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LVMH / Bernard Arnault
LVMH revendique sa force tranquille / Le temps long face aux vents contraires
« Dans les affaires, il faut toujours être patient. Quand on s'énerve trop, ça ne donne rien. Je dis ça au hasard. » La salle a souri. L’assemblée générale du 23 avril de LVMH s’ouvrait pourtant dans un climat peu propice à l’euphorie. La crise au Moyen-Orient a pesé sur mars, amputant d’un point la croissance organique du premier trimestre. À cela s’ajoutent l’euro fort, les droits de douane américains et la surtaxe exceptionnelle française reconduite.
L’an dernier déjà, les obstacles étaient nombreux. L’exercice 2025, soumis au vote des actionnaires, n’avait rien d’un millésime euphorique. Le groupe a dégagé plus de 81 milliards d’euros de chiffre d’affaires publié et 17,8 milliards de résultat opérationnel courant, en repli de 9 %, affecté notamment par la force de l’euro. Cécile Cabanis, directrice financière, a insisté sur la résilience du modèle : « Si on enlève l’effet de change, le résultat opérationnel courant aurait baissé de 4%. » Elle a surtout mis en avant une génération de trésorerie robuste, avec un cash-flow disponible d’exploitation de 11,3 milliards d’euros, en hausse de 8 %, permettant de ramener l’endettement net à 7 milliards. Elle a également souligné qu’au premier trimestre 2026, LVMH avait « continué à croître organiquement à plus 1%, avec des tendances qui se sont améliorées dans la plupart des activités », la Chine, l’Asie et les États-Unis restant bien orientés malgré le choc géopolitique de mars.
Bernard Arnault n'a pas cherché à minorer les vents contraire, mais il les a systématiquement replacés dans un cadre plus large : celui d'un groupe dont les fondamentaux restent solides et dont les ambitions à moyen terme sont intactes, le président-directeur général s’appliquant à déplacer le regard des actionnaires du trimestre vers le temps long. « Ce qui me passionne, ce qui me motive, ce qui m’amuse, c’est comment sera le groupe, quels seront les avantages du groupe dans 5 ans. »
A cet horizon, Tiffany doit devenir « la première marque de joaillerie au monde » : « On n’en est pas loin, mais on n’y est pas encore. » Dior, depuis l'arrivée de Jonathan Anderson, est présentée comme une maison en effervescence - « on a du mal à livrer les produits, tellement la demande est forte ». Sephora, absent encore de la moitié des pays du monde, est décrit comme une machine de croissance à long terme. Et pour illustrer la stratégie de montée en gamme chez Vuitton, Bernard Arnault a sorti sa montre : « Je porte ce matin une montre (...) sur laquelle un de mes héros, Einstein. Et si vous appuyez sur un petit bouton (...) Einstein tire la langue. » La Fabrique du Temps, atelier horloger acquis en 2011, incarne cette logique du tout-artisanal : un horloger, une montre de A à Z, 600 heures de travail pour certaines pièces.
Le fondateur du groupe a consacré une part significative de son intervention à rappeler le poids économique et industriel du groupe en France. LVMH compte 200 000 collaborateurs dans le monde, dont 40 000 emplois directs dans l’Hexagone, ainsi que 117 ateliers de production et d’artisanat. L'entreprise y a également acquitté 5,5 milliards d’euros d’impôts en 2025, dont « près de la moitié en France ». Le message était limpide : souligner ce que LVMH apporte au pays. La réserve qui suivait l’était tout autant : « les producteurs français, de manière générale, (…) ne sont pas forcément poussés à continuer à investir et à fabriquer en France, par un certain nombre de mesures fiscales. »
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