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Start-up / Private Equity / Blackstone / Jonathan Gray

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Blackstone / Jonathan Gray

Pourquoi Blackstone reste résolument optimiste / Jonathan Gray défend ses convictions

L’IA, le crédit privé et l’immobilier ont un point commun aux yeux de Blackstone : les marchés en sous-estimeraient aujourd’hui le potentiel. Devant les investisseurs de Morgan Stanley, Jonathan Gray a défendu une vision résolument optimiste de l’économie et des grandes classes d’actifs du groupe.
Jonathan Gray, le patron de Blackstone (Photo by Patrick T. Fallon / AFP)
Jonathan Gray, le patron de Blackstone (Photo by Patrick T. Fallon / AFP)

« L’économie s’est révélée beaucoup plus résiliente que ce que les gens attendaient. » Invité cette semaine à la conférence financière de Morgan Stanley, Jonathan Gray, président de Blackstone, le plus grand gestionnaire d’actifs alternatifs du monde avec plus de 1 300 milliards de dollars d’encours, a livré un plaidoyer appuyé en faveur de l’économie américaine. Du Covid à la faillite de Silicon Valley Bank, en passant par la guerre en Ukraine puis le conflit au Moyen-Orient, chaque crise a selon lui nourri les craintes d’un ralentissement qui ne s’est finalement jamais matérialisé. « L’année s’est toujours terminée dans une meilleure situation que ce que les gens anticipaient », résume-t-il. Le dirigeant a notamment mis en avant la vigueur des entreprises détenues par Blackstone, dont les revenus ont progressé de 10 % au premier trimestre.

Plus encore, Jonathan Gray voit se dessiner deux puissants moteurs de croissance pour les années à venir. Le premier est déjà à l’œuvre : une vague sans précédent d’investissements dans les infrastructures numériques et énergétiques, alimentée notamment par les géants technologiques, dont cinq consacrent à eux seuls quelque 800 milliards de dollars à leurs dépenses d’investissement. « Je crois vraiment qu’un boom de l’emploi ouvrier se profile », affirme-t-il, citant sa filiale de centres de données QTS, où les effectifs mobilisés sur les chantiers sont passés de 10 000 à plus de 40 000 en un peu plus d’un an. Le second moteur pourrait être encore plus puissant : le choc de productivité que devrait générer la diffusion de la « superintelligence » dans l’ensemble de l’économie.

 

Toute la chaîne de valeur de l’IA

 

Cette confiance se traduit directement dans l’allocation du capital. Le groupe a déployé 36 milliards de dollars au cours des trois premiers mois de l’année, avec une priorité absolue : les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. « Pour nous, l’IA est avant tout une histoire d’infrastructures », résume Jon Gray. Derrière les modèles de langage et les applications, Blackstone voit surtout une explosion des besoins en énergie, en réseaux électriques et en centres de données.

Le groupe s’est ainsi positionné sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Énergies renouvelables, gaz naturel liquéfié, pipelines, équipements électriques, services aux utilities : autant d’activités autrefois considérées comme peu attractives et désormais propulsées au premier plan par l’essor de l’IA. Blackstone revendique également une position dominante dans les data centers, avec environ 160 milliards de dollars d’actifs existants, loués ou en construction, auxquels s’ajoute un pipeline d’investissement d’ampleur comparable.

L’ambition ne s’arrête pas aux infrastructures physiques. « Nous avons pris une décision stratégique très forte d’investir largement dans cet univers », explique Jon Gray. Le groupe a récemment annoncé un partenariat avec Google autour du développement d’infrastructures NeoCloud, assorti d’un engagement de 5 milliards de dollars. Blackstone est également actionnaire de plusieurs acteurs des modèles de langage et a noué une alliance avec Anthropic afin de diffuser les technologies d’IA générative dans ses participations.

 

Une machine à collecter intacte

 

L’intelligence artificielle constitue d’ailleurs un chantier interne tout aussi important. « C’est notre priorité absolue », insiste le dirigeant. Les applications concernent aussi bien la conformité réglementaire que l’analyse des investissements ou l’exploitation des données remontant des centaines d’entreprises détenues par le groupe. Blackstone utilise déjà ces outils pour accélérer ses diligences, améliorer ses processus internes ou identifier plus rapidement les risques et opportunités au sein de son portefeuille. Objectif : rendre les actifs plus performants et accroître leur rentabilité.

Cette stratégie ambitieuse est soutenue par une collecte toujours soutenue. Blackstone a levé environ 70 milliards de dollars au premier trimestre, répartis entre investisseurs institutionnels, compagnies d’assurance et clientèle patrimoniale. Contrairement aux craintes régulièrement exprimées sur le ralentissement du marché, Jon Gray affirme n’observer « aucun retrait » des grands investisseurs. Trois fonds ont dépassé leur plafond depuis le début de l’année, en crédit privé à haut rendement, en sciences de la vie et en private equity asiatique. Dans l’assurance, les encours progressent de 18 % sur un an, portés notamment par un partenariat de 9,5 milliards de dollars scellé avec le japonais Nippon Life. Quant à la gestion de fortune, après un trou d’air en avril et en mai provoqué par la guerre et le bruit autour du crédit privé, les flux ont rebondi de 50 % au 1er juin pour retrouver leur niveau du premier trimestre, le véhicule de private equity signant même sa meilleure collecte depuis son lancement. La gestion de fortune représente désormais 310 milliards de dollars d’encours, alors que les particuliers n’allouent encore qu’environ 1 % de leur patrimoine aux actifs privés.

 

Les IPO retrouvent des couleurs

 

Sur le front des sorties, le ton est également plus optimiste que chez nombre de ses concurrents. « Le marché des introductions en Bourse a vraiment repris pied », juge-t-il, fort d’une troisième IPO cette année avec Liftoff et de sept dossiers déposés aux États-Unis, en Europe et en Inde. Le dirigeant distingue toutefois les secteurs directement exposés à l’IA, qui bénéficient d’un fort appétit des investisseurs, des activités de services professionnels ou de logiciels, où la visibilité reste plus limitée.

 

Réponse aux Cassandre du crédit privé

 

Même volonté de battre en brèche le pessimisme ambiant sur le crédit privé. « Les prophètes de malheur du crédit privé vont être déçus », tacle Jonathan Gray. Le dirigeant met en avant des portefeuilles affichant un levier inférieur à une fois, contre treize fois pour les banques, des prêts accordés à environ 40 % de la valeur des actifs et quelque 700 emprunteurs distincts. De quoi relativiser les scénarios alarmistes qui fleurissent depuis plusieurs mois.

Reste l’immobilier, où après quatre années difficiles, le groupe estime que le point bas se rapproche. Le rebond n’est selon Jonathan Gray « qu’une question de quand, pas de si », alors que la chute des mises en chantier, en baisse des deux tiers par rapport à leur pic dans plusieurs segments, commence à soutenir les fondamentaux du marché. Blackstone voit notamment dans la logistique, portée par le commerce en ligne et la réindustrialisation, l’un des compartiments les mieux positionnés pour bénéficier du redressement du secteur.

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