustre le phénomène : la vente de TK Elevator par Advent et Cinven au finlandais Kone pour 29,4 milliards d'euros et l'introduction en Bourse du motoriste Innio, qui a représenté 17,3 milliards d'euros de valeur de sortie, propulsent la zone DACH en tête des sorties européennes, avec déjà une année record pour l'Allemagne. Signe des temps, les deux introductions phares du trimestre ont choisi New York plutôt qu'une place européenne, et les acquéreurs stratégiques ont supplanté les fonds, avec 53,4 % de la valeur des cessions.

Le déséquilibre se creuse ainsi : les fonds européens de private equity achètent près de trois entreprises pour chaque participation qu’ils parviennent à céder. Le ratio entre acquisitions et sorties est passé de 2,4 fois en 2025 à 2,9 fois au premier semestre 2026, alimentant, selon PitchBook, « un arriéré croissant qui devra finir par être résorbé, d’une manière ou d’une autre ».

 

La collecte prise au piège

 

Cet embouteillage se paie sur le front de la collecte, vrai point noir du semestre. Avec 39,1 milliards d'euros levés par 54 fonds, l'Europe se dirige, au rythme actuel, vers sa pire année depuis une décennie. Les capitaux se concentrent sur les gérants intermédiaires éprouvés, les véhicules compris entre 1 et 5 milliards d'euros captant 54,1 % des montants. Le cas du français Astorg illustre la mécanique à l'œuvre : la société, qui gère 24 milliards d'euros, peine depuis novembre 2025 à lever un fonds visant 4 milliards d’euros, un objectif relativement modeste au regard de ses encours, les investisseurs pointant son incapacité à céder IQ-EQ, un actif dont la valorisation avait un temps été envisagée jusqu’à 9 milliards d’euros. « Un marché des sorties bloqué contraint désormais la collecte qui en dépend, les investisseurs suspendant leurs réengagements jusqu’à ce qu’ils voient les distributions se matérialiser », résume PitchBook.

La zone France-Benelux concentre certes la moitié des capitaux levés, mais cette performance est très largement portée par trois mégafonds néerlandais dans un contexte favorable créé par la réforme des retraites aux Pays-Bas, qui redirige structurellement l'épargne vers les marchés privés. Le second semestre se jouera sur le rythme des distributions et la trajectoire monétaire, avec un test grandeur nature : EQT XI, qui vise un plafond de 24 milliards d'euros et dont la progression « servira probablement de baromètre pour l'ensemble du marché ».

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