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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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Baromètre en berne
par Laurent Bigorgne

Chaque semaine qui passe nous rapproche de l’élection présidentielle. Ces derniers jours, les partis traditionnels ont fait feu de tout bois : le PS a vu la presse dévoiler son futur programme pour 2027 et la droite républicaine compte un candidat de plus à la magistrature suprême. Pour l’heure, personne ne réalise l’alignement des planètes souhaité par les Français : un candidat, une vision, des propositions, un débat clair.

15/02/2026 - 06:30 Temps Lecture 9 mn.

Une dangereuse singularité française

 

Nous avons tous appris durant notre scolarité que le budget est la question la plus sérieuse posée à toute communauté politique… À cet égard, la France s’est montrée exemplaire, puisqu’elle vient d’y consacrer le tiers d’une année, d’octobre 2025 à février 2026. Le tout, cependant, pour un résultat médiocre, puisque les lois de finances de l’État et de la sécurité sociale affichent des déficits considérables, tout à fait excessifs en temps de paix, pour un cumul de près de six points de PIB.

Notre situation est désormais tout à fait singulière en Europe : de fin 2019 à fin 2024, la dette publique s’est accrue de 14,8 points de PIB contre 3,8 points dans l’Union européenne. Certains se rassurent encore de notre capacité à séduire les prêteurs internationaux, comme ce fut le cas cette semaine : l’Agence France Trésor a placé sans difficulté pour 8 milliards d’OAT à 30 ans… 450 investisseurs ont répondu présent et la demande a représenté 17 fois l’offre.

Ce tableau serait néanmoins incomplet si l’on omettait de préciser que le rendement de ces OAT est de 4,44 % contre 3,8 % pour notre dernière émission à 30 ans l’an passé. Pour mémoire, le taux des obligations allemandes de même duration est de 3,45 %. Dans notre pays, la charge de la dette évolue plus rapidement et plus dangereusement qu’on ne veut bien l’admettre : elle devrait peser pour 74 milliards d’euros en 2026 (l’équivalent de 2,4 points de PIB contre 1,8 en moyenne ces dix dernières années). Puis elle augmentera de 8 à 10 milliards d’euros par an, au cours des cinq années qui viennent, pour atteindre 100 milliards en 2029. Pour mémoire, l’impôt sur le revenu a rapporté un peu plus de 90 milliards d’euros en 2024.

 

Confiance en chute libre

 

Si elle se paie au prix cher désormais, la confiance des investisseurs internationaux demeure. On ne peut pas en dire autant de nos compatriotes, dont l’état d’esprit a été chirurgicalement documenté cette semaine par le baromètre du Cevipof consacré à la confiance politique*. Notre singularité en Europe n’est pas que budgétaire : 22 % des Français interrogés disent avoir confiance dans la politique, contre 40 % en Italie, 44 % au Royaume-Uni et 45 % en Allemagne.

Si l’attachement à la démocratie reste plébiscité dans notre pays (stable au-dessus de 80 %), entre février 2021 et janvier 2026, la proportion de Français estimant que la démocratie ne fonctionne pas bien est passée de 55 à 76 %. L’élection d’Emmanuel Macron en 2017 avait pourtant redonné confiance : la part des Français estimant qu’elle ne fonctionne pas bien était passée de 70 % à 55 %, avant qu’elle ne remonte aujourd’hui à 76 %, bien au-delà de son précédent record historique (73 % en décembre 2014). À l’inverse, 54 % des Britanniques affirment que la démocratie fonctionne bien dans leur pays et 52 % en Allemagne. Rien de mirobolant, mais bien au-dessus des 23 % de Français du même avis.

Les députés n’inspirent confiance qu’à 34 % des personnes interrogées. Ceux qui pensent que nous venons de vivre un nouvel âge d’or démocratique à l’occasion de ces quatre derniers mois de démagogie budgétaire et fiscale en seront pour leurs frais. Les Français accordent deux fois plus confiance ou même davantage à leur maire (60 %), aux entreprises (62 %) et à la police (73 %).

Patrick Pouyanné, le P.-D.G. de TotalEnergies, l’un des plus emblématiques dirigeants économiques de notre pays, est au diapason des Français : « Il y a une forme de ras-le-bol parmi les patrons des grandes entreprises françaises, et je pense qu’on va l’exprimer ». Mêmes échos de plusieurs conversations avec des adhérents de l’Association française des entreprises privées (AFEP) cette semaine.

 

Pas de refondation sans choix clair

 

La refondation ambitieuse voulue par Emmanuel Macron en 2016 et 2017 est un échec consommé. La France était exsangue après les quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ; elle avait besoin d’une thérapie de choc reposant sur un cap clair et sur la réunion de toutes les bonnes volontés. Nous n’eûmes ni l’un ni l’autre. La théorie du dépassement politique est devenu un parasite dangereux de notre vie démocratique. Le bloc dit « central », faute de meilleure appellation, ne propose rien et s’affaisse de jour en jour.

Hasard du calendrier, cette semaine a vu resurgir deux « buttes-témoins », c’est-à-dire, dans le lexique des géographes, des formes résiduelles de relief ancien qui n’ont pas été érodées : la gauche et la droite. L’Opinion a en effet révélé mardi les « bonnes feuilles » du programme du Parti socialiste qui devrait, selon le quotidien, être publié après les élections municipales. Il fleure bon la France des années 1970 et 1980 : nationalisation d’Arcelor Mittal, des autoroutes et des écoles privées sous contrat, création d’un fonds souverain d’investissement dans les secteurs stratégiques et d’une IA publique… Obsession fiscale (taxe Zucman, impôt sur les grandes successions, progressivité de la CSG, taxation de l’IA), encadrement des loyers, sortie du nucléaire, abrogation de la réforme des retraites, semaine de quatre jours…

Deux jours plus tard, ce jeudi, Bruno Retailleau s’est lancé dans la course présidentielle en annonçant sa candidature et en affichant fièrement ses valeurs. À la différence de la gauche, la droite républicaine n’a pas encore de programme, mais elle compte pléthore de candidats dans ses rangs, sans parvenir pour l’heure à s’entendre sur le mode désignation de celle ou celui qui la représentera. On ne sait d’ailleurs plus très bien si cette dernière va d’Edouard Philippe à Bruno Retailleau, opposés à toute forme de primaire, ou de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, qui y seraient sans doute favorables.

Dans un contexte où les Français interrogés pour le baromètre du Cevipof sont deux fois plus nombreux (49 vs 22 %) à vouloir le retour à un système avec une majorité nette à l’Assemblée nationale, les partis traditionnels doivent désormais faire la preuve de leur utilité et de leur capacité à répondre à cette attente. Entre programme vintage et désastreux, pour l’un, et incapacité à transformer la domination de ses idées en leadership, pour l’autre, les deux camps ne pourront plus éternellement se cacher derrière l’échec d’Emmanuel Macron pour justifier aux yeux des Français leur propre incurie.

 

laurent@fnxlb.org

 

* Cevipof, 17e vague du baromètre de la confiance politique (réalisée par OpinionWay).

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