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BPCE déploie son nouveau dispositif portugais / novobanco et le pari des synergies de revenus

Le Portugal est devenu le deuxième marché domestique de BPCE. Un mois après le rachat de novobanco, le groupe mutualiste dévoile à Lisbonne les premiers contours du dispositif qu’il entend désormais déployer dans le pays. Entre croissance supérieure à la moyenne de la zone euro, finances publiques assainies et tissu dense de PME, BPCE voit dans le Portugal un terrain particulièrement favorable pour accélérer sa stratégie européenne autour de novobanco et de Natixis.
Nicolas Namias, président du directoire de BPCE, entouré du ministre portugais de l’Économie, du maire de Lisbonne Carlos Moedas et d’Etienne Huret, responsable de Natixis in Portugal, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de Natixis à Lisbonne, le 29 mai 2026.
Nicolas Namias, président du directoire de BPCE, entouré du ministre portugais de l’Économie, du maire de Lisbonne Carlos Moedas et d’Etienne Huret, responsable de Natixis in Portugal, lors de l’inauguration des nouveaux locaux de Natixis à Lisbonne, le 29 mai 2026.

« Nous devons devenir la banque des relations franco-portugaises. » Fin mai, Nicolas Namias est à Lisbonne. Un mois après le closing de l’acquisition de novobanco, le management de BPCE a convié la presse dans la capitale portugaise, désormais devenue le deuxième marché domestique du groupe mutualiste. Entre la découverte des équipes de novobanco et l’inauguration des nouveaux locaux de Natixis Portugal, le déplacement lisboète donne un premier aperçu très concret du dispositif que BPCE entend désormais déployer au Portugal.

Avec novobanco, BPCE joue une partie très stratégique. Annoncée en juin 2025, signée en deux temps en août puis en octobre avant d’être finalisée le 30 avril 2026, l’opération constitue la plus importante acquisition bancaire transfrontalière réalisée dans la zone euro depuis plus de dix ans. Elle marque surtout une nouvelle étape dans la feuille de route européenne portée par le plan Vision 2030 du groupe mutualiste. Quelques semaines plus tôt, BPCE avait déjà illustré cette ambition depuis l’Allemagne autour de BPCE Equipment Solutions - l’entité née du rachat à Société Générale de sa filiale SGEF - afin de renforcer sa présence européenne dans le financement d’équipements. « Parler aujourd’hui de novobanco et de ce que nous pouvons construire demain avec cette banque, c’est parler de l’ambition européenne de BPCE », a souligné Nicolas Namias devant les journalistes réunis au siège de la banque portugaise.

Le patron de BPCE défend l’idée qu’un grand groupe bancaire français ne peut plus uniquement raisonner à l’échelle nationale. Diversifier les géographies, les métiers, les bilans ou encore les cycles économiques permet selon lui de renforcer simultanément les revenus et la résilience du groupe.

 

Un « perfect match » portugais

 

Pourquoi le Portugal ? « La croissance y est de l'ordre de 2 %, deux fois supérieure à l'eurozone. Le surplus budgétaire est de 0,7 %. Le ratio de dette sur PIB est inférieur à 90 %. ». Des performances qui ne sont pas le fruit du hasard. Le Portugal a mené une politique de désendettement avec une constance rare - les gouvernements se sont succédé sans remettre en cause les grands équilibres - et cette discipline macroéconomique a fini par produire une économie dont les fondamentaux figurent aujourd’hui parmi les plus solides du continent.

De surcroît, l’économie portugaise se caractérise par un tissu particulièrement dense de PME et d’entreprises de proximité. « Vous savez combien c’est important pour BPCE, on est la première banque de PME en France », poursuit Nicolas Namias, rappelant que novobanco occupe justement la deuxième place sur ce segment au Portugal. De fait, cette proximité entre les structures économiques des deux pays renforce encore la logique industrielle du rapprochement.

À cela s’ajoute une logique de diversification bilancielle. La banque de détail française fonctionne très majoritairement à taux fixe, les établissements portant donc le risque de taux sur leurs crédits. Le Portugal, comme la plupart des marchés d’Europe du Sud, repose au contraire largement sur des prêts à taux variable. En entrant sur ce marché, BPCE introduit ainsi une composante plus variable dans son bilan, un élément de diversification jugé particulièrement précieux dans un environnement de taux devenu beaucoup plus volatil ces dernières années.

Autant d’éléments qui nourrissent, côté BPCE, la conviction d’un véritable « perfect match ». En privé comme en public, les dirigeants du groupe insistent sur la proximité des cultures bancaires, des positionnements domestiques et des logiques de développement entre BPCE et novobanco.

 

Un actif rentable et assaini

 

BPCE récupère aussi une banque déjà largement assainie et restructurée. Profondément reconstruit ces sept dernières années sous la houlette de Mark Bourke, arrivé à la direction générale en 2019 durant l’ère Lone Star puis confirmé par BPCE, Novo Banco apparaît aujourd’hui comme un établissement recentré sur ses métiers de base et fortement rentable.

