Régulation / Concurrence
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L’AMF est plus que jamais sur tous les fronts / Après une année 2025 de mobilisation, le programme s'annonce tout aussi chargé en 2026
Réguler la finance, renforcer la confiance. Dans un environnement géopolitique tendu et face aux évolutions technologiques qui avancent à marche forcée, l’Autorité des marchés financiers (AMF) entend bien poursuivre ce cap donné à son action. À l’occasion de la présentation du rapport annuel du gendarme boursier, sa présidente, Marie-Anne Barbat-Layani, est revenue sur les actions menées par l’AMF l’année dernière et depuis le début de 2026. Autant de travaux s’étant notamment concentrés autour de trois priorités : créer les conditions pour une Place toujours plus sûre et résiliente, développer les marchés de capitaux européens et l’attractivité de la Place de Paris et bâtir un cadre propice à une finance innovante.
Le tout s’inscrivant au cœur d’un contexte pour le moins mouvant. En établissant sa cartographie des risques l’année dernière, l’Autorité des marchés financiers (AMF) avait par exemple identifié ceux liés aux incertitudes géopolitiques, ainsi qu’à la cybersécurité, comme les plus susceptibles d’affecter le monde financier et les investisseurs. Malheureusement, le temps lui aura donné raison. « L’environnement dans lequel nous travaillons est de plus en plus instable et exigeant. C’est pourquoi la stabilité financière, c’est-à-dire la prévention des crises, est plus que jamais un axe central de notre action », a souligné Marie-Anne Barbat-Layani, lors de la présentation.
Des signaux de bon augure, comme d’attention
Il faut dire que les marchés financiers ont récemment traversé plusieurs épisodes de tension. Certes, ils ont réagi de manière plutôt résiliente, à ce stade, à la guerre en Iran, bien que la volatilité se soit accrue et les valorisations ont été corrigées. Cela a aussi démontré des progrès accomplis, en matière de solidité, par le secteur financier depuis la crise de 2008. En revanche, ces incertitudes ont confirmé de nouvelles fragilités sur les marchés de capitaux, a indiqué Marie-Anne Barbat-Layani : valorisations élevées, concentration des indices boursiers, importances des stratégies à effet de levier, évolution des structures de marchés, entre autres.
Le développement très rapide de la finance privée suscite aussi des interrogations, au regard de liens avec la finance traditionnelle qui restent trop peu analysés et régulés, alors que le secteur rencontre sa première crise de croissance, avec les difficultés de certains fonds de dette aux États-Unis. C’est pour toutes ces raisons que l’AMF consacre une partie importante de ses travaux à la résilience de la finance de marché. À l’été 2025, elle a par exemple lancé un premier test de résistance trans-sectoriel avec la Banque de France et l’ACPR, visant à analyser les interactions entre les secteurs bancaires et non bancaires en situation de tension, et leurs impacts sur la stabilité financière. Le rapport final est attendu pour la fin de l’année.
D’un autre côté, les avancées toujours plus rapides des nouvelles capacités d’intelligence artificielle (IA), notamment sur les « IA frontières », représentent un défi sans précédent en matière de cybersécurité, à laquelle le monde financier doit donc activement se préparer. Engagée sur des travaux multilatéraux visant à permettre de mesurer l’impact des nouvelles technologies sur la finance, c’est également en ce sens que l’AMF adressera dans les prochains jours une communication sur la résilience cyber, ainsi que les actions qu’elle mettra en œuvre ces prochains mois.
D’autres défis pour la résilience et l’intégrité de la Place
Les évolutions de ce monde rappellent l’importance de protéger les épargnants, la première des priorités de l’AMF, dans un contexte marqué par la démocratisation de l’investissement en Bourse et par d’autres défis amplifiés par la digitalisation, l’IA et les réseaux sociaux. Par exemple, 16 % des Français déclarent avoir déjà été victimes d’une escroquerie financière. Un chiffre qui grimpe à 32 % chez les moins de 35 ans. Alors que les échanges se poursuivent avec les plateformes en ligne pour obtenir leur coopération, l’AMF fera cette année de nouvelles propositions pour bloquer les contenus illicites. Mobilisée sur le sujet de l’éducation financière, l’AMF lancera aussi à l’automne prochain le troisième volet de sa campagne dédiée aux nouveaux investisseurs, afin de les mettre en garde contre la « game-ification » continue de cette pratique.
