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Activisme actionnarial : l’Europe dispensée d’une poussée mondiale / Les entreprises industrielles en ont été la première cible

Selon le dernier rapport de Lazard sur l’activisme actionnarial, le nombre de campagnes lancées à l’échelle mondiale a atteint un niveau historique au premier semestre de 2026. Une dynamique de progression qui a épargné l’Europe. Les campagnes ont été plus nombreuses, mais portées par un moindre nombre d’acteurs, reflétant la hausse de l’activité individuelle des activistes, tandis que les revendications des campagnes évoluent aussi avec leur temps.
La banque d'affaires Lazard publie son rapport sur l'activisme actionnarial. Photo : MATTHIEU ALEXANDRE / AFP
La banque d'affaires Lazard publie son rapport sur l'activisme actionnarial. Photo : MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

L’Europe tranche avec le reste du monde. D’après le traditionnel rapport de Lazard sur l’activisme actionnarial, ce dernier a atteint une activité record au titre des six premiers mois de 2026 : 184 nouvelles campagnes ont été lancées à l’échelle mondiale, soit un niveau historique pour un premier semestre. Cela traduit une hausse de 20 % sur un an et même de 38 % par rapport à la moyenne historique sur cinq ans. Les premier et deuxième trimestres de ce millésime 2026 constituent ainsi les deux trimestres les plus actifs jamais enregistrés.

Cette tendance a été portée par les États-Unis et l’Asie-Pacifique. L’activité américaine est restée engagée sur une trajectoire d’accélération, avec 89 campagnes observées (une hausse de 24 % en glissement annuel), tandis que l’Asie-Pacifique en a enregistré 65, soit une hausse de 55 % sur un an – ainsi qu’un niveau déjà proche du total annuel de l’an passé. En revanche, le calme a davantage répondu à l’appel sur le Vieux continent, comme cela avait déjà été observé l’an passé. Seules 23 campagnes européennes ont été signalées au premier semestre de 2026, ce qui correspond à un recul de 23 % sur un an et place leur nombre sous la moyenne sur cinq ans. Le Royaume-Uni est resté la juridiction la plus ciblée, précise le rapport de Lazard, puisque plus de la moitié des campagnes en Europe y ont été concentrées, à hauteur de 57 %, contre une moyenne historique de 39 %. « La France, les Pays-Bas et l’Irlande n’ont enregistré aucune nouvelle campagne au premier semestre 2026, ce qui contraste fortement avec leurs moyennes historiques, respectivement de 11 %, 6 % et 5 % », pointe l’étude de la banque d’affaires.

 

Les hedge funds toujours offensifs

 

Si les campagnes ont été plus nombreuses à l’échelle mondiale, c’est aussi le reflet d’activistes plus prolifiques. En effet, Lazard en a recensé 97 d’entre eux à avoir lancé des campagnes au cours du premier semestre, contre 108 un an plus tôt. C’est, en revanche, leur niveau d’activité individuelle qui a grimpé. Ainsi, 30 % d’entre eux ont mené plusieurs campagnes au premier semestre, contre 23 % à la même période de 2025. Les hedge funds occupent, en leur sein, toujours incontestablement le devant de la scène. Ils ont représenté près de 90 % des campagnes mondiales au premier semestre, un niveau supérieur de neuf points à la moyenne sur cinq ans. À l’inverse, le poids des investisseurs de long terme (5 %) est inférieur de cinq points à sa moyenne. Par ailleurs, la présence des primo-activistes s’est restreinte, puisqu’ils ont représenté 35 % des activistes et 17 % des campagnes. Un niveau, sur les deux plans, qui n’avait pas été aussi faible depuis 2022. Dalton Investments (17 campagnes, spécialiste de l’Asie-Pacifique), Elliott Management (13 campagnes, un bond de 86 % sur un an) et Oasis Management (10) trustent le haut du classement des activistes.

 

L’industrie en ligne de mire

 

Ce caractère offensif des activistes s’est accompagné d’une concentration des secteurs visés, puisque les cinq principaux d’entre eux rassemblent près de 85 % des campagnes mondiales, contre 68 % en moyenne historique. Ceci reflète notamment la forte progression des entreprises industrielles, qui ont représenté la cible principale des activistes (39 % des campagnes mondiales, à comparer à une moyenne historique de 21 %), à la faveur d’une forte activité en la matière observée en Asie-Pacifique. À titre de comparaison, le podium est ensuite composé du secteur technologique, qui pèse à hauteur de 13 %, et des institutions financières (12 %).

Si les campagnes de fusions-acquisitions restent le principal levier d’intervention (40 %) et que les demandes de changements de gouvernance (35 %) s’affichent aussi en hausse par rapport aux niveaux historiques, les campagnes liées à l’allocation du capital témoignent d’une très nette progression. Avec un niveau de 39 % des campagnes mondiales (contre 23 % en moyenne sur cinq ans), ces demandes portant sur des enjeux de création de valeur - principalement sur les rachats d’actions, les dividendes, les cessions d’actifs ou l’optimisation du bilan – prennent donc davantage leur part. Cette hausse a principalement été tirée par l’activité au Japon, où 29 campagnes en la matière ont été repérées (plus du double du premier semestre de 2025).

 

L’IA prend sa place au cœur des débats

 

Signe des temps, l’intelligence artificielle (IA), logée au sein des enjeux stratégiques, est par ailleurs devenue un nouveau thème d’activisme. Ces derniers ont en effet gagné en importance au sein des campagnes, précise Lazard, pesant à hauteur de 23 % de l’activité mondiale… soit plus du double de leur niveau historique.

Dans plusieurs domaines d’activité, notamment la technologie, les activistes n’hésitent ainsi pas à faire monter la pression quant à la feuille de route des entreprises en la matière : rythme d’adoption, monétisation des actifs technologiques ou allocation des investissements. Chez les sociétés du secteur technologique, les revendications stratégiques ont ainsi représenté près d’une campagne sur deux, avec un certain nombre d’entre elles portées sur la manière dont elles entendent prendre leur part sur le potentiel économique de l’IA.

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