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Le M&A mondial dopé par les mégafusions / Le grand retour des acquéreurs stratégiques
Le premier trimestre 2026 a retrouvé l’intensité des grandes années du M&A. « The loudest quarter on record », résume PitchBook dans son dernier rapport mondial. Les chiffres donnent effectivement le vertige : 1 600 milliards de dollars de transactions annoncées dans le monde, un record historique selon la société d’études, en hausse de plus de 50 % sur un an. Derrière ce spectaculaire rebond, la réalité apparaît toutefois plus nuancée. L’essentiel de la dynamique provient d’une poignée de mégafusions, tandis qu’une partie du marché reste freinée par le coût du financement, les tensions géopolitiques et les interrogations persistantes autour de certaines valorisations technologiques.
Les leaders stratégiques se paient au prix fort
Après plusieurs années de prudence dictée par la remontée des taux, le retour en force des acquéreurs stratégiques constitue l’un des mouvements les plus structurants du trimestre. Cette réactivation de la concurrence entre groupes industriels et fonds d’investissement a contribué à retendre les valorisations. Le multiple médian EV/Ebitda atteint désormais 10,7 fois, contre 9,8 fois fin 2024, au-delà même des niveaux de normalisation observés après l’euphorie de 2021.
Cette remontée reste toutefois très concentrée. Les opérations supérieures à 5 milliards de dollars se négocient à près de 14 fois l’Ebitda, quand les transactions inférieures à 100 millions demeurent proches de 8 fois. L’expansion des multiples reste donc essentiellement un phénomène de haut de marché. « Les sponsors et les corporates paient une prime pour l’échelle et le leadership de marché, tandis que les actifs moins différenciés n’ont pas bénéficié de la même revalorisation », souligne PitchBook. En d’autres termes, les acheteurs acceptent de payer très cher les actifs considérés comme stratégiques ou difficilement réplicables, sans que cette inflation des valorisations ne se diffuse réellement au reste du marché.
Le trimestre porte d’ailleurs l’empreinte d’une poignée de transactions hors normes. L’opération xAI, valorisée 250 milliards de dollars, a à elle seule représenté près d’un quart de la valeur totale du M&A nord-américain au premier trimestre. L’activité dans la région a certes atteint 1 022 milliards de dollars, un record historique, mais PitchBook reconnaît que cette seule opération « déforme la lecture du marché ». Même constat en Europe, où « les dix plus grandes opérations du trimestre ont représenté plus du double de la moyenne des huit trimestres précédents ».
La France à deux vitesses du M&A
La France illustre assez bien cette dissociation entre l’impression de retour en force du marché et une activité sous-jacente plus étroite. Selon les données préliminaires de LSEG, les opérations impliquant un acteur français ont atteint 48,5 milliards de dollars depuis le début de l’année, soit une hausse de 50 % sur un an. Mais cette hausse masque un net recul du nombre de transactions annoncées, en baisse de 33 %. Surtout, la dynamique provient presque exclusivement des opérations transfrontalières. Les acquisitions réalisées à l’étranger par des groupes français ont plus que triplé, à 29,2 milliards de dollars, principalement sous l’effet de l’offre d’Engie sur UK Power Networks.
À l’inverse, le marché domestique français s’est quasiment figé. Les opérations franco-françaises chutent de 83 %, à seulement 1,6 milliard de dollars, leur plus bas niveau depuis huit ans selon LSEG. Les acquisitions de groupes français par des acquéreurs étrangers reculent également de 10 %, tombant à un point bas de deux ans. La France demeure une place active pour les grands mouvements internationaux, mais beaucoup moins pour le tissu intermédiaire domestique.
L’énergie attire les capitaux, l’IA déstabilise le software
La polarisation du marché se retrouve aussi sectoriellement. L’énergie s’impose comme le grand gagnant du trimestre mondial. PitchBook note que les multiples du secteur ont bondi de 36,5 %, portés par la demande autour des infrastructures et de la transition énergétique. A l’inverse, la technologie donne des signes de fatigue derrière les chiffres flatteurs du trimestre : hors transaction xAI-SpaceX, la valeur des opérations technologiques a chuté de 52,5 % sur le trimestre. Le constat est particulièrement marqué dans le software, où l’essor de l’intelligence artificielle commence à brouiller les perspectives de valorisation. « Les inquiétudes liées aux disruptions provoquées par l’IA » pèsent désormais sur certains actifs technologiques, écrit PitchBook, tandis que les prêteurs se montrent plus prudents sur les gros financements d’acquisitions.
Le rapport évoque également les tensions croissantes sur le private credit, confronté à des demandes de rachats qui compliquent le financement des grands LBO technologiques, même lorsque les sponsors ont identifié des cibles attractives. La santé, en recul de 21,4 % sur le trimestre, et les services financiers, en baisse de 32,2 %, complètent le tableau des secteurs à la traîne.
Des conditions de financement un peu moins favorables
Le retournement des conditions de financement dans les dernières semaines du trimestre constitue le principal facteur de risque pour la suite. Le début d’année avait bénéficié d’un environnement de financement encore très favorable, mais la situation s’est tendue à mesure que les inquiétudes liées à la guerre avec l’Iran et au retour des tensions inflationnistes ont refait surface. « Les investisseurs sont devenus plus sélectifs et le coût du financement a augmenté », avertit PitchBook. Les meilleurs dossiers continuent à trouver du financement, parfois dans des montants considérables, mais les actifs plus risqués commencent déjà à rencontrer davantage de résistance.
Dans ce contexte, l’Europe apparaît paradoxalement comme une zone de relative attractivité. Les acquéreurs nord-américains ont déployé 117,5 milliards de dollars vers des cibles européennes au premier trimestre, davantage que les flux dans l’autre sens. PitchBook explique ce déséquilibre par des valorisations plus faibles en Europe et des conditions de financement plus favorables grâce à des taux plus bas qu’aux États-Unis. Une partie du regain du M&A mondial repose ainsi sur un arbitrage géographique : les acheteurs américains continuent à chercher de la croissance, mais désormais à meilleur prix.
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