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Entreprises / Actions / Ubisoft / Claude Guillemot

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Ubisoft / Claude Guillemot

Claude Guillemot emporte une part de l’histoire d’Ubisoft / Sa disparition survient à un moment charnière

La disparition de Claude Guillemot prive Ubisoft de l’un de ses bâtisseurs historiques. Cofondateur du groupe avec ses quatre frères en 1986, il s’éteint alors que l’éditeur français mène une profonde réorganisation destinée à restaurer sa rentabilité et à préserver son indépendance.
(Photo by Pascal GUYOT / AFP)
(Photo by Pascal GUYOT / AFP)

C’est une figure aussi discrète qu’essentielle du jeu vidéo français qui vient de disparaître. Claude Guillemot, cofondateur d’Ubisoft, est mort vendredi 19 juin dans le crash d’un avion de tourisme près de l’aérodrome de La Baule, en Loire-Atlantique. Âgé de 69 ans, l’homme était l’aîné des cinq frères Guillemot qui, en 1986, avaient lancé depuis Carentoir, dans le Morbihan, ce qui n’était alors qu’une modeste société de distribution de logiciels.

Resté en retrait de la lumière, loin de l’exposition médiatique de son frère Yves, actuel PDG du groupe, Claude Guillemot n’en occupait pas moins une place centrale. Membre du conseil d’administration d’Ubisoft, il y siégeait comme directeur général délégué en charge des opérations. En parallèle, il présidait Guillemot Corporation, maison mère de marques bien connues des joueurs comme Thrustmaster et Hercules, spécialisée dans les accessoires de jeu et les solutions audio. À eux cinq, Michel, Yves, Claude, Gérard et Christian auront incarné pendant près de quarante ans un capitalisme familial breton devenu, presque malgré lui, un acteur mondial du divertissement, éditeur notamment d’Assassin’s Creed, sa franchise historique de jeux d’action-aventure, de Far Cry, ou encore de Rainbow Six.

Le drame frappe la famille à un moment où le groupe traverse l’une des phases les plus délicates de son histoire. Lors de la présentation de ses résultats annuels, le 20 mai, au titre de l’exercice clos fin mars, la direction a décrit une transformation profonde, présentée comme une remise à plat à la fois organisationnelle, stratégique et financière. Recentrage du portefeuille de jeux, programme d’économies, lourdes dépréciations, calendrier de sorties allégé : autant de décisions revendiquées, dont le groupe assume qu’elles pèseront d’abord sur les comptes.

 

L’équation de la relance

 

« Ces choix délibérés ont entraîné des résultats financiers douloureux mais nécessaires à court terme, sur les exercices 2026 et 2027, avant le rebond significatif attendu en 2028 et 2029 », résumait Frédéric Duguet, le directeur financier, qui table sur un retour du free cash-flow en territoire positif en 2028 et sur un niveau robuste en 2029.

Pour tenir cette trajectoire, Ubisoft mise sur la relance de ses grandes franchises et sur ses jeux en service, Rainbow Six Siege en tête, tout en poursuivant la réduction de sa base de coûts. Le groupe a aussi renforcé son bilan via la création d’une filiale dédiée à ses licences phares, adossée à Tencent pour environ 1,2 milliard d’euros, opération censée lui redonner de la flexibilité. « Ce qui me rend confiant dans la réussite de cette transformation, c’est la très grande qualité du leadership que nous mettons en place dans toute l’organisation », déclarait Yves Guillemot en clôture de cette présentation. La disparition de l’un des piliers de ce leadership familial donne soudain à ces mots une autre résonance.

Car derrière la mécanique financière, c’est la question de l’indépendance du groupe qui demeure en suspens. Montée en puissance de Tencent au capital, refinancement de la dette encore en cours, restructuration toujours en exécution : la famille Guillemot avance sur une ligne de crête. « Le décès de Claude Guillemot intervient à un moment très difficile pour Ubisoft qui est en pleine réorganisation. Les cinq frères Guillemot ont toujours réussi à préserver jusqu’à présent l’indépendance de leur groupe, même si Tencent est devenu incontournable dans la structure ces dernières années », résume le cabinet Oddo BHF.

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