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InfraVia entre dans la bataille des métaux critiques / Une première opération dans le lithium en Australie
InfraVia ouvre le chantier des métaux critiques. La société de capital-investissement indépendante a annoncé jeudi son entrée au capital de Core Lithium, société australienne cotée à l'ASX, via une note convertible de 50 millions de dollars, dans le cadre d'un financement global de 205 millions de dollars aux côtés de Glencore et de Nebari Partners. Il s'agit du premier investissement réalisé par le fonds InfraVia Critical Metals, lancé pour capter ce que son président-fondateur, Vincent Levita n’hésite pas à qualifier de « véritable super-cycle industriel ».
L’opération cible le projet Finniss, gisement de lithium situé au sud de Darwin, dans le Territoire du Nord. La première expédition de concentré de lithium est attendue au troisième trimestre 2026, pour une montée en production commerciale à mi-2028.
L’État en catalyseur
La genèse du fonds remonte à une réflexion engagée il y a cinq ans, notamment dans le sillage du rapport de Philippe Varin sur la souveraineté et l’accès aux matières premières critiques. Le point de départ tient en un constat : l’électrification de l’économie, bien au-delà des seuls véhicules électriques, va mécaniquement tirer la demande de métaux. « Si l'on bascule d'un système fondé sur le gaz vers un modèle davantage électrifié, le métal devient aussi stratégique que le pétrole. Or, en Europe, nous n'avons ni beaucoup de pétrole ni beaucoup de métaux, d'où la nécessité de mettre en place une véritable stratégie de sécurisation des approvisionnements », rappelle à WanSquare Vincent Levita. De cette lecture naît l’idée d’un véhicule dédié, positionné sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction au recyclage, avec une double ambition industrielle et financière.
L’initiative s’est construite dans un dialogue étroit avec les pouvoirs publics, avec un engagement de 500 millions d’euros de l’État obtenu en 2023 dans le cadre du programme France 2030. « l nous semblait essentiel d’associer capitaux publics et financement privés, afin de renforcer notre action, avec l’objectif de constituer un fonds compris entre 1 et 2 milliards. À ce stade, les engagements privés s'élèvent autour de 300 millions », indique Vincent Levita. Le fonds reste en phase de montée en puissance, « mais nous disposons déjà des moyens nécessaires pour commencer à investir. », précise le dirigeant.
Un montage calibré pour le risque minier
Le choix de l’Australie pour ce premier investissement ne doit rien au hasard. « Ce deal illustre très bien ce que nous recherchons. D'abord, le lithium est un de nos métaux critiques prioritaires : le cuivre est indispensable pour transporter l'électricité, le lithium et le nickel pour les batteries, ou encore les terres rares pour les aimants permanents », indique Vincent Levita. Le critère géographique entre aussi en ligne de compte : InfraVia vise un équilibre entre Europe et international, en se limitant hors du continent aux pays de l’OCDE. « L'Australie est un pays minier, très expérimenté dans ce secteur, ce qui en fait un point d'entrée naturel », résume-t-il. À cela s’ajoute une exigence ESG non négociable : « Il n'est pas question de sécuriser des approvisionnements en allant faire ailleurs ce qui serait interdit en Europe. » L’Australie, avec ses standards élevés, y répond - tout comme Core Lithium, selon le gérant. Reste la question de la rentabilité : « Le projet offre de bonnes perspectives de rendement. Certes, le prix du lithium est volatil, mais avec un prix moyen tel que nous l'anticipons, l'économie de l’actif est robuste. »
Le montage retenu reflète une approche mesurée du risque minier. « Nous avons investi via une obligation convertible. Le fonctionnement est assez classique dans ce secteur : une société minière junior identifie un gisement, finance l’exploration, puis lève des fonds pour finaliser le développement et construire la mine. Nous sommes intervenus à cette seconde étape, avec une mine déjà opérationnelle. » Ce type d’instrument protège en cas de scénario défavorable, tout en conservant un potentiel de revalorisation, car « si le projet se déroule comme prévu, nous convertissons et accédons pleinement à l’upside. »
La conversion n’a pas encore eu lieu. « À ce stade, nous ne détenons pas formellement 10 % du capital. La conversion interviendra plus tard, et selon son timing, notre participation se situera entre 8 % et 11 %. »
De l’investissement à l’accès à la ressource
L’opération revêt pour InfraVia une dimension stratégique pleinement revendiquée. « En acceptant des capitaux publics, nous assumons aussi un rôle stratégique : contribuer à sécuriser les approvisionnements. » Le mécanisme d’offtake en est la traduction concrète. « Avec notre participation, nous avons droit à environ 10 % de l’offtake, c’est-à-dire de la production. Cela signifie que nous pouvons orienter ces volumes vers tel ou tel acteur. C’est une façon de transformer un investissement financier en accès réel à la matière première. », souligne Vincent Levita.
Cette logique s’inscrit dans une lecture plus large du cycle en cours. « Il y a une opportunité d'investissement unique : avec l'électrification, on entre dans un véritable super-cycle industriel, comme il en existe lors des grandes ruptures technologiques », avance Vincent Levita. Un mouvement qui dépasse désormais le seul cadre de la voiture électrique, « avec des enjeux de souveraineté qui touchent de nombreux secteurs, tous dépendants des métaux. »
Une course mondiale déjà engagée
Le dirigeant insiste sur le temps long : « Le besoin n'est pas immédiat : nous sommes en train de poser les fondations. Notre brique est une parmi d'autres, mais si l'on veut que, dans 10, 15 ou 20 ans, une industrie électrique - automobile mais aussi plus largement - soit indépendante de ses approvisionnements en matières premières, il faut commencer dès aujourd'hui. » Une temporalité où l’État endosse ainsi pleinement le rôle qui est le sien, en impulsant des investissements sur des segments stratégiques de souveraineté que le marché pourrait peiner à adresser seul.
Or c’est précisément maintenant que tout se joue, alors que le secteur des métaux critiques prend les traits d’une course mondiale : la Chine a pris une avance d’une quinzaine d’années, les États-Unis accélèrent, le Japon reste engagé, tandis que les pays du Golfe montent en puissance. L’Europe, elle, commence seulement à se positionner.
Reste à transformer l'essai. Si InfraVia affiche une vision structurée de son pipeline, le travail de sélection est déjà engagé à plein régime. « Aujourd'hui, nous avons une vision très complète du pipeline : des projets que nous analysons, mais aussi des projets que nous écartons, pour des raisons de rentabilité, de technologie ou de localisation. Après ce tri, il reste une trentaine de projets sur lesquels nous travaillons. » Parmi eux, trois à quatre dossiers sont déjà en phase avancée, et un deuxième deal devrait être annoncé prochainement.
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