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Ubisoft opte pour une scission stratégique de ses franchises phares / Tencent renforce encore son emprise
Un carve-out salutaire. Cela faisait plusieurs mois que les dirigeants d’Ubisoft planchaient avec leurs conseils, parmi lesquels Crédit Agricole CIB et J.P. Morgan, sur la meilleure façon de redonner à l’éditeur de jeux des marges de manœuvre financières afin de soutenir son développement. Comme l’avait révélé La Lettre de l’Expansion, c’est bien le schéma d’une scission qui a été retenu, avec l’apport annoncé jeudi soir à une société ad hoc des droits et de la propriété intellectuelle des principaux jeux à succès de l’entreprise : Assassin’s Creed, FarCry et Tom Clancy.
Objectif : capitaliser sur ces licences phare, à la valeur estimée largement supérieure à celle de la capitalisation boursière d’Ubisoft. Pour ne citer qu’elle, la série Assassin’s Creed a vendu plus de 200 millions de copies vendues depuis son lancement en 2007, chaque nouvel épisode de la série constituant un événement. On comprend d’ailleurs encore mieux avec cette annonce combien Ubisoft jouait gros avec son dernier opus, Assassin’s Creed Shadow, finalement sorti le 20 mars après avoir été retardé à plusieurs reprises afin de garantir une qualité optimale. Un pari qui a porté ses fruits avec un très bon accueil critique et un démarrage commercial impressionnant : un million de joueurs dès le jour du lancement et trois millions en une semaine.
De fait, le groupe chinois Tencent, déjà actionnaire à 10 % d’Ubisoft, va investir 1,16 milliard d’euros dans cette nouvelle filiale en échange de près de 25 % de son capital, la valorisant, elle-seule, à près de 4 milliard d’euros, un chiffre très significativement supérieur à la capitalisation boursière du groupe, qui végète depuis de longs mois sous les 2 milliards d’euros, loin des sommets à plus de 10 milliards de l’été 2018.
Une dette nette quasiment divisée par deux
L’opération, prévue pour se conclure d’ici à la fin 2025, se traduira ainsi par une injection massive de cash qui va "soulage [r] significativement la photographie bilancielle du groupe avec une dette nette quasiment divisée par deux", observent les analystes du courtier TP ICAP. La dette du groupe s’établissait à 1,4 milliard d’euros à fin septembre 2024, illustrant une situation financière devenue tendue à la suite de plusieurs échecs commerciaux importants ces dernières années, à l’image de Star Wars Outlaws, qui avait essuyé de mauvaises critiques, et de Skull & Bones, dont le très coûteux développement étalé sur une décennie n’a pas été compensé par un retour sur investissement à la hauteur des attentes.
En bénéficiant d’investissements plus importants et de capacités créatives accrues, la nouvelle filiale "se concentrera sur le développement d’écosystèmes de jeux conçus pour devenir de véritables franchises multiplateformes pérennes", explique le groupe. Au-delà du niveau élevé de valorisation affiché par la nouvelle filiale, cette opération permet de cristalliser la valeur des actifs stratégiques du groupe en venant aussi sécuriser sa capacité à financer ses franchises phares sur le long terme. Vu la situation financière de la société, le sujet suscitait une inquiétude croissante, ce type de jeux classés triple-A nécessitant des investissements colossaux, avec un coût moyen de développement estimé à environ 150 millions d’euros, auquel s’ajoute un budget marketing pouvant représenter jusqu’à 75 % de ce montant.
Le revers de la médaille : comme l’observe le cabinet Oddo BHF, cette opération à venir "complexifie davantage la structure d’Ubisoft et renforce encore le contrôle de Tencent sur son capital". Plus que jamais, le groupe chinois se positionne comme l’héritier naturel à long terme d’Ubisoft.
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