Fusions, Acquisitions / Bain / Bain & Company
Fusions, Acquisitions
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M&A : Les megadeals changent de dimension / Un cycle qui met l’exécution et la discipline au premier plan
Le marché mondial du M&A a enregistré en 2025 une progression de 40 % en valeur, atteignant 4 900 milliards de dollars. Issu du Global M&A Report 2026 de Bain & Company, ce total classe l'année comme la deuxième plus forte jamais observée. Mais au-delà de cette performance se dessine autre chose qu’un simple rebond cyclique. Les entreprises ne cherchent plus seulement à grandir par acquisition : elles se réinventent sous la pression de trois forces structurantes que sont la disruption technologique, la fragmentation géoéconomique et le déplacement des pools de profit.
Un trait saillant accompagne cette dynamique : l'ampleur inhabituelle des transactions. "Les megadeals supérieurs à 5 milliards de dollars représentent plus de 73 % de l’augmentation de la valeur des transactions", constatent les auteurs du rapport. Près de 40 % de ces opérations dépassent même 50 % de la capitalisation boursière de l’acquéreur. Les directions générales ont changé de braquet : elles ne cherchent plus l'optimisation, mais des opérations véritablement transformantes.
Des paris de transformation portés par de nouveaux acquéreurs
Le phénomène prend une dimension particulière lorsque l’on observe le profil des acheteurs. Près de 59 % des megadeals proviennent d'entreprises peu habituées aux grosses opérations. Elles entrent sur le marché avec moins d’expérience que les serial acquirers, mais avec une conviction stratégique forte. Le risque d’exécution augmente parallèlement.
Bain rappelle qu’en 2021, lors du précédent pic d’activité au-delà de 4 000 milliards de dollars, certaines des plus grosses transactions s'étaient révélées des succès retentissants. D’autres avaient tourné au désastre. Dans ce contexte, la capacité à intégrer rapidement et à préserver la valeur devient déterminante. "Les opérations d'envergure (« big bets ») ancrées dans une stratégie solide peuvent transformer l'entreprise et redéfinir sa trajectoire de croissance", note le cabinet. À l’inverse, des transactions moins stratégiques peuvent devenir source de destruction de valeur massive.
L'IA partout
L’intelligence artificielle occupe une place centrale dans ce renouveau. « Le rôle de l’IA dans le dealmaking est partout », écrivent les auteurs. L’enquête menée auprès de plus de 300 responsables M&A montre que l’adoption de l’IA dans les processus de fusion-acquisition a plus que doublé en 2025, passant à 45 % des praticiens. Son usage déborde le simple sourcing pour s’étendre à la due diligence, l'intégration et l'exécution.
Mais l’IA joue aussi un rôle plus ambigu. "Presque la moitié de la valeur des transactions stratégiques dans la technologie pour des deals supérieurs à 500 millions de dollars provenait d’actifs AI natives ou de deals citant des bénéfices liés à l’IA en 2025", précise le rapport. Elle devient donc à la fois l’objet de l’acquisition, l’outil du dealmaker et, à l'inverse, un facteur de non-deal : un acquéreur stratégique sur cinq dit avoir renoncé à une transaction en raison de l’impact anticipé de l’IA sur la cible.
Le M&A perd du terrain face au capex
Paradoxalement, ce retour en grâce du M&A intervient alors que son poids relatif dans l’allocation du capital recule. Malgré la vigueur du marché, la part relative du capital allouée au M&A a atteint un plancher historique de 7 % l’an dernier, selon l’analyse de près de 700 entreprises
La concurrence pour le cash n’a jamais été aussi intense. Les entreprises privilégient massivement les investissements en capex et R&D, notamment pour les infrastructures liées à l’IA. Ensemble, les Magnificent Seven combinés ont investi près de 500 milliards de dollars en capex et R&D au cours des trois premiers trimestres de 2025, note Bain. Résultat : chaque opération doit désormais se mesurer à des usages alternatifs du cash perçus comme tout aussi stratégiques.
