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Start-up / Private Equity / Jeito

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Jeito s’invite dans la course aux traitements de l’obésité / La biotech Alveus au cœur d’un pari différenciant

Jeito Capital fait une entrée calculée sur le marché en pleine effervescence des traitements contre l’obésité en participant au financement d’Alveus Therapeutics. Dans un secteur dominé par quelques blockbusters mais encore ouvert à la différenciation, le fonds de Rafaèle Tordjman parie sur une nouvelle génération d’actifs pour se frayer une place de choix.
Rafaèle Tordjman, la présidente et fondatrice de Jeito.
Rafaèle Tordjman, la présidente et fondatrice de Jeito.

Sur le marché brûlant de l’obésité, Jeito Capital choisit son timing. Le fonds créé par Rafaèle Tordjman ouvre l’année 2026 sur un terrain où la compétition s’intensifie à grande vitesse. Il vient de participer en tant qu’investisseur clé au second closing de la série A de la biotech danoise Alveus Therapeutics, portant l’opération à 197 millions de dollars, avec l’ambition d’accompagner l’entrée en phase 2 de son actif principal dans les maladies métaboliques liées au poids. Une offensive qui s’inscrit dans le prolongement d’un exercice 2025 particulièrement dense pour la plateforme, marqué notamment par la série D de 213 millions de dollars d’Odyssey Therapeutics en septembre dans les maladies auto-immunes, la série B de 132 millions d’euros d’Azafaros en mai dans les troubles neuro-métaboliques, le financement de 65 millions de dollars de ReproNovo le même mois en médecine reproductive, ou encore les 78 millions d’euros levés par Augustine Therapeutics en mars dans la neurologie.

C’est la première fois que le fonds investit dans l’obésité comme thèse principale, si l’on excepte Corteria, société française du portefeuille dont les travaux ciblent d’abord l’insuffisance cardiaque mais présentent également des applications dans le champ métabolique.

 

Le nouvel eldorado

 

Un marché de l’obésité qui s’impose aujourd’hui comme un secteur gigantesque, dont la véritable dimension est apparue avec les succès fulgurants de Novo Nordisk et d’Eli Lilly et de leurs blockbusters Wegovy et Zepbound. Des percées qui ont provoqué une ruée massive d’investissements en R&D. Le phénomène reste pourtant récent : « L’intérêt pour le marché de l’obésité en tant que tel n’est apparu que ces dernières années, en tout cas il y a moins de dix ans, car il était perçu comme un simple marché lifestyle. », explique à WanSquare le Dr Rafaèle Tordjman. Cette lecture a longtemps relégué l’indication au second plan, loin des priorités de santé publique. La démonstration clinique a depuis rebattu les cartes : en établissant qu’un traitement du surpoids permet aussi d’agir sur le diabète et les complications cardiovasculaires, les pionniers du secteur ont profondément changé la donne.

A tel point que le marché mondial est désormais attendu à 150 milliards de dollars d’ici 2030, avec quelque 4 milliards de personnes concernées à l’horizon 2035. Pour sa part, Jeito a longuement observé le segment, se demandant s’il ne valait pas mieux « laisser les grands faire entre eux » avant de se décider à investir. C’est finalement le parallèle avec les statines, ces médicaments destinés à faire baisser le cholestérol, qui a emporté la conviction. « Ce qui se passe aujourd’hui dans l’obésité rappelle les statines il y a 30 ans : plusieurs produits assez proches arrivent sur le marché, et jouent de leur différenciation pour en capter, chacun, une part », explique Rafaèle Tordjman. Dans un univers de cette taille, ajoute-t-elle, « même en ne captant qu'une petite fraction du marché, on peut déjà devenir un blockbuster ».

 

La bataille se joue sur la différenciation

 

C’est dans cet environnement très concurrentiel que la différenciation devient centrale. Fondée en 2024, Alveus, basée à Philadelphie avec des activités de R&D à Copenhague, a structuré son pipeline autour de deux grandes familles de molécules. Son actif principal, ALV-100, repose sur une protéine de fusion bifonctionnelle combinant l’activation du récepteur GLP-1, principale voie hormonale aujourd’hui exploitée par les traitements amaigrissants, et le blocage du récepteur GIP, une approche destinée à en améliorer la durabilité et la tolérance.