Son bilan est propre : quasi zéro actifs non-performants, ratio de fonds propres de 19,2 %, résultat net de 828 millions d'euros en 2025. « Nous faisons un très petit nombre de choses et nous essayons de les faire bien », résume Mark Bourke.

Ce qui manque encore à novobanco correspond précisément aux expertises que BPCE peut désormais lui apporter. La banque dispose d’une présence limitée en assurance et en gestion d’actifs, n’est pas positionnée dans le financement d’équipements et ne bénéficiait jusqu’ici d’aucune véritable capacité d’accès aux marchés de capitaux pour accompagner ses grands clients entreprises. L’arrivée de Natixis CIB change désormais profondément la donne. « novobanco pourra s’appuyer sur Natixis CIB pour sa clientèle corporate », souligne Nicolas Namias. Pour les PME, « le cœur de ce qu’est Novo Banco », insiste-t-il, BPCE entend également apporter ses expertises dans le financement d’équipements ou le factoring. Le groupe veut enfin renforcer l’offre destinée aux particuliers, notamment dans la gestion d’actifs, l’assurance vie et le crédit à la consommation.

 

Natixis Portugal, pierre angulaire du dispositif

 

Dans ce contexte, l’inauguration, le 29 mai, des nouveaux locaux de Natixis in Portugal sur le campus Oriente à Lisbonne, en présence notamment du ministre portugais des Finances et du maire de Lisbonne Carlos Moedas, vient illustrer la profondeur de l’ancrage déjà construit par BPCE dans le pays, bien avant le rachat de novobanco.

Le groupe est présent dans le pays depuis 2017, date d’ouverture du centre de Porto. Ce qui n’était alors qu’une structure technique dédiée à Natixis, centrée principalement sur l’IT et forte de quelques centaines de collaborateurs, est progressivement devenu un centre de services interne couvrant l’ensemble des métiers du groupe : banque d’investissement, gestion d’actifs, administration, finance ou conformité. Natixis in Portugal emploie désormais 3 300 collaborateurs issus de 46 nationalités, avec un objectif de 4 000 personnes à horizon deux à trois ans. novobanco vient désormais s’insérer dans ce dispositif portugais déjà largement structuré.

 

Intégrer Novo Banco sans l’absorber

 

Reste l’enjeu de l’intégration. Une mission confiée à Olivier Delay, ancien directeur général de Natixis CIB Americas à New York, présent dans le groupe depuis près de vingt ans et chargé, pour les deux prochaines années, de piloter le rapprochement entre novobanco et BPCE.

Le chantier entre désormais dans sa phase opérationnelle. Olivier Delay décrit volontiers l’intégration avec une comparaison empruntée à la construction européenne : lorsqu’un nouveau pays rejoint l’Union européenne, il conserve son autonomie, tout en intégrant progressivement un cadre commun de contrôle et de fonctionnement. Même logique ici. novobanco doit continuer à fonctionner comme banque domestique portugaise, tout en s’insérant progressivement dans les standards de pilotage, de risques et de conformité du groupe BPCE.

L’intégration a été pensée en plusieurs étapes. D’abord le « Day One », destiné à assurer une continuité opérationnelle immédiate au moment du closing. Puis une phase d’environ cent jours consacrée à la mise en place des dispositifs de contrôle, de gestion des risques et de conformité. Enfin, une phase plus longue de développement et de déploiement des synergies, projetée jusqu’à fin 2027.

« Le principe est toujours cette notion d’équilibre entre l’autonomie opérationnelle de novobanco et un cadre défini avec BPCE », résume Nicolas Namias. La gouvernance a d’ailleurs été construite dans cette logique. Mark Bourke reste directeur général de novobanco et rejoint le comité exécutif élargi du groupe. Plusieurs fonctions de contrôle sont en revanche directement connectées à BPCE, notamment la finance, les risques et la conformité.

 

Les enseignements de BPCE Equipment Solutions

 

Le groupe insiste sur un point : l’opération ne repose pas sur des synergies de coûts classiques. Pas de grand plan social, ni de fusion d’infrastructures ou de rapprochement de réseaux. BPCE met avant tout en avant les synergies de revenus permises par l’élargissement des expertises proposées aux clients entreprises, PME et particuliers de novobanco, une approche en ligne avec la culture de développement de long terme du groupe mutualiste.

L’intégration s’appuie sur les enseignements tirés de BPCE Equipment Solutions, acquis début 2025 et déjà érigé par BPCE en référence pour ses opérations européennes. « Nous avons énormément appris avec BPCE Equipment Solutions, et c’est sur cette expérience que nous construisons aujourd’hui l’intégration de novobanco », souligne Nicolas Namias.

En dix-huit mois, BPCE a ainsi mené plusieurs projets structurants à l’échelle européenne : BPCE Equipment Solutions dans le financement d’équipements, la plateforme de monétique E-Stream avec BNP Paribas, puis Novo Banco au Portugal. À côté du projet Generali Asset Management finalement abandonné, « sur les quatre grands projets européens que nous avons lancés, trois ont été menés à bien », relève Nicolas Namias, revendiquant la montée en puissance du groupe sur le Vieux Continent.

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