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Le M&A mondial a changé de centre de gravité / Le sacre du private equity européen
L’année 2025 restera comme un point de bascule dans l’histoire du M & A mondial. Tandis que Bain l’a récemment qualifiée d’année du grand rebond, très proche du pic de 2021 en valeur, PitchBook va un cran plus loin, dans son 2025 Annual Global M & A Report, en la considérant comme l’année la plus active jamais enregistrée.
« L’activité mondiale de fusions-acquisitions a atteint de nouveaux sommets en 2025, établissant des records à la fois en nombre et en valeur des transactions », y souligne le fournisseur de données financières, propriété de Morningstar. Selon lui, le marché a totalisé 50 810 transactions. Pour arriver à ce total, Pitchbook a inclus « des estimations pour les opérations déclarées tardivement et celles dont la valeur n’est pas divulguée », le tout pour un montant cumulé proche de 5 000 milliards de dollars, « à moins de 125 points de base du franchissement du seuil des 5 trillions de dollars ». Pour la première fois, le nombre de deals a ainsi franchi la barre des 50 000, tandis que la valeur totale a atteint un niveau sans précédent.
Si le moteur principal de cette dynamique réside dans l’explosion des mégadeals (plus d’un milliard de dollars), qui représentent selon près de 57 % de la valeur globale, cette accélération s’accompagne d’une mutation structurelle particulièrement visible sur le Vieux Continent.
Volume record et domination des sponsors financiers
L’Europe a enregistré près de 21 000 opérations pour 1 302,8 milliards de dollars, frôlant le record de valeur atteint en 2021. Surtout, il s’agit de la troisième année consécutive où l’Europe dépasse l’Amérique du Nord en volume de transactions, un écart qui s’est encore creusé en 2025, alimenté par des flux de capitaux nord-américains attirés par des valorisations plus favorables et la recherche de diversification géographique.
Mais le basculement le plus marquant concerne le rôle du private equity. « Au cours de la dernière décennie, la part du PE dans la valeur totale du M & A européen a augmenté de manière significative, passant de 32,1 % à 50,7 % en 2025 », souligne PitchBook. Autrement dit, plus d’une opération sur deux, en valeur, implique désormais un sponsor financier. Le private equity n’est plus cantonné aux segments small et mid-cap. PitchBook souligne que les fonds jouent désormais « un rôle de plus en plus central dans les opérations de large cap et de mégadeals », un terrain historiquement dominé par les acquéreurs stratégiques.
Cette montée en gamme repose sur la maturité atteinte par l’écosystème européen du private equity. Le rapport met ainsi en avant « l’expansion continue et l’institutionnalisation de la classe d’actifs », soutenues par des marchés de financement plus profonds, des structures de financement plus sophistiquées, une meilleure capacité d’exécution sur des actifs complexes, ainsi qu’un stock croissant de capitaux privés. Autant d’éléments qui permettent aujourd’hui aux fonds de rivaliser avec les industriels sur le terrain des valorisations.
L’heure des grandes manœuvres
Alors que l’attention mondiale s’est concentrée sur le rachat record d’Electronic Arts aux États-Unis pour 55 milliards de dollars, l’Europe a connu en 2025 plusieurs opérations emblématiques de grande taille, à commencer par l’acquisition du groupe allemand de polymères Covestro pour 16,3 milliards de dollars par Abu Dhabi National Oil Company, finalisée en décembre 2025 après le feu vert de la Commission européenne. La consolidation s’est également poursuivie dans le sport et le divertissement, avec le rachat de Dorna Sports, détenteur des droits du MotoGP, pour 4,57 milliards de dollars, validé sans conditions par Bruxelles en juin, mais aussi dans les services financiers, où des mouvements de recomposition du capital, notamment autour de Convex Insurance, témoignent de l’intérêt soutenu des investisseurs pour les plateformes européennes d’assurance à forte rentabilité.
Alors que la montée en puissance du private equity est manifeste en Europe, elle n’a pas (encore) le même degré de centralité outre-Atlantique. « Les acquéreurs industriels ont conservé une part majoritaire de l’activité M & A nord-américaine, représentant 63,2 % de la valeur régionale en 2025 », note PitchBook, qui n’exclut cependant pas un rapprochement des modèles. « Un appétit accru pour le risque et près de 1 000 milliards de dollars de dry powder détenus par le private equity aux États-Unis laissent penser que les sponsors joueront un rôle plus important dans les grandes opérations en 2026. », estime les auteurs du rapport.
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