Publications, Résultats / Thales
Publications, Résultats
Thales
Thales bien lancé dans le cycle du réarmement, mais paie sa retenue / Le marché attendait davantage
Difficile, à première vue, de trouver matière à déception. Thales a ouvert 2026 avec 5,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires trimestriel, en hausse organique de près de 10 %, tandis que les commandes grimpaient de 27 %, avec un directeur financier, Pascal Bouchiat, assurant voir les choses avec un ton « probablement même un peu plus positif qu’il y a quelques mois ». En Bourse, le verdict est tout autre : l’action cédait 5 % mardi après-midi, autour de 250 euros.
Car derrière la bonne tenue d’ensemble, deux points précis ont nourri la retenue du marché. Premier sujet, les commandes. À 4,652 milliards d’euros, elles progressent fortement sur un an, tirées par la Défense, mais ressortent sous le consensus compilé par la société, qui visait 4,845 milliards. L’écart reste modéré, mais il compte dans un dossier redevenu exigeant après le rally du secteur. D’autant que la comparaison flatteuse repose en partie sur sept grandes commandes supérieures à 100 millions d’euros, pour 1,615 milliard au total, quand la granularité des contrats plus modestes n’accélère que plus modérément.
« Regarder les prises de commandes sur une base trimestrielle peut être trompeur », tempère Pascal Bouchiat, alors que, justement, la forte contribution des grandes commandes introduit mécaniquement de la volatilité d’un trimestre sur l’autre.
Le cyber sous le regard du marché
Deuxième point de friction, la division "Cyber", dont les activités affichent un recul organique de 1,3 % au premier trimestre. Le groupe l’avait anticipé : « Dans le cyber, l’année a démarré lentement, comme prévu », remarque le directeur financier. Un argument qui passe modérément dans un contexte de marché où la cybersécurité constitue l’un des angles d’attaque privilégiés des analystes sur la valeur. Pascal Bouchiat se veut rassurant sur les facteurs de redressement : un turnover commercial revenu à des niveaux normaux, aux alentours de 15 % après un pic à 25 % en 2025, des forces de vente remises en ordre et correctement incentivées. Le retour à une croissance positive est attendu « dès le deuxième trimestre », pour atteindre un objectif de mid-single-digit sur l’année.
Au centre du réarmement
L’enjeu du dossier est plus large : la défense change d’échelle. Le directeur financier n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre que Thales se trouve à l’intersection de tous les vents porteurs du moment. Sur la mise à jour de la loi de programmation militaire française, il a rappelé que les neuf domaines prioritaires identifiés, des effecteurs à la défense aérienne en passant par la guerre électronique, l’espace ou les drones, correspondent tous à des positions établies du groupe : « Nous cochons toutes les cases. » Sur la durabilité de la demande dans la région du Golfe, il a insisté sur une lecture de long terme : « Ce n’est pas seulement à court terme que ces pays souhaitent être mieux équipés. » Et sur le signal général que lui envoie l’environnement géopolitique : « Mois après mois, nous voyons des signaux, tous dans la même direction, témoignant de vents favorables clairs pour notre activité 'Défense'. »
Mais Thales refuse pour l’instant de monétiser trop vite cette nouvelle donne dans ses objectifs annuels. La branche a enregistré 14,3 % de croissance organique sur le trimestre et 2,24 milliards d’euros de prises de commandes, en hausse de 75 %. Et dans un contexte de réarmement qui fait de Thales l’un des bénéficiaires les plus visibles du cycle, certains investisseurs espéraient un relèvement ou, à défaut, un message franchement offensif sur les perspectives. Ils n’ont obtenu ni l’un ni l’autre.
Rendez-vous en juillet
La raison : une posture prudente sur le reste de l’année, compte tenu de plusieurs tensions persistantes dans la chaîne d’approvisionnement, qu’il s’agisse de pièces mécaniques, de composants électroniques, mais aussi de certains matériaux et charges indispensables à la fabrication des effecteurs, c’est-à-dire des missiles et autres systèmes d’interception. Sur l’avionique, la crise du Moyen-Orient fait planer un risque sur les activités de maintenance et de services à partir du deuxième trimestre, les compagnies aériennes commençant à réduire leurs capacités face à la hausse du kérosène. La biométrie est également surveillée, un effet collatéral de la crise au Moyen-Orient, dans la mesure où ces activités restent corrélées aux flux de voyageurs.
Le moment choisi pour une éventuelle révision de la guidance est clairement affiché : mi-juillet, lors de la publication des résultats semestriels. D’ici là, Pascal Bouchiat attend de voir si les "Urgent Operational Requirements" reçus de clients du Moyen-Orient se convertissent en commandes, si l’impact sur l’avionique aftermarket reste contenu, et quelle ampleur prend réellement la crise géopolitique régionale. « À mi-juillet, nous en saurons beaucoup plus sur la question de savoir si la crise aura été résolue ou si nous devrons nous préparer à une période de crise prolongée. »
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

