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Davos : Jensen Huang dresse le portrait des atouts et des besoins de l’Europe dans l’IA / Bulle spéculative, schéma explicatif et infrastructures également au menu
Alors que le Forum économique mondial (WEF) de Davos se déroule cette année sous hautes tensions diplomatiques entre les États-Unis et l’Europe, il y a au moins un sujet dont l’omniprésence à l’agenda des discussions était prévue : celui de l’intelligence artificielle (IA). Les grands dirigeants de la Tech américaine ont donc naturellement été sondés à ce propos lors de leurs différentes interventions. Ce mercredi, c’était au tour de celui de Nvidia, Jensen Huang, de s’entretenir avec le président-directeur général de BlackRock et co-président par intérim du WEF, Larry Fink, lors d’une discussion organisée sur la thématique.
Tenue de l’évènement en Suisse oblige, le patron du géant de la gestion d’actifs a souhaité interroger celui du mastodonte des puces pour l’IA sur la manière dont la technologie et les opportunités de réussite de l’Europe pourraient se croiser. Et tout particulièrement du côté de ses entreprises, soumises à la féroce concurrence de leurs rivales américaines et asiatiques. "Nous travaillons avec toutes les compagnies d’IA dans le monde, puisque nous nous situons en bas de la chaîne de l’infrastructure, et que nous alimentons l’IA dans tous les domaines – le langage, la biologie, la physique, la fabrication, la robotique…", a débuté Jensen Huang.
Enfin dépasser l’ère du logiciel
"Ce qui est enthousiasmant, pour l’Europe, c’est que votre base industrielle est incroyablement solide. C’est votre opportunité, désormais, de dépasser l’ère du logiciel. Les États-Unis ont vraiment dirigé l’ère des logiciels. Mais l’IA est un logiciel qui n’a pas besoin ‘d’écrire’du logiciel. Vous n’écrivez pas l’IA, vous formez l’IA. Alors saisissez l’occasion dès maintenant de fusionner vos capacités industrielles et manufacturières avec l’IA. Cela vous conduit à l’IA physique, ou à la robotique", a-t-il poursuivi. Pour le fondateur de Nvidia, cette dernière pourrait par exemple être "une opportunité générationnelle unique" pour le Vieux continent grâce, de nouveau, à son tissu industriel.
"L’autre chose à comprendre, c’est que tant de sciences fondamentales restent encore très solides en Europe", a-t-il ajouté, rappelant que ces dernières bénéficiaient désormais de l’application de l’IA pour accélérer les découvertes. "Je pense donc qu’il est indispensable d’augmenter vos approvisionnements énergétiques, pour pouvoir investir dans l’infrastructure et développer ici en Europe un écosystème d’IA prospère", a détaillé Jensen Huang.
"De ce que j’entends, nous sommes loin d’une bulle de l’IA. La question, d’après votre discours, serait plutôt : investissons-nous suffisamment pour faire ce qu’il faut, élargir l’économie ?", a rebondi Larry Fink, qui avait déjà échangé à propos du thème d’une bulle spéculative autour de la technologie avec Satya Nadella la veille. "Le sujet de la bulle d’IA survient car les investissements sont massifs, et ils le sont car il faut construire l’infrastructure nécessaire à toutes les couches d’IA qui s’appliquent dessus. […] Nous avons besoin de plus d’énergie, de terrains, d’électricité et de locaux, d’ouvriers qualifiés. Cette main-d’œuvre est fortement présente en Europe, d’une certaine manière les États-Unis l’ont perdue au cours des 20 à 30 dernières années", a indiqué Jensen Huang.
Cinq couches
Une réponse faisant écho aux propos liminaires du patron de Nvidia, ayant exposé pourquoi, selon lui, l’IA incarnait un réel potentiel de croissance économique. Il a ainsi rappelé que la technologie représentait assez simplement un changement de plateforme, comme ont pu l’être les arrivées successives des premiers ordinateurs, puis d’internet, du mobile et du cloud. Alors que l’attention est généralement focalisée sur les grands modèles de langage, il a expliqué qu’à l’échelle industrielle, l’IA était en fait "un gâteau à cinq couches".
La première se trouve du côté de l’énergie, puisque l’IA se traite en temps réel. La deuxième est représentée par les puces et les infrastructures de calcul. Viennent ensuite les infrastructures et les services de cloud, puis les modèles d’IA et enfin la couche applicative, la plus importante pour Jensen Huang. "Elle peut se trouver dans la santé, dans les services financiers, l’industrie… c’est là où les bénéfices économiques se produiront. Et comme cette plateforme informatique requiert toutes les couches en dessous, la plus grande phase de construction d’infrastructures de l’histoire a commencé", a-t-il assuré. "Nous y avons déjà investi quelques centaines de milliards de dollars. Larry Fink et moi avons l’occasion de travailler ensemble sur de nombreux projets et des milliers de milliards de dollars d’infrastructures devront encore être construits", a-t-il ajouté, pointant que tout ceci était "sensé et raisonnable, car tous ces contextes doivent être traités afin que l’IA et les modèles puissent alimenter les applications qui s’exécutent dessus".
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