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Ubisoft à la croisée des chemins / Le groupe s’en remet à des conseils externes pour évaluer ses options
Longtemps le symbole d’une indépendance audacieuse dans l’industrie du jeu vidéo, le premier éditeur français semble depuis quelque temps en quête de repères, à la fois stratégiques et opérationnels. En annonçant jeudi soir avoir mandaté des "conseils de premier plan" pour explorer des "options stratégiques et capitalistiques transformantes", Ubisoft reconnaît implicitement qu’il est confronté à une impasse.
Ce recours à des experts externes contraste avec la vision forte et l’indépendance farouche que le groupe n’avait pas hésité à mettre en avant pour résister à Electronic Arts il y a 18 ans, puis à Vivendi il y a huit ans. Une époque où le management du groupe, incarné par Yves Guillemot et soutenu par les actionnaires, avait montré une détermination sans faille.
Il est vrai que l’entreprise pouvait alors s’enorgueillir de ses succès commerciaux. Ubisoft était reconnu pour sa maîtrise des mondes ouverts et des récits immersifs, un savoir-faire qui semble aujourd’hui s’être effrité, peut-être en lien avec l’éviction en 2020 de plusieurs cadres historiques dans le sillage des scandales de harcèlement qui avaient frappé le groupe.
Toujours est-il que l’éditeur enchaîne les avertissements sur ses ventes. Un peu plus de trois mois après avoir prévenu qu’il ne fallait plus compter sur croissance solide de son "net booking", l'équivalent du chiffre d'affaires, pour l’exercice qui s’achèvera fin mars 2025, le groupe abaisse une nouvelle fois ses prévisions. Face à une fin d'année plus faible que prévu, il table dorénavant sur des ventes d'environ 1,9 milliard d'euros, contre 1,95 milliard d'euros visé précédemment.
Et comme lors de l’exercice 2023-2024, le groupe repousse la sortie d'un jeux majeur. Après un premier décalage de trois mois, Assassin's Creed Shadows, le nouvel opus très attendu de la célèbre franchise Assassin's Creed est encore retardé d’un mois pour permettre un peaufinage supplémentaire, afin de répondre aux retours des joueurs et d'assurer un lancement réussi. Une décision "raisonnable compte tenu de l'importance d'une sortie réussie et sans bug", mais qui "souligne les inquiétudes concernant l'exécution opérationnelle d'Ubisoft dans le développement de jeux", observe le cabinet de recherche indépendant AlphaValue.
La marge de manoeuvre financière se réduit
L’enjeu est important, puisque pour atteindre ses objectifs annuels, même révisés à la baisse, Ubisoft a besoin d'un très solide quatrième trimestre, avec un net bookings d'environ 975 millions d'euros, fortement dépendant du succès Assassin's Creed Shadows.
Mais au-delà du court terme, la question de l’indépendance du groupe se pose avec de plus en plus d’acuité. Le fait est que les paramètre de crédit du groupe "se sont nettement dégradées avec une consommation de liquidités importantes sur les derniers exercices, provoquant une hausse significative de l’endettement net et limitant ainsi les investissements nécessaires pour les prochains jeux vidéo", explique de son côté Octo Finances.
Si la position de trésorerie de 930 millions d’euros au 30 octobre (pour un endettement de 1,4 milliard d’euros) et l’absence d’échéance obligataire importante avant fin 2026 permettent à Ubisoft de réfléchir aux options offertes, "le groupe est obligé de s’adosser ou de nouer un partenariat pour se financer sur le moyen et long terme", souligne le cabinet d’analystes.
Les regards se tournent logiquement vers le groupe chinois Tencent, qui détient une participation directe de 9,8% dans Ubisoft avec 9,2% des droits de vote, ainsi qu’une participation de 49,9% dans la holding Guillemot Brothers Limited depuis 2022. Dans cette situation, Tencent dispose de l’avantage du temps, car plus la situation se détériore, plus son pouvoir de négociation augmente.
En attendant, Ubisoft se concentre sur la réduction de ses coûts. Le groupe évalue désormais leur diminution à 200 millions d'euros par an d'ici l'exercice 2025-26 par rapport à l'exercice 2022-23. Pour ce faire, il récemment arrêté le développement d'un jeu (XDefiant) et fermé trois studios de production dans des zones géographiques à coûts élevés. Des mesures qui peuvent constituer un pas en avant mais risquent de ne pas suffire à dissiper la perception d'Ubisoft comme une entreprise aux effectifs surdimensionnés.
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