Macro-économie / Taux / swap / Fed / Trésor
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Utiliser les lignes de swaps de la Fed comme outil de politique étrangère pourrait coûter cher à Washington / La demande pour le billet vert est intrinsèquement liée à l’indépendance de la Banque centrale
Un équilibre à traiter avec précaution. L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Fed n’a pas échappé aux équipes du Peterson Institute for International Economics (PIIE). Deux de ses membres viennent d’alerter sur la conséquence d’une augmentation du nombre de lignes de swap du Trésor ou de la Fed liée à des raisons géopolitiques. Une réflexion nourrie par l’octroi par l’administration Trump d’une ligne de swap du Trésor américain à l’Argentine l’an passé et d’une récente demande émanant des Émirats arabes unis visant à obtenir une ligne de swap de la Réserve fédérale. Des éléments qui « mettent en évidence le risque que les États-Unis recourent plus fréquemment à la liquidité en dollars comme outil de politique étrangère ».
Ce qui s’inscrit dans un futur dans lequel Kevin Warsh a laissé entendre que la Fed puisse s’en remettre au Trésor en matière de « diplomatie économique ». Cela pourrait déboucher sur un accord entre les deux institutions afin de s’entendre entre la taille et la composition du bilan de la Fed. Les deux auteurs expliquent qu’il est essentiel d’avoir à l’esprit que « seule la Fed peut jouer le rôle de prêteur en dernier ressort (LOLR) mondial en dollars — et non le Trésor. Or, si l’offre de services de prêteur de dernier recours non politisés diminue, la demande de dollars diminuera également ».
Spirale
Actuellement deux moyens sont à disposition des États-Unis pour fournir de la liquidité en dollars à l’étranger, d’un côté le Fond de stabilisation des changes (ESF) du Trésor et de l’autre la Fed. Là où les opérations de crédit de l’ESF ont régulièrement été menées pour des raisons géopolitiques, pour l’heure les lignes de swap de la Fed ont servi lors des crises financières mondiales ou bien à défendre le dollar. Au-delà des effets structurels sur les marchés financiers de voir la Fed agir à des fins de politique étrangère, les deux chercheurs redoutent de voir apparaître un processus qui « finira par saper l’indépendance de la Fed, nuisant à la stabilité des prix aux États-Unis et accentuant le recul mondial du dollar. À long terme, il se peut donc que la fourniture de dollars n’ait pas un coût nul pour les États-Unis ».
Le maintien de chacun dans son pré carré aurait donc des vertus non négligeables, d’autant plus qu’il semble aux membres du PIIE qu’une solution soit possible. À condition de renforcer les garde-fous existants, il est souhaitable à leurs yeux de voir le Trésor continuer à « être le principal intervenant lorsque les objectifs géopolitiques priment — sous réserve de garde-fous politiques nationaux et d’une obligation de rendre des comptes ». La nécessité de poser ces nouvelles règles est expliquée par le fait que les abus politiques de ces canaux de prêt à l’étranger ont certes été limités ces dernières années, pour autant les lois, des normes et des accords intergouvernementaux ne seraient plus suffisants.
Vieux continent
Les évolutions des rapports entre le Trésor et la Fed sont loin d’être un sujet concernant les seuls États-Unis. Michala Marcussen, chef économiste du groupe Société Générale, confiant à WanSquare que « la politisation des lignes de swap de la Fed fait partie des inquiétudes en cas de crise financière. Le fait que la BCE ne puisse éventuellement plus tirer sur ces lignes pourrait être problématique en cas de choc ».
Chaque décision d’ouvrir des lignes de swaps est également à analyser dans le contexte associé et en tenant compte du fait que d’autres institutions que la Fed en ouvrent également régulièrement. La Chine et la BCE en sont des exemples récents et l’opération de la Fed avec l’Argentine est quant à elle à analyser en prenant en compte une situation très particulière. Buenos Aires devant régulièrement donner des gages au FMI du redressement du pays.
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