Autre défi pour l’intégrité du système financier et la protection des épargnants : la montée en puissance des réseaux internationaux d’initiés, liés au blanchiment des capitaux de la criminalité organisée. Si l’AMF coopère d’ores et déjà étroitement avec les autorités compétentes et ses homologues internationaux, un renforcement de ses outils répressifs apparaît ainsi indispensable, a rappelé Marie-Anne Barbat-Layani. Les réflexions conduites depuis 2023 ont participé à la construction de la proposition de loi du député Daniel Labaronne, déposée en septembre 2025.
Une partie de cette proposition a été adoptée dans le cadre de la loi visant à lutter contre les fraudes sociales et fiscales (par exemple en permettant au Parquet national financier de saisir les enquêteurs de l’AMF, aux côtés d’un service d’enquête judiciaire, pour mener directement les enquêtes). « Nous ne baissons pas les bras et attendons toujours l’adoption des autres dispositions figurant dans cette proposition de loi. Notamment la disposition qui est directement en lien avec la protection des investisseurs, la digitalisation et le développement des arnaques en ligne. Nous demandons de disposer de la possibilité d’analyser, à la fois, de manière automatisée les contenus accessibles sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne et d’utiliser une identité d’emprunt pour investiguer de manière plus efficace », a expliqué la présidente de l’AMF.
Contribuer aux réflexions européennes et soutenir l’innovation
Dans un environnement où la puissance repose, toujours plus, sur la capacité à mobiliser les ressources financières nécessaires à la souveraineté des choix politiques, a rappelé Marie-Anne Barbat-Layani, accélérer sur l’Union de l’épargne et de l’investissement (UEI) apparaît aussi plus que jamais nécessaire. Les propositions de la Commission européenne, faites en fin d’année dernière, qui pourraient permettre de transférer un certain nombre de compétences à l’ESMA et de renforcer ses pouvoirs de supervision directe, apparaissent ainsi particulièrement bienvenues. Un projet soutenu de longue date par l’AMF. « Nous avons les cartes en main pour faire avancer collectivement l’UEI. C’est le grand projet financier européen de notre génération, d’une ampleur et d’une importance équivalentes à celui de la monnaie unique, dont on voit depuis lors les bénéfices », a indiqué la présidente de l’AMF, rappelant par ailleurs que la moins bonne tenue des marchés européens (par rapport aux États-Unis et à l’Asie) depuis le début de la guerre en Iran reflétait le manque de fluidité et d’unification des marchés de capitaux européens.
Une Europe forte implique que chacun de ses maillons le soit aussi. Le fait est que si Paris est le premier centre financier du Vieux continent, renforcer son attractivité demeure un travail continu. De quelle manière l’AMF œuvre-t-elle à cette tâche ? En respectant son engagement de ne pas surtransposer les réglementations européennes, en coopérant avec d’autres autorités de régulation – à l’instar de l’accord de coopération récemment signé avec celle du Canada pour faciliter les cotations croisées des valeurs mobilières. Mais aussi en apportant donc un soutien continu aux innovations, au premier rang desquelles se situe l’IA, la tokenisation, ou les cryptoactifs. « C’est l’ADN de cette maison », a assuré Marie-Anne Barbat-Layani. À l’approche de la fin de période transitoire, les équipes du régulateur restent par exemple mobilisées pour instruire les dossiers reçus dans le cadre du règlement européen MiCA sur les marchés des crypto-actifs. De même, le groupe de place sur la tokenisation, formé avec la Banque de France et la direction générale du Trésor, livrera ses premières recommandations à l’été.
Un programme donc bien chargé, nécessitant a fortiori des moyens. « Nous sommes en pleine préparation du projet de loi de finances pour 2027, dans un contexte que nous savons difficile. L’AMF est parfaitement consciente de ses responsabilités en tant qu’entité publique, nous avons fait d’énormes progrès d’organisation et d’économies. Mais nous avons aussi beaucoup de nouvelles missions, qu’elles soient européennes ou nationales », a relevé Marie-Anne Barbat-Layani, appelant de ses vœux à ce qu’une trajectoire pluriannuelle de rattrapage des moyens de l’AMF puisse advenir en 2027, conformément aux recommandations de la Cour des comptes.
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