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Chargeurs / Compagnie Chargeurs Invest
Chargeurs prépare son redéploiement après une année transformante / L’ambition d’un quasi-doublement de l’ANR
La chute de 7,2 % essuyée par l’action Compagnie Chargeurs Invest, à 8,95 euros, reflétait jeudi le jugement des investisseurs sur les résultats annuels 2025 du groupe fondé en 1872. Une sanction boursière nette, à la mesure de chiffres jugés décevants.
Le chiffre d’affaires s’établit à 713,4 millions d’euros, en léger recul organique de -1,4 %. L’Ebitda recule de 19,5 %, à 52,3 millions d’euros, contre 65 millions en 2024, tandis que le résultat opérationnel des activités chute de 36,4 %, à 25 millions. Tout en bas du compte de résultat, le groupe affiche une perte nette de 26,5 millions d’euros. En cause, de « forts investissements opérationnels et d'un résultat financier toujours très pénalisant », relèvent les analystes d’Oddo BHF.
Un portefeuille tiré par la culture, freiné par le textile
Les performances apparaissent très contrastées selon les métiers. Museum Studio tire son épingle du jeu, avec un chiffre d’affaires de 147,1 millions d’euros, en hausse de 5 % en données publiées et de 3,9 % en organique, et un carnet de commandes supérieur à 300 millions d’euros fin 2025, offrant une bonne visibilité. L’activité culturelle enchaîne les contrats emblématiques, du Grand Musée Égyptien au Zayed National Museum à Abu Dhabi ou encore à l’Andy Warhol Museum à Pittsburgh, et se renforce en Inde via un consortium avec une filiale du groupe Tata.
À l’opposé, Chargeurs PCC reste sous pression. Les activités mode reculent de 7,5 % en organique, à 170,4 millions d’euros, pénalisées par l’attentisme des clients asiatiques face aux tensions douanières américaines, avec un repli de 9 % en Asie sur l’ensemble de l’exercice. L’Ebitda mode chute de 26 %, à 16,5 millions d’euros. La branche textiles techniques Senfa-Cilander, en cours d’intégration, creuse les pertes avec un Ebitda de 3,9 millions d’euros négatif. Luxury Fibers résiste grâce à la dynamique des programmes NATIVA, une offre de fibres traçables et certifiées visant à garantir des standards élevés de durabilité et de qualité, dont les volumes progressent de 28 %. Son chiffre d’affaires recule toutefois de 0,9 %, à 71,9 millions d’euros, affecté par le ralentissement des offres plus traditionnelles.
Personal Goods, enfin, affiche la croissance la plus dynamique du portefeuille (+17,2 %, à 15,9 millions d'euros) grâce aux trois maisons Swaine, Cambridge Satchel et Altesse Studio, mais reste structurellement déficitaire à ce stade de développement, avec un Ebitda de -2,9 millions d'euros.
Des investissements qui pèsent à court terme
Une lecture mitigée à replacer toutefois dans son contexte. Le groupe a volontairement intensifié ses investissements opérationnels l’an dernier, dans ses plateformes comme Museum Studio, Personal Goods ou encore les textiles techniques, afin de finaliser sa transformation. Raison pour laquelle la société juge d'ailleurd que sa perte nette est « peu représentative compte tenu du choix d’achever par anticipation [son] cycle de transformation ». Un choix directement lié à la visibilité offerte par la cession de Novacel.
Ce spécialiste des films de protection de surface, actif historique du portefeuille, fait l’objet d’une promesse d’achat irrévocable signée fin janvier 2026 avec le fonds américain KPS Capital Partners. L’opération devrait générer environ 230 millions d’euros en numéraire, avec un réinvestissement de 25 % dans la nouvelle entité, et une plus-value estimée à 50 millions d’euros, pour un closing attendu au deuxième trimestre 2026. Elle ramènerait la dette à moins de 80 millions d’euros, avec un levier inférieur à deux fois et des liquidités proches de 200 millions d’euros, redonnant au groupe une capacité de redéploiement perdue ces dernières années.
Un recentrage autour des actifs « rares »
Ce rééquilibrage financier s’inscrit dans un recentrage stratégique plus large. « La cession de Novacel permet de recentrer encore davantage notre portefeuille », a souligné jeudi Michaël Fribourg, en mettant en avant des actifs « rares, uniques et stratégiquement positionnés au cœur de l’économie de l’intelligence émotionnelle ». Le groupe en a profité pour dévoiler sa nouvelle signature, « Architect of Rarity », avec l’ambition de concentrer ses ressources sur des actifs différenciants et de poursuivre l’extériorisation de valeur de son portefeuille.
L’objectif affiché est d’atteindre un actif net réévalué supérieur à 1 milliard d’euros à horizon 2030, soit un quasi-doublement en moins de cinq ans.
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