« Grâce à cette combinaison, nous pensons pouvoir répondre aux limites des molécules actuellement sur le marché », explique Rafaèle Tordjman. Celles-ci tiennent principalement à deux facteurs : la difficulté à maintenir la perte de poids dans la durée et un profil de tolérance encore imparfait. Les effets secondaires restent en effet suffisamment marqués pour conduire une partie des patients à interrompre le traitement, souvent au prix d’un effet rebond sur le poids.

À ces atouts s'ajoute une fréquence d'administration trimestrielle - contre hebdomadaire pour les produits actuels - ainsi qu'une meilleure préservation de la masse musculaire, point figurant explicitement au cahier des charges des acquéreurs potentiels.

 

Dans le viseur des Big Pharma

 

Car c'est bien ce « target product profile » des grandes pharmas que Jeito scrute en permanence. « Lorsque vous échangez avec les pharmas – engagées dans le domaine ou en phase d’étude, elles disposent d'un véritable cahier des charges, que nous examinons systématiquement. Le target product profile précise la forme de la molécule, son mode d'administration, la fréquence, le profil d'effets secondaires, la population cible... Et nous voyons clairement la place que des molécules comme celle d'Alveus peuvent occuper dans l'arsenal thérapeutique actuel. »

Pour Jeito, dont le modèle consiste à amener ses participations jusqu’au point d’inflexion recherché par les grands laboratoires, la création de valeur d’Alveus repose sur l’obtention de données cliniques de phase 2 convaincantes, la préparation d’un actif prêt pour la phase 3 à horizon de 18 à 24 mois, ainsi que sur l’avancement du reste du portefeuille en développement clinique précoce.

Car la profondeur du portefeuille au-delà d’ALV-100 a également pesé dans la décision d’investissement. En parallèle de son actif principal, Alveus développe ALV-200, un candidat-médicament ciblant l’amyline, une hormone clé dans le contrôle de l’appétit, ainsi que plusieurs petites molécules orales reposant sur le même mécanisme. Cette voie biologique, distincte des GLP-1, suscite un intérêt marqué des grandes pharmas - Pfizer l’ayant notamment mise en avant lors de l’acquisition de Metsera pour un montant pouvant dépasser 10 milliards de dollars. Les fonds levés doivent permettre de déposer de nouvelles demandes d’autorisation d’essai clinique (IND) et d’engager les premières études cliniques de phase 1 chez l’humain dans les dix-huit prochains mois.

 

Un tour de financement très concurrentiel

 

L'équipe dirigeante d'Alveus a constitué un facteur décisif. Raj Kannan, le CEO, a conduit plusieurs opérations de licences et d'acquisitions dans des biotechs comme Chiasma et Aerie Pharmaceuticals. Le directeur scientifique Jacob Jeppesen et le directeur commercial Brian Bloomquist totalisent à eux deux plus de trente ans d'expérience dans l'obésité et les maladies métaboliques, respectivement au sein d'Eli Lilly et de Novo Nordisk, les deux acteurs qui ont façonné le marché actuel : « L'équipe fait la différence. Vous pouvez avoir les produits, le marché, le business case, mais quand vous disposez en plus d’une très bonne équipe - comme nous l’avons chez Alveus - l'avantage devient décisif. »

Concernant le financement lui-même, Jeito est intervenu en extension d’un premier closing de 160 millions de dollars bouclé en janvier, dans un contexte de forte concurrence entre investisseurs pour accéder à l’opération. « C'était très compétitif pour complémenter jusqu'à 200 millions », précise Rafaèle Tordjman, qui indique que Jeito a su convaincre le CEO et son équipe « par notre approche du marché, la connaissance que nous en avons et que nous développons progressivement, ainsi que par la rigueur méthodologique et l'expertise pharmaceutique que nous apportons ».

Le fonds devient ainsi le principal investisseur de ce second closing et obtient un siège au conseil d’administration, occupé par Ksenija Pavletic, General Partner et Chief Commercial Officer. À cette occasion, Jeito et les nouveaux entrants, dont Novo Holdings (le bras financier de Novo Nordisk, présent ici au capital d’un concurrent potentiel), rejoignent le syndicat d’origine de la série A, mené notamment par New Rhein Healthcare Investors, Andera Partners et Omega Funds, avec la participation de Sanofi via son bras venture. Une configuration révélatrice de l’intensité de la course engagée sur le marché métabolique.

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