La typologie des opérations évolue elle aussi. En 2025, 60 % des transactions supérieures à 1 milliard de dollars relèvent du « scope », c’est-à-dire de l’élargissement du périmètre d’activité plutôt que de la recherche d’économies d’échelle. « C’est le taux de scope dealmaking le plus élevé jamais observé », soulignent les auteurs. Un basculement traduisant une confiance accrue dans les synergies de revenus et les stratégies de croissance.
Dans plusieurs secteurs, les entreprises utilisent les acquisitions pour redessiner leur place dans la chaîne de valeur plutôt que pour simplement gagner en taille. Les secteurs financiers et industriels, traditionnellement tournés vers les deals de « scale », affichent désormais un appétit marqué pour les acquisitions élargissant leur offre ou leur base de clientèle.
Mutations sectorielles et géopolitiques
Dans la pharmacie, les dirigeants utilisent le M&A pour redéfinir leur avenir moins par la taille que par l’identification des segments de la chaîne de valeur qu’ils doivent absolument contrôler pour rester compétitifs. "La valeur stratégique des transactions pharma a bondi de 79 % sur les onze premiers mois de 2025 par rapport à la même période en 2024", note le rapport. Les entreprises pétrolières et gazières, de leur côté, se sont consolidées en nombre record pour capter l’échelle, réduire les coûts unitaires et intégrer davantage leurs chaînes de valeur. Dans la banque, les acteurs recherchent de plus en plus des deals combinant échelle et scope. Ces mouvements sectoriels traduisent une maturité croissante dans l’usage du M&A comme instrument de repositionnement stratégique.
Au-delà des logiques sectorielles, la fragmentation géoéconomique commence à laisser des traces. « Moins de la moitié des dirigeants M&A affirment que les restrictions commerciales ont affecté leurs plans d’acquisition globaux », selon l’enquête. Les entreprises non américaines montrent un appétit plus faible pour les actifs américains, tandis que les acheteurs américains privilégient davantage les cibles domestiques.
Des mouvements plus créatifs émergent : Starbucks a cédé une participation majoritaire de ses opérations en Chine à Boyu Capital pour créer une coentreprise mieux positionnée. Dans la pharma, les partenariats permettent d’accéder aux pipelines chinois sans prise de contrôle. « La part de la Chine dans les accords mondiaux de licensing pharma a doublé depuis 2020 », précise Bain.
2026 devrait confirmer l’élan
Les perspectives pour 2026 s’annoncent robustes. « 80 % des dirigeants s’attendent à maintenir ou accroître leur activité de deals », indique l’enquête de Bain. Les forces à l'œuvre - disruption technologique, fragmentation géoéconomique et déplacement des pools de profit - s'installent dans la durée. Beaucoup de modèles d’affaires ont « atteint les limites de leurs moteurs de croissance historiques », ce qui nourrit la recherche de relais par acquisition ou cession.
Le cabinet insiste toutefois sur la discipline. Le succès futur reposera sur des capacités renforcées. Les entreprises investissant dans un modèle M&A structuré seront mieux armées pour accéder aux actifs et délivrer les synergies plus vite. "75 % des acquéreurs fréquents atteignent ou dépassent leurs objectifs de synergies", rappelle Bain. L’IA permettra aux leaders d’accélérer le sourcing, la diligence et l’intégration.
L’enjeu des « big bets » mérite une attention particulière. Ces opérations transformantes imposent de répondre rapidement et clairement à des questions souvent négligées : vision partagée, modèle opératoire, gouvernance, culture, compatibilité technologique et capacité à piloter la transformation. Si la due diligence aide à identifier les risques et le potentiel de création de valeur, "les big bets sont en fin de compte des décisions structurantes du CEO et du board", souligne le rapport. Les serial acquirers disposeront d’un avantage en exécution, mais aucune courbe d’expérience ne protégera contre de mauvais résultats si le pari n’est pas fondé et si ces questions clés ne sont pas posées avec rigueur et urgence.
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